portraitAimer ses ennemis est aussi le principe que les Amis ont enseigné et pratiqué; par leur foi et leur patience, ils ont essayé de se mettre au-dessus de l’injustice et de l’oppression.

La voie qui mène à Dieu est la voie de la foi; elle est aussi obscure à l’entendement que mortelle pour le Moi. Ce sont les enfants de l’obéissance qui, comme saint Paul, considèrent toute chose comme de l’ordure et du fumier, afin de gagner le Christ, et qui connaissent et empruntent cette voie étroite. Les spéculations ne serviront à rien, les concepts raffinés n’ont point de place ici ; seuls ceux qui obéissent mangeront le meilleur de ce pays (Esaïe 1;19). Le bienheureux Jésus le dit : ceux qui font sa volonté, ceux-là connaîtront sa doctrine (Jean 7;17) ; c’est ceux-là qu’Il instruira.

Il n’y a point de place pour l’instruction divine lorsque le Moi légitime est maître, et non serviteur. Car le Moi ne peut la recevoir ; ce qui devrait l’accueillir est opprimé par le Moi, vit dans la crainte et n’ose pas. Oh Que dira mon père ou ma mère? Que me fera mon mari? ou, enfin, Que me fera le magistrat? Car, quoique que j’aie la conviction la plus forte et la certitude la plus claire dans mon âme de telle ou telle chose, pourtant, en considérant combien elle est démodée, quels ennemis elle a, et combien étrange et singulier elle me fera paraître, j’espère que Dieu aura pitié de ma faiblesse : si je suis faible, je ne suis que de chair et de sang ; peut-être, par la suite, me rendra-t-il plus fort ; rien ne presse. Ainsi raisonne l’homme gouverné par la crainte et le Moi égoïste.

Mais celui qui délibère est pire encore : car, à parlementer, l’âme est perdante; la manifestation divine s’accompagne du pouvoir. Jamais Dieu n’a convaincu les hommes sans, dès qu’ils se soumettent, leur donner aussitôt le pouvoir. Il n’exige rien qu’Il ne donne à l’homme la capacité d’accomplir: ce serait se moquer des hommes, et non les sauver. Il te suffit, pour faire ton devoir, que Dieu te le montre, à condition que tu suives cette lumière et cet esprit par lesquels Il t’en donne connaissance. Ceux à qui ce pouvoir fait défaut sont ceux qui ne reçoivent point le Christ lorsqu’il essaye de les convaincre dans leur âme: à ceux-là, Il fait toujours défaut ; mais çeux qui reçoivent le Christ, ceux-là reçoivent le pouvoir, comme ceux de jadis, de devenir les enfants de Dieu, par la pure obéissance de la foi.

extrait de Sans Croix point de Couronne, Dervy-livres

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