Populi ejus qui in te est, misereberis.

Le prophète dit: «Seigneur, du peuple qui est en toi, aie pitié.» Notre Seigneur répondit: «Tout ce qui est vacillant, je le guérirai et l’aimerai de bon gré.»

Je prends une parole, que «le pharisien désirait que Notre Seigneur mange avec lui», et une autre que Notre Seigneur dit à la femme: «va en paix». Il est bon d’aller de la paix à la paix, c’est louable; mais c’est préjudiciable. On doit courir vers la paix, on ne doit pas commencer dans la paix. Notre Seigneur dit: «En moi seul vous avez la paix.» Aussi loin sommes-nous en Dieu, aussi loin sommes-nous dans la paix. Ce qui est à soi est-il à Dieu? Cela a la paix. Ce qui est à soi est-il hors de Dieu? Cela n’a pas la paix. Saint Jean dit: «Tout ce qui est né de Dieu, cela vainc le monde.» Ce qui est né de Dieu, cela cherche la paix et court vers la paix. C’est pourquoi il dit: «va en paix», cours vers la paix. L’homme qui est en train de courir, et est en train de courir sans cesse, et cela vers la paix, celui-là est un homme céleste. Le ciel poursuit sans cesse sa course, et dans cette course il cherche la paix.

Or notez: « Le pharisien désirait que Notre Seigneur mange avec lui.» L’aliment que je mange, il se trouve alors uni à mon corps comme mon corps à mon âme. Mon corps et mon âme sont unis en un être, non pas comme en une œuvre comme mon âme s’unit à mon œil en une œuvre, c’est-à-dire en sorte qu’il voie. Ainsi l’aliment que je consomme a-t-il un seul être avec ma nature, non pas unis en une œuvre, mais signifie la grande union que nous devons avoir avec Dieu en un être, non en une œuvre. C’est pourquoi le pharisien pria Notre Seigneur qu’il mange avec lui.

Pharisien veut dire la même chose que quelqu’un qui est séparé, et ne connaît pas de limite. Ce qui appartient à l’âme, cela doit être pleinement délié. Plus les puissances sont nobles, plus elles délient. Certaines puissances sont tellement au-dessus du corps et tellement à part qu’elles dépouillent et séparent pleinement. Un maître dit une belle parole: «Ce qui une fois touche une chose corporelle, cela ne pénètre jamais à l’intérieur». En second lieu, pharisien veut dire que l’on est délié et retiré de l’extérieur et attiré à l’intérieur. De là on tire qu’un homme non instruit peut, par amour et par désir, acquérir un savoir et l’enseigner. En troisième lieu, pharisien veut dire que l’on n’a aucune limite et que l’on n’est enfermé nulle part, et que nulle part l’on n’est attaché et tellement transporté dans la paix que l’on ne sache rien de l’absence de paix, de telle sorte que l’homme se trouve transporté en Dieu par les puissances qui sont absolument déliées. C’est pourquoi le prophète dit: «Seigneur, du peuple qui est en toi, aie pitié.»

Un maître dit: «L’œuvre la plus haute que Dieu opéra jamais en toutes les créatures, c’est la miséricorde». Le plus secret et le plus caché, même ce que jamais il opéra dans les anges, cela se trouve transposé dans la miséricorde, l’œuvre de miséricorde, telle qu’elle est en elle-même et telle qu’elle est en Dieu. Quoi que Dieu opère, la première irruption de Dieu est miséricorde, non à la manière dont il pardonne à l’homme son péché et où un homme a miséricorde de l’autre mais plutôt veut-il dire: L’œuvre la plus haute que Dieu opère est la miséricorde.

Un maître dit: «L’œuvre de miséricorde est si apparentée à Dieu que même si vérité, richesse et bonté sont des noms de Dieu, une chose le nomme davantage que l’autre». L’œuvre la plus haute de Dieu est miséricorde, et veut dire que Dieu établit l’âme dans le plus élevé et le plus limpide qu’elle puisse recevoir, dans la vastitude, dans la mer, dans une mer sans fond. C’est pourquoi le prophète dit: «Seigneur, du peuple qui est en toi, aie pitié.»

Quel peuple est en Dieu? Saint Jean dit: «Dieu est l’amour, et qui demeure dans l’amour, celui-là demeure en Dieu et Dieu en lui.» Bien que saint Jean dise que l’amour unit, l’amour ne transporte jamais en Dieu, tout au plus fait-il adhérer. L’amour n’unit pas, d’aucune manière; ce qui est uni, il l’assemble et le noue. L’amour unit en une œuvre, non en un être. Les meilleurs maîtres disent que l’intellect dépouille pleinement et prend Dieu nu, tel qu’il est, être limpide en lui-même. «Connaissance fait sa percée par vérité et bonté, et tombe dans l’être limpide, et prend Dieu nûment, tel qu’il est, sans nom». Je dis: ni connaissance ni amour n’unissent. Amour prend Dieu lui-même en tant qu’il est bon, et si le nom de bonté faisait défaut à Dieu, amour n’irait jamais plus loin. Amour prend Dieu sous un pelage, sous un vêtement. Cela, l’intellect ne le fait pas: l’intellect prend Dieu tel qu’il est connu de lui, là il ne peut jamais le saisir dans la mer de son insondabilité. Je dis: Au-dessus de ces deux, connaissance et amour, il y a miséricorde; là Dieu opère miséricorde, dans le plus élevé et le plus limpide que Dieu puisse opérer.

Un maître dit une belle parole, qu’«il est dans l’âme quelque chose de tout à fait secret et caché et de fort élevé où font irruption les puissances, intellect et volonté». Saint Augustin dit: «Tout comme est inexprimable le lieu où le Fils fait irruption à partir du Père dans la première irruption, ainsi est-il quelque chose de tout à fait secret, élevé au-dessus de la première irruption où font irruption intellect et volonté». Un maître dit, celui qui le mieux a parlé de l’âme, que «tout le savoir humain n’est jamais là où l’âme est dans son fond». Ce qu’est l’âme, cela relève d’un savoir surnaturel. Là où les puissances sortent de l’âme dans l’œuvre, nous n’en savons rien; nous savons bien un peu de cela, mais c’est modique. Ce qu’est l’âme dans son fond, personne ne le sait. Ce que l’on en peut savoir, il faut que ce soit surnaturel, il faut que cela soit par grâce: là Dieu opère miséricorde.

Amen.

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