Les pères apostoliques

Naissance difficile puis persécution : l’église triomphante voit sa doctrine affaiblie et son clergé partir à la dérive par ambition politique. Le levain de Satan est bien là et le danger vient désormais de l’intérieur…

De l’an 0 à l’an 100

La naissance de l’Eglise: L’ère Apostolique

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Un des manuscrits de la Mer morte.

Si la foi des premiers Chrétiens reposait sur l’Ancien Testament, les paroles et les actes de Jésus furent repris dans la prédication des apôtres et par Paul, tels qu’ils ont pu les entendre, les voir ou les recevoir de notre Seigneur un peu plus tard. Revêtus du Saint-Esprit, l’autorité apostolique leur fut donnée pour formuler la doctrine chrétienne : le Nouveau Testament est né de cette volonté divine pour affirmer la véracité de leur foi, démontrant clairement que ce qui avait été prédit s’était accomplit. Le message de l’Ancien Testament -le Sauveur va venir- est complété par la réalisation bienveillante de la promesse de Dieu : le Sauveur est venu, et le Sauveur reviendra, annoncée comme une bonne nouvelle pour tous les hommes.

Le bien fondée des doctrines, la nature divine de Jésus-Christ, sa naissance, sa vie, sa mort et sa résurrection, l’évangile de la grâce pour tous, la loi de la liberté, l’affranchissement de la condamnation, une vie sainte agissante par la Foi, par et pour l’amour de Dieu et pour les hommes, toutes sont posées comme des fondations profondes capables de résister aux tremblements de terre. Car c’est dès sa naissance que l’Eglise eut à subir l’opposition. Paul et Jean ont vu ce danger et nous font part de leurs craintes: La pratique du légalisme mosaïque comme moyen du salut et diverses spéculations angéliques, la participation aux cultes idolâtres et à l’impudicité, sont autant d’hérésies combattues par les apôtres. Pour terminer cette introduction, citons Frédéric Godet:

L‘auteur (Paul) faisait indirectement tomber toutes les erreurs qui commençaient à se produire en Asie touchant la personne du Seigneur : celle des disciples de Jean-Baptiste, qui mettaient leur maître au-dessus de Jésus ; celle des Eblonites, qui ne voyaient en Jésus que le fils de Joseph et de Marie, élevé à la dignité de Messie ; celle de Cérinthe, qui faisait de Jésus un simple homme auquel s’était uni, à un certain moment de sa vie, le Christ céleste ; celle des hérétiques appelés Docètes, qui prétendaient que le corps de Christ n’avait été qu’une simple apparence. Tous ces faux systèmes croulaient devant cette parole dont notre évangile tout entier est la démonstration : « LA PAROLE A ETE FAITE CHAIR. » La perfection de la vie divine a été réalisée sous forme de l’infirmité humaine ; l’abîme entre l’infini et le fini à été pratiquement comblé, et ce Logos des philosophes, qu’ils n’entrevoyaient qu’à travers les nuages de leur spéculation, est devenu pour la foi un être contemplé, connu, possédé. Tel a été le Jésus de l’histoire ; tel est le Jésus de Jean : un être aussi complètement humain que complètement divin.

 

Frédéric Godet, Introduction au Nouveau Testament

Ci-dessus, Konstantin Flavitsky, « Martyrs chrétiens dans le Colisée »

De l’an 100 à l’an 300

Persécutions et martyrs : les Pères de l’Eglise

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Luttes au dehors: Parallèlement à l’avancée de l’Evangile, l’opposition devient de plus en plus violente. Sous l’empereur romain Trajan (98- 117), l’abjuration de la foi en Jésus-Christ est proposée comme rançon de leurs vies aux chrétiens. Pour ceux qui demeurent fidèles, la sentence s’exécute par décapitation, par le feu, par les bêtes sauvages ou la déportation. Ignace est mis à mort. Sous Marc-Aurèle (161-180), Septime Sevère (193-211), puis Décius (249-251), des années de persécution et de tortures font des ravages. Si beaucoup abjurent, Justin Martyr, Pothin, une jeune Blandine, un esclave Bibliade, Perpétue, Félicité, Origène, Cyprien et bien d’autres furent mis à mort à cause de leur foi. Vers 303, Dioclétien projette même d’éradiquer le christianisme : les lieux de cultes, les copies des textes bibliques sont détruit, les croyants torturés. Dix ans plus tard, l’empereur Constantin apporte une période de paix.

Luttes au-dedans: L’Eglise est alors dirigée par des hommes qui ont été des disciples directs des apôtres de Jésus-Christ. Mais présentes dès le début, les hérésies se poursuivent. La négation de la divinité de Jésus-Christ, le salut par les oeuvres, la circoncision et l’observation du sabbat doivent toujours être combattus. Les philosophies païennes sont nombreuses et tentent d’altérer la simplicité de l’Evangile. Les gnostiques, dont Marcion, opposent la chair, considérée comme le mal, à l’esprit, le bien, et imposent à leurs adeptes soit une vie d’ascète, soit une vie de débauche (antinomiens). L’Eglise catholique – traduite par le mot universel – commence à prendre forme : On commence à parler de Marie en terme très élogieux, le salut après la mort est envisagé par quelques-uns, le culte des saints est latent, ainsi que le bienfait de la pénitence. La tentative d’ajouter d’autres textes à celui du N.T. (le pasteur d’Hermas, l’épître de Barnabas etc.) est restée vaine.

Mais on voit poindre le développement des régimes épiscopaux et la création d’un cléricalisme majeur et mineur. L’Eglise de Rome commence à faire valoir sa qualité d’Eglise prééminente, en justifiant d’une descendance apostolique non-interrompue. On peut sans trop se tromper citer comme Pères de l’Eglise : Irénée, évêque de Lyon et remplaçant de Pothin, Hippolyte qui fut excommunié, Tertullien, Cyprien, Orygène, Clément de Rome, Ignace. Instruits et philosophes pour les uns, « les Pères étaient sans doute des hommes faillibles, des hommes se montrant parfois peu intelligents et peu instruits ; mais c’était des hommes graves, sincères, pieux, qui, pour la plupart (c’est le cas de Polycarpe, de Papias, de Justin Martyr, etc.), ont donné leur vie pour la profession de leur foi. Ils pouvaient se tromper ou être trompés ; mais ils ne parlaient pas à la légère et sans avoir quelque garantie sérieuse en faveur des choses qu’ils affirmaient sur des sujets qui leur tenaient si profondément à coeur ». (Frédéric Godet).

De l’an 300 à l’an 500

L’Eglise et les empereurs romains

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Dans l’empire romain, la paix est revenue et l’Eglise s’unit à l’état sous l’empereur Constantin-Le-Grand. Si l’immoralité générale diminue, l’Eglise devient mondaine. L’alliance avec l’autorité civile de l’époque suscita disputes, intrigues, et l’esprit de domination prit le pas sur celui de service. Le pouvoir de l’Eglise, par délégation civile, est accru et augmentera encore au cours des siècles qui suivront. Pourtant, l’évangélisation se poursuit en perse vers 300, vers 400 en Arménie et chez les Goths, pour qui la Bible fut traduite. Sur le plan théologique, la composition des livres du nouveau testament est arrêtée désormais et forme le canon des Ecritures saintes. Les anciennes controverses théologiques réapparaissent. D’autres naissent. Les unes sont évidentes, les autres plus subtiles, toutes différentes suivant leur localité.

Pour les combattre, les évêques se réunissent en conciles et tranchent les questions de doctrine. Voici quelques-unes unes des hérésies qui conduiront souvent à l’excommunication de leur défenseur: l’hérésie Arienne (négation de la divinité de Jésus-Christ et de sa préexistence éternelle), Pneumatomaque (négation de la divinité du Saint-Esprit), Appollinariste (diminution de l’humanité de Jésus), Nestorienne (différentiation des deux natures de Jésus), Pélagienne (négation du péché originel). Ces tendances sont combattues par les uns, défendues par les autres. En Orient, les Ecritures sont interprétées allégoriquement ; en Occident, les textes apocryphes étudiés comme les textes canoniques. Si nombres de chrétiens brillèrent par leur doctrine, la sainteté de leur vie, et leur engagement, il faut déplorer plusieurs déviations.

Le paganisme pénètre l’Eglise, l’autorité de la Bible est remplacée par celle de l’Eglise, les sacrements prennent une place de plus en plus importante et le salut par la gr‚ce est remplacé peu à peu par celui des oeuvres. Le culte des saints est introduit dans le culte, et le faste remplace la spiritualité initiale. La vie monacale devient alors un refuge à la décadence ambiante, et conduit à en accentuer les déviations. Persécutée, torturée dans les siècles passés, l’Eglise triomphante par la foi en Jésus-Christ se voit affaiblie par l’altération de sa doctrine, et la dérive de son clergé poussé par des ambitions politiques. L’assaut de Satan se porte désormais sur la pureté initiale de l’Evangile, en y apportant un levain humain. Le danger vient maintenant de l’intérieur.

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