Sermon 24

Saint Paul dit: «Prenez en vous», intériorisez en vous «Christ».

En tant que l’homme se déprend, alors il prend Christ, Dieu, béatitude, et sainteté. Si un jeune garçon disait des choses étranges, on le croirait; et Paul promet de grandes choses et vous le croyez à peine. Il te promet, si tu te déprends de toi, Dieu, et béatitude, et sainteté. C’est étonnant, et s’il se trouve que l’homme doive se déprendre de soi, en tant qu’il se déprend de soi il prend en lui Christ, et sainteté, et béatitude, et est très grand.

Le prophète s’étonne de deux choses: la première de ce que Dieu fait avec les étoiles, avec la lune et avec le soleil. Le second étonnement est à propos de l’âme: que Dieu ait fait et fasse de si grandes choses avec elle et pour elle, car il fait pour elle tout ce qui lui est possible; il fait de nombreuses et grandes choses pour elle et est pleinement pris par elle, et cela à cause de la grandeur dans laquelle elle est faite.

A quel point elle est faite grande, notez-le! Je trace une lettre selon le modèle que la lettre a en moi, dans mon âme et non pas selon mon âme. Il en est ainsi de Dieu: Dieu a fait toutes choses communément selon l’image qu’il a de toutes choses en lui et non pas selon lui. Certaines, il les a faites particulièrement selon quelque chose qui se tient en dehors de lui, (comme bonté, sagesse et ce que l’on dit de Dieu), mais l’âme, il ne l’a pas faite uniquement selon l’image qui est en lui, ni selon ce qui se tient en dehors de lui, ainsi que l’on parle à son propos mais plutôt, il l’a faite selon lui-même, oui, selon tout ce qu’il est, selon sa nature, selon son être et selon son œuvre fluant à l’extérieur et demeurant intérieurement, et selon le fond où il demeure en lui-même, où il engendre son Fils unique d’où s’épanouit le Saint Esprit; selon cette œuvre fluant à l’extérieur et demeurant intérieurement, Dieu a créé l’âme.

Il est comme naturel, à propos de toutes choses, qu’en tout temps les plus élevées fluent dans les inférieures aussi longtemps que les inférieures sont tournées vers les supérieures; car les plus élevées ne reçoivent jamais des inférieures mais plutôt ce sont les inférieures qui reçoivent des supérieures. Or puisque Dieu est au-dessus de l’âme, alors Dieu en tout temps flue dans l’âme et ne peut jamais manquer à l’âme. L’âme peut certes lui manquer, mais aussi longtemps que l’homme se maintient ainsi sous Dieu, aussi longtemps il reçoit immédiatement l’influx divin, nûment, de Dieu, et n’est sous aucune autre chose: ni sous crainte, ni sous amour, ni sous souffrance, ni sous aucune chose que Dieu n’est pas. Maintenant, jette-toi pleinement et totalement sous Dieu, alors tu reçois l’influx divin pleinement et nûment.

Comment l’âme reçoit-elle de Dieu? L’âme reçoit de Dieu non pas comme quelque chose d’étranger, ainsi que l’air reçoit lumière du soleil: celui-ci reçoit selon une étrangèreté. Mais l’âme reçoit Dieu non pas selon une étrangèreté ni comme étant au-dessous de Dieu, car ce qui est sous quelque chose d’autre, cela a étrangèreté et éloignement. Les maîtres disent que «l’âme reçoit comme une lumière de la lumière, car là il n’est pas d’étranger ni de lointain». Une chose est dans l’âme où Dieu est nu, et les maîtres disent que cela est sans nom et que cela n’a pas de nom propre: c’est, et cela n’a pourtant pas d’être propre car ce n’est ni ceci ni cela, ni ici ni là; car c’est ce que c’est en un autre, et cela en ceci; car ce que c’est ce l’est en cela, et cela en ceci; car cela flue en ceci et ceci en cela; et là, estime Paul, «conformez-vous à Dieu», en béatitude car c’est en cela que l’âme prend toute sa vie et son être, et de là qu’elle aspire sa vie et son être; car ceci est pleinement en Dieu et ce qui est autre est à l’extérieur, et c’est pourquoi l’âme est en tout temps en Dieu selon ceci, à moins qu’elle ne porte ceci à l’extérieur ou s’éteigne en elle-même.

Un maître dit que ceci est si présent à Dieu que ceci ne peut jamais se détourner de Dieu, et que Dieu en tout temps lui est présent à l’intérieur. Je dis que Dieu a été éternellement sans relâche en ceci, et le fait que l’homme soit Un avec Dieu en ceci ne dépend pas d’une grâce car la grâce est une créature, et là aucune créature n’a rien à faire car dans le fond de l’être divin, où les trois Personnes sont un seul être, là elle est Un selon le fond. C’est pourquoi, si tu le veux, toutes les choses sont tiennes, et Dieu. Ce qui veut dire: éloigne-toi de toi-même et de toutes choses et de tout ce que tu es en toi-même, et prends-toi selon ce que tu es en Dieu.

Les maîtres disent que «la nature humaine n’a rien à faire avec le temps», et qu’«elle est pleinement intangible, et bien plus intérieure à l’homme, et proche de lui, qu’il ne l’est de lui-même». Et c’est pourquoi Dieu assuma la nature humaine et l’unit à sa Personne. Là, la nature humaine devint Dieu car il assuma la nature humaine nue, et non un homme. C’est pourquoi, veux-tu être ce même Christ et être Dieu, éloigne-toi de tout ce que la Parole éternelle n’assuma pas. La Parole éternelle n’assuma pas un homme, c’est pourquoi éloigne-toi de ce qui est de l’homme en toi et de ce que tu es, et assume-toi selon la nature humaine nue; ainsi es-tu la même chose en la Parole éternelle que ce qu’est la nature humaine en elle. Car ta nature humaine et la sienne n’ont pas de différence: elle est Une car ce qu’elle est en Christ elle l’est en toi. C’est pourquoi j’ai dit à Paris qu’en l’homme juste est accompli ce qu’ont jamais dit la sainte Ecriture et le prophète, car si tu es comme il faut, tout ce qui a été dit dans l’Ancienne et dans la Nouvelle Alliance, tout cela se trouvera accompli en toi.

Comment dois-tu être comme il faut? C’est à entendre de deux manières, selon la parole du prophète qui dit là: «Dans la plénitude du temps, le Fils fut envoyé.» «Plénitude du temps» est selon deux modes: une chose est pleine lorsqu’elle est à son terme, comme est plein le jour en son soir; de même, lorsque tout temps se détache de toi, alors le temps est plein. Le second mode est lorsque le temps parvient à son terme, c’est-à-dire à l’éternité car là tout temps a un terme, car là il n’y a ni avant ni après; là est présent et nouveau tout ce qui est, et là tu possèdes dans une contemplation présente ce qui jamais advint et jamais doit advenir; là il n’y a ni avant ni après, tout est là présent, et dans cette contemplation présente j’ai possédé toutes choses. C’est cela «plénitude du temps», et ainsi je suis comme il faut, ainsi je suis véritablement le Fils unique et Christ.

Pour que nous venions à cette «plénitude du temps», qu’à cela Dieu nous aide.

Amen.

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