1Il y aura un jugement dernier et une seconde venue de Jésus (Matthieu 25/31-46).
2°) Le bon et le méchant seront séparés, le bon entrera dans la vie éternelle et le mauvais dans le tourment sans fin. (Matthieu 25/46).
3°) Cet enfer est un lieu « de feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges » et où iront aussi ceux qui ne seront pas sauvés. (Matthieu 25/41-46).
4°) Que le fait d’être pauvre n’empêchera pas les bons d’entrer au ciel pas plus que les riches ne seront préservés d’aller en enfer. (Luc 16/22-23).
5°) Parce qu’il y a un abîme entre le Ciel et l’Enfer qui ne peut être franchi, ceux qui seront en enfer ne pourront en sortir. (Luc 16/26).
6°) Ceux qui sont en enfer ne peuvent pas demander que leurs bien-aimés n’y viennent pas. (Luc 16/28).
7°) Que le feu de l’enfer ne s’éteint point. (Marc 9/43).
8°) Leur ver, ou le remords de conscience de ce qu’ils ont fait les rongera à jamais. (Marc 9/48).
9°) Tout, en enfer, sera salé de feu qui ne s’éteint point. (Marc 9/49).
10°) Tout ceci signifie que l’Enfer est le lieu dans lequel le diable ses anges et les méchants de la terre qui, depuis bientôt 6.000 ans, n’ont pas été sauvés du péché avant leur mort, devront aller et souffriront pour toujours dans le feu qui ne s’éteint point. Cette vision du Ciel et de l’Enfer qu’a eue Bunyan (l’auteur du « Voyage du pèlerin », livre qui a eu le plus fort tirage après celui de la Bible) s’accorde avec les enseignements de Jésus rapportés ci-dessus « Dieu avec nous ». L’auteur prie pour tous ceux qui vivent maintenant et vivront plus tard. Soyez délivrés en cette vie, tandis que vous le pouvez.

J. Newton PARKER

_________________________________

CHAPITRE I
Projet de suicide
Quand des pécheurs s’obstinent à suivre la voie du péché et trouvent qu’ils ont des raisons de craindre, le juste jugement de Dieu sur leurs transgressions, ils commencent tout d’abord à souhaiter qu’il n’y ait point de Dieu pour les punir; puis, petit à petit, ils se persuadent qu’il n’y en a point, et alors, se mettent à chercher des arguments pour étayer leur opinion. C’est avec un homme de cette sorte que j’eus le malheur d’être en relation; et Il s’efforçait continuellement de me persuader qu’il n’y avait ni Dieu ni diable, ni ciel ni enfer.

Ce ne fut pas sans horreur et sans tremblement qu’au début, j’avais entendu ceci; c’est pourquoi j’avais l’habitude de le quitter quand il commençait à aborder ces sujets; mais à force d’en entendre parler si souvent, je me sentis contraint d’examiner pour moi-même les raisons qu’avait cet homme de parler ainsi. À partir de ce moment, je sentis mon esprit envahi d’une telle inquiétude, d’un tel doute et d’une telle obscurité que je pouvais difficilement soutenir la discussion, car je sentais que je ne pouvais plus continuer d’admettre ces vérités qui, auparavant m’apparaissaient évidentes en elles-mêmes. Je ne pouvais penser qu’il n’y eut pas de Dieu, mais avec la plus grande horreur cependant, je mettais en question la réalité de son existence. Je ne voulais pas abandonner mon espoir d’un ciel, même si on m’avait fait héritier du monde entier; cependant je me demandais s’il y avait un tel lieu ou un tel état. Je commençais à douter de ce qu’il y eût un enfer et, cependant, au même moment, je pensais trouver les flammes de son éclat sur mon visage. Ainsi mon esprit était-il ballotté entre ces contractions apparentes et je me sentais troublé.

Dans cet état de perplexité, j’allai à mon faux ami pour voir quel réconfort il me donnerait. Il sourit de mes frayeurs, prétendit s’apitoyer sur ma faiblesse, et me sembla être très attaché à l’indépendance et à la liberté dont il faisait profession de jouir en cette matière. Il me dit qu’il n’était jamais tracassé par d’effrayantes anticipations sur l’au-delà ou sur un compte à rendre après la mort; que la nature était la grande maîtresse de l’univers, c’est pourquoi il suivait ses préceptes; que tout le souci qu’il prenait était de vivre ici-bas, et qu’il espérait que, lorsque sa dépouille se serait mélangée à la poussière de la terre, elle donnerait naissance à quelque nouvelle espèce d’êtres.

Les entretiens que j’eus avec cet homme m’incitèrent à douter encore plus profondément; je devins si inquiet que ma vie fut un fardeau pour moi. Je redoutais de m’abandonner à la croyance de ces abominables idées, et cependant elles continuaient de courir dans mon esprit. Je souhaitais mille fois ne les avoir jamais entendues, et pourtant, elles se présentaient toujours devant moi. « QUOI ! » me disais-je, « si tous mes espoirs en un ciel n’étaient qu’une chimère ! Ai-je servi Dieu pour rien ? Ou plutôt, en ai-je imaginé un quand il n’existe pas ? » Il n’est pas possible de dire quelle agonie je vivais en ouvrant le chemin à de telles pensées qui m’assaillaient avec une force accrue, si bien qu’à la fin, je fus précipité à l’extrême degré du désespoir. « Pourquoi hésiter ainsi. Pensais-je, « entre le désespoir et l’espérance ? N’est-il pas meilleur, » me disais-je « de mettre un terme à ma vie misérable et, par cet acte, connaître tout de suite quelle est la vérité ? »

Là-dessus, je pris la résolution de me détruire, et dans ce but, je me dirigeai un matin, vers un bois tout proche, où je me proposais de mettre à exécution mon projet. Mais il me sembla entendre un chuchotement intérieur, disant; « 0 homme, ne te plonge pas dans des tourments éternels pour satisfaire le pire ennemi de ton âme. Ce coup fatal que tu es sur le point de porter met le sceau sur ta propre damnation. Car s’il y a un Dieu, – aussi sûrement qu’il y en a un, – comment peux-tu espérer sa miséricorde quand tu veux détruire ainsi volontairement son image en toi ?

D’ou ce chuchotement secret venait-il, je ne le sais pas, mais je crois qu’il était de Dieu, car Il venait avec une telle puissance qu’il me fit fuir l’instrument dont j’avais pensé me servir pour attenter à ma propre vie, et me montra en un instant quel crime je projetais. L’horreur de cette intention diabolique fut telle que mes articulations se mirent à trembler si fort que je pouvais difficilement me tenir debout. Je ne pus moins taire que de reconnaître que cet avertissement salutaire venait d’une Puissance spirituelle invisible venue à mon secours au moment le plus critique, et que je devais lui exprimer ma reconnaissance. Je me mis aussitôt à genoux à l’endroit même et je m’écriai: « O Toi Puissance éternelle qui, quoi qu’invisible aux yeux des hommes, voit toutes leurs actions et qui viens de m’empêcher de détruire Ton image en l’homme, je Te rends d’humbles actions de grâces ! OUI, ô Toi Être souverain parmi tous les êtres, je Te remercie parce que je suis encore en vie et suis capable de reconnaître que Tu existes ! O que le Soleil de gloire brille sur moi et chasse de mon âme les ténèbres afin que je ne mette jamais en doute Ton existence, Ton omnipotence dont je reçois à l’instant une telle démonstration ! »

Ensuite, me relevant, j’avançai un peu et m’assis sur un banc, mon esprit, envahi par des pensées d’adoration pour cette Éternelle Bonté qui venait de me sauver du redoutable abîme de la ruine éternelle dans lequel je voulais plonger. Et maintenant, je ne pouvais que m’étonner, à la pensée d’avoir été insensé au point de mettre en doute l’existence de la Divinité dont chaque créature rendait témoignage et que la conscience de l’homme ne manque pas de reconnaître.

Tandis que mon esprit était occupé de ces pensées, je fus soudain environné d’une lumière dont l’éclat était si grand que je n’en avais jamais vu de pareil. Ceci me surprit et m’étonna, et tandis que je me demandais d’où elle venait, je vis marchant vers moi une forme glorieuse ressemblant à celle d’un homme, mais auréolée de rayons de lumière d’une gloire indicible éclairant sa marche. Son aspect doux et agréable inspirait néanmoins la crainte, mais me laissait quelque espoir secret qu’il venait à moi non en ennemi, mais en ami. Et cependant, je ne savais comment supporter son aspect éclatant, et en essayant de me tenir debout en sa présence, je sentis que toute ma force avait disparu et je tombai sur ma face. Il me tendit la main et en me remettant sur mes pieds, je sentis que j’avais reçu des forces nouvelles. Je m’adressai à lui et lui dis: « O mon brillant libérateur, toi qui viens de fortifier mon faible corps en lui communiquant une vie nouvelle, comment pourrais-je t’exprimer ma reconnaissance et de quelle manière pourrais-je t’adorer ? » Il répondit à cela avec un air de majesté et d’indulgence: « Offre ton adoration à l’auteur de ton être et non pas à Moi qui suis une créature comme toi. Je suis envoyé par Celui dont tu viens de nier l’existence afin de t’empêcher de tomber dans la ruine éternelle où tu voulais toi-même te précipiter ».

Ceci toucha mon cœur et me donna un tel sentiment de ma propre indignité que mon âme se fondit au-dedans de moi et je ne pus m’empêcher de crier: « O combien je suis indigne de cette grâce et de cette miséricorde ! »

À ceci, le messager céleste répondit: « La majesté divine ne tient pas compte de ton indignité en t’accordant Sa miséricorde. Mais de Sa propre bonté et de Son amour sans bornes, Il a vu avec quelle malice le grand ennemi des âmes désirait ta ruine et lui permit d’espérer ta destruction, mais te soutint par Sa puissance cachée, grâce à laquelle, quand Satan se crut arrivé à ses fins, le piège fut brisé et tu t’en es échappé ».

Ces Paroles me firent éclater en louanges. « Oh ! qui peut dire les profondeurs de cet immense amour qui sauve de l’enfer une âme tentée qui coule. Oh ! gloire, gloire au nom de mon Sauveur ! Je le chanterai pendant toute l’éternité. LUI qui, lorsque j’étais au bord de l’abîme Me Sauva de celui qui en voulait à mon âme. Et maintenant je sais, moi, qui ne voulais pas reconnaître Dieu, que le Seigneur est Dieu, oui, il est seul Dieu !

CHAPITRE II
Au-delà du soleil et des étoiles
Et maintenant, me dit le visiteur céleste avec un sourire agréable, afin que tu ne mettes jamais en doute la réalité des choses éternelles, je suis venu pour t’en convaincre, non seulement par la foi, mais aussi par la vue. Car je veux te montrer des choses que des yeux mortels n’ont jamais contemplées et dans ce but, tes yeux seront fortifiés et rendus capables de voir des choses immatérielles. »

Je fus très étonné en entendant des paroles aussi surprenantes et je me demandai comment je pouvais les supporter. Je dis: « Oh ! mon seigneur, qui est suffisant pour une telle vue ? »

À ceci, il répliqua: « La joie du Seigneur sera votre force » et puis, il me saisit et me dit. « Ne crains point, car j’ai été envoyé pour te montrer des choses que tu n’avais jamais vues. » Et avant que je ne me sois rendu compte, je me trouvai enlevé au-dessus de la terre qui, loin, sous mes pieds, m’apparaissait comme un petit point, un tout petit point, comparé au monde de lumière dans lequel Je venais d’être transporté.

Je dis à mon guide: « O ! que mon Seigneur ne soit point offensé si je lui pose une ou deux questions. » Il répondit: « Parle. C’est mon devoir de répondre à toute question que tu me poseras, car je suis un esprit envoyé pour exercer un ministère en faveur de ceux qui doivent hériter du Salut ».

Je demandai: « J’aimerais être éclairé sur notre globe, qui loin, sous nos pieds, diminue continuellement, tandis que nous montons de plus en plus haut et qui apparaît encore plus ténébreux depuis que nous sommes entrés dans ces régions de lumière. »

« Ce petit point », répondit mon guide, « qui paraît si ténébreux, est le monde dont tu étais un des habitants il y a quelques instants. D’ici, tu peux te rendre compte de sa petitesse et combien sont vains les efforts de ceux qui, à sa surface, travaillent, peinent et usent toute leur force et leur temps pour s’en procurer une partie en risquant, OUI, en perdant leur âme précieuse et immortelle, si précieuse que le Prince de Paix nous a dit que « même si un homme gagnait tout le monde, ses gains ne pourraient pas compenser une si grande perte. » Et la grande cause d’une telle folie est que les hommes ne veulent pas regarder aux choses d’en-haut. Car, de même que, au fur et à mesure que tu montais vers ces régions de lumière, le monde t’apparaissait de moins en moins grand, de plus en plus méprisable; ainsi en sera-t-il pour ceux des hommes qui, par la foi, dirigeront leurs cœurs vers les choses d’en-haut. Si les fils de l’homme pouvaient connaître le monde tel qu’il est, ils ne le convoiteraient pas comme ils le font. Mais, hélas ! ils sont dans un état de ténèbres et le pire, c’est qu’ils aiment marcher dans les ténèbres. Quoique le Prince de lumière soit descendu parmi eux, et leur ait montré clairement la vraie Lumière de la Vie, ils continuent à marcher dans les ténèbres parce que leurs œuvres sont mauvaises.

Je lui demandai de nouveau: « Qu’est cette multitude de formes noires et horribles qui planent dans l’air au-dessus de la Terre dont j’aurais été terriblement effrayé si je ne m’étais aperçu qu’à ta vue, ils s’enfuyaient comme s’ils n’étaient pas capables de supporter la lumière éclatante dont tu es revêtu ? »

Il me répondit: « Ce sont les esprits déchus, apostats qui, à cause de leur orgueil et de leur rébellion ont été jetés hors du ciel pour errer dans les airs, liés de chaînes de ténèbres et gardés pour le Jugement du grand jour selon le décret du Tout-Puissant. Ils sont aussi autorisés à descendre dans le monde pour éprouver occasionnellement les élus et pour tourmenter les hommes méchants et pécheurs. Quoique tu les voies maintenant comme des formes noires et horribles, ils ont été pourtant autrefois des fils de lumière, revêtus de robes d’un éclat glorieux comme celle que tu me vois porter. Malgré que leur chute ait été la conséquence du péché conscient, ils sont remplis de rage et de méchanceté contre le Dieu béni à jamais dont ils redoutent et haïssent la puissance et la majesté.

« Mais, dis-moi, ô mon heureux compagnon, quelques-uns d’entre eux n’ont-ils plus aucun espoir d’être réconciliés avec Dieu après un certain temps d’attente ? »

« Non, du tout. Ils sont perdus à jamais. Ils furent les premiers à pécher sans avoir été tentés et aussitôt, ils ont été jetés hors du ciel. De plus, le Fils de Dieu, le Messie béni par qui seul le salut peut être obtenu, ne prit point sur lui la nature angélique; il abandonna les anges apostats à leur état de perdition et se revêtît Lui-même de la nature de la postérité d’Abraham. Pour cette raison, ces esprits sont remplis de méchanceté contre les fils des hommes, car Ils sont tourmentés à la pensée de voir ceux-ci faits héritiers du ciel, tandis qu’eux-mêmes sont destinés à l’enfer.

À ce moment, nous nous trouvions au-dessus du soleil dont le corps immense et glorieux tellement plus grand que celui de la terre, se mouvait avec une telle rapidité dans l’espace immense que ce qu’on pourrait en dire paraîtrait incroyable. Mon guide me dit que cet énorme globe de feu suspendu dans l’espace était une des grandes œuvres de Dieu. Il poursuit sa course régulière dans sa révolution annuelle; et son éclat est si grand et si glorieux que si mes yeux n’avaient pas été très fortifiés, j’aurais été incapable de le contempler. Les puissants globes de feu que nous appelons les étoiles fixes ne sont pas moins merveilleuses que le soleil, mais la distance extrême qui les sépare du soleil les fait apparaître à nos yeux comme des chandelles. La Parole de Dieu, seule, qui les a créées, les tient suspendues dans un pur océan d’éther, chacune à sa place.

« Ces explications suffisent », dis-je à mon guide, pour convaincre n’importe qui de la grande puissance de leur Créateur adorable et aussi de la noirceur de l’infidélité de certains hommes qui peuvent mettre en question l’existence d’une divinité qui a donné au monde entier un si grand nombre de preuves éclatantes de son pouvoir et de sa gloire. Si les hommes, tels des animaux, ne regardaient pas continuellement aux choses de la terre, Ils ne pourraient que reconnaître Sa grande Puissance et Sa sagesse éternelle. » – « Tu dis la vérité, me répondit mon guide, mais tu verras des choses encore plus grandes que celles-ci qui ne sont que les échafaudages et les ouvrages préliminaires de cette construction glorieuse où habitent les rachetés, (la maison qui n’est pas faite de main d’homme) éternelle dans les cieux dont la vue te sera donnée, dans la mesure où tu es capable de la saisir ».

Je fus rapidement convaincu de la justesse de ce qu’exprimait mon guide, car, au même instant, j’étais transporté dans les glorieuses demeures des rachetés et je voyais des choses qu’il est impossible d’imaginer et l’entendais des mélodies ravissantes et harmonieuses que je ne peux exprimer. C’est ainsi que Jean, l’Apôtre bien-aimé nous dit dans son épître « Nous sommes maintenant enfants de Dieu et ce que nous serons n’a vas encore été manifesté » (I Jean 3/2). Qui n’a pas vu cette gloire ne peut en parler que très imparfaitement, et ceux qui l’ont vue ne peuvent nous en raconter la millième partie. C’est pourquoi le grand Apôtre des Gentils qui nous dit avoir été ravi dans le Paradis où Il a entendu des paroles ineffables qu’il n’est pas permis à l’homme d’exprimer, ne nous donne aucun récit de cela, mais écrit : « Ce sont des choses que l’œil n’a point vues et que l’oreille n’a point entendues et qui ne sont point montées au cœur de l’homme, des choses que Dieu a préparées pour ceux qui l’aiment ». (I Corinthiens 2/9). Mais je veux vous donner de mon mieux la relation de ce que l’ai vu et entendu des conversations bénies que j’ai eues avec quelques rachetés aussi exactement que je peux me les rappeler.

CHAPITRE III
Élie explique
Tout d’abord, quand je fus amené près de ce palais glorieux, je vis d’innombrables armées de serviteurs qui m’accueillirent dans cette bienheureuse demeure de joie. Leur attitude exprimait un bonheur parfait; et là, je vis une lumière parfaite et inaccessible à un être comme moi appartenant à la terre, qui assimilait toutes choses à sa nature propre, car les âmes elles-mêmes des saints glorifiés sont transparentes, mais non illuminées par le soleil: toute cette lumière qui coule avec une telle transparence brillante d’un bout à l’autre de ces demeures célestes et les êtres glorifiés qui les habitent, n’est rien autre que les émanations de la Gloire divine en comparaison de laquelle la lumière du soleil n’est que ténèbres. Et tout l’éclat des diamants les plus scintillants, le feu des escarboucles, des saphirs et des rubis et l’orient de la perle la plus riche ne sont que morceaux de charbon mort en comparaison de sa gloire. C’est LE TRÔNE DE LA GLOIRE DE DIEU dans laquelle le rayonnement de la Majesté divine est révélé de la manière la plus merveilleuse. La divinité exaltée sur le trône élevé de Sa gloire recevant l’adoration de myriades d’anges et de saints lui chantant d’éternels alléluias et lui adressant des louanges était trop brillante à regarder pour un mortel humain. Il peut bien être appelé le Dieu de Gloire car, par Sa glorieuse présence, Il fait le ciel ce qu’il est: là, sont des rivières de joie, jaillissant perpétuellement de la DIVINE PRÉSENCE et rayonnant de joie et de splendeur sur tous les habitants bénis du ciel, le lieu de Son heureuse résidence et le siège de Son empire éternel.

Pour ma part, mon œil était bien trop débile pour supporter le moindre de ces magnifiques rayons émanant de l’éternelle source de lumière et de gloire assise sur le trône, et je fus forcé de crier à mon guide: « La vue d’une telle gloire est trop grande pour être supportée par un humain fragile; cependant, elle est si rafraîchissante et si délicieuse que je la contemplerais volontiers, dussé-je en mourir ! »

« Non ! Non ! » dit mon guide, « la mort ne pénètre pas dans ce lieu béni. Ici, résident la vie et l’immortalité; ni le péché ni le chagrin n’y trouvent place; car c’est la gloire de ce lieu bienheureux d’être libre pour toujours de ce qui est mauvais; et sans cette liberté notre bénédiction elle-même serait imparfaite. Mais, viens, je te mènerai vers quelqu’un qui est dans un corps comme toi; tu t’entretiendras avec lui un instant et ensuite, je te reconduirai de nouveau. »

« O plutôt », dis-je avec chaleur « laisse moi rester ici, car, ici, il n’est pas besoin de construire des tabernacles. Les palais célestes sont prêts et en état ».

À quoi mon brillant messager répondit: « Tu seras fixé ici pour toujours dans un certain temps, mais la volonté divine doit d’abord être obéie ».

Prompt comme une pensée, il me conduisit alors parmi des milliers de ces êtres brillants et ailés et me présenta à ce saint illustre, le grand Elie, qui avait vécu dans le monde d’en bas il y a tant de siècles et cependant, il me semblait le reconnaître au premier coup d’œil.

« Voici quelqu’un », dit mon guide à Elie, « qui, mandaté par le Trône impérial, a eu la permission de contempler ces royaumes de lumière et je l’ai amené par ici pour qu’il apprenne de toi en quoi consistent leur gloire et leur bonheur. »

« Ce que je ferai joyeusement », dit le prophète, « car c’est notre nourriture et notre boisson dans ces régions bénies de faire la volonté de Dieu et de l’Agneau, de chanter leurs louanges, de les servir dans l’adoration la plus humble en disant: « A celui qui est assis sur le trône et à l’Agneau soient la louange, l’honneur, la gloire et la force aux siècles des siècles, car il a racheté pour Dieu, par son sang, des hommes de toute tribu de toute langue, de tout peuple à de toute nation; tu as fait d’eux un royaume et des sacrificateurs pour notre Dieu » (Apocalypse ch. 5) Amen ! » Et moi aussi, j’ajoutai mon amen à celui du saint prophète.

Le prophète s’enquit alors auprès de moi de la raison pour laquelle cette permission et ce grand privilège m’avaient été accordés. Je compris ainsi que les saints dans le ciel ignorent ce qui se fait sur la terre. (Comment alors des prières peuvent-elles leur être adressées ?) Je répétai donc ce que j’ai déjà dit, à quoi le prophète s’exclama: « Gloire soit donnée à jamais à Celui qui est assis sur le Trône et à l’Agneau, pour sa bonté sans bornes et sa grande condescendance envers la faiblesse d’un pauvre pécheur incrédule ». Ensuite il ajouta: Maintenant, fais attention à ce que je vals te dire. Ce que tu as vu et entendu, je suis sûr que tu ne pourras jamais le raconter de manière à le faire comprendre, car c’est au-delà de ce que l’œil a vu et de ce que l’oreille a entendu ou de ce que le cœur de l’homme est capable de concevoir. En parlant ainsi, j’ai vue ceux qui ne sont pas encore parvenus à cet état de gloire et ne sont pas libérés de leurs corps terrestres. Je n’ai pas d’objection à faire, maintenant que je sais, à ce que mon être soit ici dans un corps; car bien qu’il n’ait pas été assujetti à la destinée commune aux mortels, la mort, il a supporté un tel changement que, dans un certain sens, c’est pareil; car il est devenu à la fois spirituel et impassible et il est aussi incapable maintenant de souffrance que ces anges bénis qui environnent le trône. Toutefois, dans ce complet état de bonheur, je ne peux exprimer ce que je goûte, pas plus que je ne sais ce qui me réjouira encore, car ici, notre joie est toujours nouvelle ».

Je priai alors le prophète béni de s’expliquer parce que je ne comprenais pas comment la Joie pouvait être complète et cependant comporter des additions nouvelles car ici-bas, nous pensons généralement que ce qui est complet est entièrement fini. « J’espère humblement » dis-je « que ce que je viens de demander ne sera pas considéré comme l’effet d’une vaine curiosité, mais que mon but est d’éclairer mon entendement qui ne conserverait de ces choses célestes que des idées obscures.

Satisfaire ton âme qui doute et affermir ta foi hésitante est la principale raison de ta présence ici, par la permission de la grande Trinité §; c’est pourquoi je voudrais que tu me fasses connaître si quelque doute s’élève encore dans ton cœur. Mais à ce que tu m’objectes, – savoir qu’on ne peut pas qualifier cette joie de complète, puisque d’autres choses s’y devront ajouter – je dois dire que lorsque l’âme et le corps sont heureux tous les deux comme les miens le sont maintenant, je considère que c’est un complet état de joie, car à travers tous les âges innombrables de l’éternité, c’est l’union de l’âme et du corps dans l’état béni de la résurrection qui sera le sujet continuel de cette joie. Elle consiste dans la vision bienheureuse du Dieu adorable et à jamais béni, et elle est toujours nouvelle. Car les perfections divines sont infinies; rien moins que l’éternité ne peut être suffisant pour leur permettre de déployer leur gloire c’est ce qui fait que d’autres choses peuvent s’ajouter à notre joie éternelle et, nécessairement, comme conséquence, notre connaissance de ces perfections sera éternellement progressive aussi.

« Et c’est pourquoi ce n’est pas sans raison que le grand Apôtre des Gentils qui, en ses jours terrestres, fut une fois admis ici comme tu l’es, affirma: « L’œil n’a point vu, l’oreille n’a point entendu, elles ne sont point montées au cœur de l’homme, ces choses que Dieu a préparées pour ceux oui l’aiment. » Et cependant, l’œil a vu beaucoup de choses admirables dans la nature: Il a vu des montagnes de cristal, des rochers de diamants, il a vu des mines d’or, des côtes de perles et des îles parfumées et toutefois, l’œil qui a vu tant de merveilles dans le monde d’en-bas, ne pourrait jamais scruter les gloires de ce triomphe dans le ciel. Et bien que l’oreille de l’homme ait entendu beaucoup de sons agréables et harmonieux, avec même tout ce que l’art et la nature ont pu lui apporter, il n’a jamais entendu la mélodie céleste que les saints et les anges chantent devant le Trône. L’imagination de l’homme est telle qu’en se donnant libre cours, elle peut concevoir des choses qui ont été, qui sont et qui seront peut-être dans le monde d’en bas. Elle peut concevoir l’incroyable. Et pourtant, tout en se croyant, illimitée, tout ce qu’elle peut se représenter est bien loin de ce que l’Éternelle Majesté a préparé pour ceux qui la suivent fidèlement.

CHAPITRE IV
La joie du ciel
« Mais, continua le prophète, pour que tu puisses avoir l’idée la meilleure de notre joie, je vais ici te présenter brièvement (car des siècles passés à traiter cet agréable sujet seraient à peine suffisants pour en parler assez longuement) de quoi ont été délivrées ces âmes bénies qui, par le glorieux rachat de notre brillant Rédempteur, ont été amenées tel. Et pour que tu le Comprennes mieux, je tâcherai de mettre mes paroles au niveau de ta capacité en comparant les choses qui sont dans le ciel avec celles que tu connais d’en bas, bien que tes yeux t’aient montré combien ce qui est du ciel surpasse infiniment ce qui peut être trouvé sur la terre. Et, en second lieu, je t’exposerai (autant que ton Intelligence pourra le saisir) ce qu’est le bonheur qui réjouit ICI les rachetés ».

« D’abord, les âmes de tous les élus sont libérées pour toujours de ce qui pourrait les rendre malheureuses, et, en premier lieu, tu ne l’ignores pas, du péché. C’est lui seulement qui plonge la créature dans la misère. Le Dieu béni avait fait d’abord toutes choses heureuses; tout était pareil à Lui qui est ainsi à un degré suprême: et si le péché n’avait pas défiguré la beauté du travail des cieux, les anges et les hommes n’auraient jamais connu ce que signifie le mot malheur. Ce fut le péché qui précipita les anges apostats dans l’enfer et dépouilla le monde d’en bas de sa beauté §. Ce fut le péché qui défigura l’image de Dieu dans l’âme de l’homme et fit du seigneur de la création l’esclave de sa propre convoitise: en agissant ainsi, l’homme se plongea dans un océan d’éternelle misère duquel il n’y a pas de rédemption. C’est par une miséricorde d’un prix inestimable que, dans ce lieu bienheureux, tous les habitants sont libérés du péché pour toujours par le Sang de notre Rédempteur Jésus.

Sur la terre d’où tu viens, les âmes les meilleures et les plus saintes gémissent sous le fardeau de la corruption. Le péché s’attache à tout ce qu’elles font et les rend souvent captives contre leur volonté. « Qui me délivrera » a été le cri de beaucoup de chers serviteurs de Dieu, fidèles et aimés de Jésus. Le péché est la charge pesante des saints eux-mêmes tant qu’ils sont revêtus de leur corps de chair corruptible, et c’est pourquoi, quand Ils déposent leurs corps, les âmes sont comme un oiseau échappé de sa cage et avec une vigueur céleste, ils montent dans cette région bénie. Mais ici, leurs luttes sont terminées et la mort est engloutie dans la victoire. Ici, leurs âmes qui avaient, sur terre, été déformées et souillées par le péché, sont par Jésus, à jamais béni, présentées au Père éternel ».

« Ici, chaque âme bienheureuse est libérée du péché et de toute occasion de pécher, ce qui est un grand supplément à notre joie. Adam lui-même dans le paradis, bien qu’il fût dans sa première création parfaitement innocent et libre vis-à-vis du péché, n’était cependant exempt de la tentation. Satan entra dans le paradis pour le tenter § et Adam succomba facilement; il mangea du fruit défendu et tomba, et, par sa chute, toute la nature humaine fut corrompue. Le péché, tel une gangrène, a rongé la nature humaine et corrompu l’humanité entière. »

« Mais ici, chaque âme bienheureuse est libérée de tout cela. Aucun démon ne peut la tenter, ni la corruption l’atteindre. Rien sauf ce qui est pur et saint, ne peut être admis dans ces lieux. Aucune suggestion maligne de l’esprit apostat ne peut les importuner, et le lion rugissant qui parcourt encore la terre, cherchant qui il peut dévorer n’a pas d’accès ici; l’esprit du monde ne peut pas davantage tenter les âmes des rachetés qui ont, par la foi et la patience, vaincu ses artifices et sont arrivés ici en sûreté. Ses attraits, ses tentations n’ont aucune prise sur nous, habitants de ces régions célestes, nous regardons avec mépris toutes les réjouissances terrestres. Nous sommes ici au-dessus du monde et de toutes ses tentations, et par le Sang de notre Jésus triomphant, nous avons obtenu la victoire sur lui. Rien ici ne peut troubler notre paix, mais un calme éternel met le comble à notre bonheur d’être libérés du péché et de toutes ses tentations.

Et, comme conséquence de cela », « Troisièmement, nous sommes libérés des effets du péché c’est-à-dire du châtiment sous lequel gémissent ceux qui sont enfermés dans les sombres régions du malheur éternel qu’ils ne peuvent pas supporter, mais que, cependant, ils doivent souffrir toujours. Ce fut par le péché que la mort s’introduisit dans le monde d’en bas ».

« Ce sont ces choses dont nous sommes délivrés dans cet état béni et cependant, cela ne représente qu’une faible part de la joie du ciel. Nos joies sont positives aussi bien que négatives et ce qu’elles sont, je m’en vais te le montrer ».

« Nous réjouissons ici la vue de Dieu, la source bénie et éternelle de notre bonheur. Mais ce que c’est, je ne peux pas plus l’exprimer que des créatures finies peuvent en comprendre l’infinité; nous sentons seulement que cela emplit continuellement nos âmes d’une joie inexprimable et pleine de gloire et d’un amour si ardent que rien ne peut le satisfaire sinon son Auteur béni et que l’éternité elle-même. C’est ce qui nous fait vivre, aimer et chanter, et louer à jamais et qui transforme nos âmes à sa ressemblance. Les saints du monde d’en bas, tandis qu’ils voyagent vers cette contrée bienheureuse, sont soutenus dans leur pèlerinage par Ses bras éternels qui les mettent à même de marcher de grâce en grâce. Mais, nous, qui sommes en sûreté dans le havre d’un bonheur éternel, nous sommes transformés en la même image de gloire en gloire comme par le Seigneur, l’Esprit (2 Corinthiens 3/18). Mais, pour que ces choses soient davantage à la portée de ta compréhension, par la contemplation de la face de Dieu, nous avons une jouissance réelle de Son amour et Ses sourires bénis rendent nos âmes joyeuses et dans Sa grâce, nous nous réjouissons continuellement, « car dans Sa grâce est la vie ». Et alors, par cette adorable vision de Dieu, nous arrivons à Le connaître combien plus que ne le peuvent ceux d’en bas, car il y a une vision de Lui-même qui ouvre notre entendement « et nous donne la lumière de la connaissance de la gloire de Dieu, dans la face de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ ». Ici, nous nous réjouissons tous de le voir face à face. En bas, les saints jouissent de Dieu avec mesure; mais ici, nous en jouissons sans mesure. En bas, ils ont quelques gouttes de Sa bonté, mais là, nous en avons de grandes ondées, nous nageons dans un océan de joie sans bornes. En bas, la communion des saints avec Dieu est souvent brisée; mais ici, nous avons une jouissance de Dieu ininterrompue. Ici, nous bénéficions de la perfection de toute grâce. En bas, l’amour est mélangé de frayeur et la frayeur apporte le tourment; mais ici, l’amour est parfait, et l’amour parfait bannit la crainte. Ici, nous aimons le Dieu béni plus que nous-mêmes et notre prochain comme nous-mêmes. Nous sommes tous les enfants d’un seul Père et tous nos frères nous sont également chers. Notre connaissance dans le monde d’en bas était très imparfaite, mais ici nous voyons Dieu tel qu’Il est et ainsi, nous arrivons à Le connaître comme nous en sommes connus. Notre joie également, atteint ici sa perfection. »

« ici, nos facultés se développent en rapport avec la grandeur des objets que nous avons à contempler. Tandis que nous séjournions dans le monde d’en-bas, aucune lumière ne pouvait illuminer notre intelligence sinon par les fenêtres de nos sens; c’est pourquoi le Dieu béni daignait condescendre à nos possibilités et adaptait les expressions de Sa Majesté à l’étroitesse de notre imagination. Ici, la révélation de la divinité est beaucoup plus glorieuse et nos entendements sont purifiés de toutes ces images terrestres qui coulaient par les canaux grossiers de nos sens. En bas, les plus pures conceptions de Dieu étaient très imparfaites. Mais ici, l’or est séparé dés scories et nos conceptions sont plus nettes et siéent à la pureté et à la simplicité de Dieu. En bas, les objets de gloire étaient abaissés au niveau des perceptions des sens, mais ici, les facultés sensibles sont élevées et affinées et rendues sujets de gloire ».

« C’est pourquoi, maintenant que la lumière divine brille de ses rayons directs et que les épais rideaux de la chair n’existent plus, l’âme jouit d’une vision plus claire de Dieu. Nous voyons à présent ce que nous avons cru de la nature glorieuse du Dieu à jamais béni, ses décrets et ses conseils, sa providence et ses dispensations. Ici, nous voyons clairement que, de toute éternité, Dieu était le seul qui existât, – mais Il n’est pas solitaire – que la divinité n’est ni confondue dans l’unité, ni divisée en nombre, et qu’il y a priorité d’ordre, mais pas de supériorité parmi les personnes sacrées de la Trinité ineffable §, mais qu’elles sont également l’objet de la même adoration. Les voies de Dieu qui, d’en bas, sont inscrutables et qu’il nous semble illégal d’examiner, nous les percevons ici comme étant le résultat de la sagesse, divine, et cela avec une telle clarté que la vérité elle-même n’est pas plus évidente. »

« Ces choses, ajouta le prophète sur un autre ton, font partie de celles qui constituent notre bonheur. Cependant, elles se rapportent à nos âmes seulement. Mais encore, la joie des habitants de ces régions bénies n’est pas complète tant que leurs corps ne sont pas ressuscités et réunis à leurs âmes. Par la munificence divine, Énoch et moi-même, nous jouissons d’une manière particulière, parce que nous avons été transportés ici dans notre corps, à la fois comme types du monde antédiluvien et du monde postdiluvien, de la résurrection de l’adorable Fils de Dieu et de tous les saints au travers de Lui. Maintenant, parce que personne, sauf le grand Messie n’a été ressuscité de la mort (Il est les prémices de ceux qui sont morts), parce que le corps d’Énoch et le mien n’ont pas connu la mort malgré qu’ils aient subi un changement équivalent à cela, Il est très difficile de se rendre compte de ce que sera l’état réel du corps ressuscité, ceci n’étant possible pleinement que par comparaison avec le corps glorieux du Seigneur Lui-même. Nos corps qui n’ont pas éprouvé la mort, mais qui ont subi un changement, ne peuvent pourtant pas être mis en parallèle avec la gloire de celui de Jésus, quoiqu’étant, comme le sien, corps spirituels de qui je veux te montrer maintenant les propriétés distinctes ».

« À la résurrection, les corps de rachetés seront ici, comme le mien actuellement, des corps spirituels, non seulement visibles, mais tangibles (à ces mots, le saint prophète daigna me donner la main) tu seras davantage capable de savoir ce que j’entends par corps spirituel. C’est un corps débarrassé de tout mélange grossier de corruption, fait d’une substance pure, affinée et cependant solide, non composée de vent et d’air comme ce que les mortels d’en bas pourraient lourdement imaginer.

Ici, je priai le saint prophète de se montrer indulgent à mon égard si je disais que j’avais toujours pris « spirituel » dans un sens opposé à « matériel » c’est-à-dire incapable d’être touché comme je venais de faire avec le sien. Le prophète répondit que leurs corps sont spirituels, non seulement parce qu’ils ont été purifiés de toute corruption, mais aussi comme n’ayant pas besoin d’être sustentés matériellement par de la nourriture, la boisson, le sommeil et le vêtement qui sont le conditionnement de nos corps sur la terre ». N’as-tu pas lu, dit le prophète, que Jésus après sa résurrection, apparut à ses disciples dans son corps, tandis qu’ils étaient tous réunis dans une chambre dont les portes étaient fermées ? Et alors, il invita Thomas à approcher et à étendre sa main pour toucher son côté, lui prouvant ainsi que son corps ressuscité était substantiel. À elle seule, la contemplation de notre Seigneur béni ici, nourrit et entretient à jamais nos corps et nos âmes ».

« À la résurrection, nos corps seront immortels. Dans le monde d’en bas d’où tu viens, tous les corps sont assujettis à la mort, passibles d’être réduits en poussière à tout Instant. Mais ici, nos corps seront incorruptibles et libérés de la mort pour toujours, car notre corruptibilité sera changée en incorruptibilité, la mort sera engloutie par la vie ».

ici, j’exprimai le désir que le prophète se montrât patient avec moi pour que je lui donne un aperçu de mes propres idées sur cette question.

« Parle. car je suis prêt à dissiper ton doute, dit-il ».
« J’ai appris, dis-je, dans les Saintes Écritures, que l’immortalité est un attribut qui n’appartient qu’à Dieu seul et non aux hommes. C’est pourquoi Paul dit à Timothée que seul, Dieu possède l’immortalité ». Quand je dis que les corps des rachetés sont immortels, répondit le Prophète, J’entends ceci: corps dans leur état de résurrection, qui ne meurent plus. Même les corps de tous ceux qui jouissent déjà de la félicité du Paradis sont, à cette heure, dans la poussière de la terre, encore sous la puissance de la mort (rappelons-nous qu’en parlant ainsi le prophète Elie qui a été lui-même enlevé sans passer par la mort fait allusion aux âmes des enfants de Dieu dans le Paradis qui attendent la résurrection de leurs corps). Seulement quand ils seront ressuscités, ils seront immortels. Il est très vrai que Dieu seul possède l’immortalité, dit l’Écriture. Aucune créature, qu’elle soit ange, ou qu’elle soit homme ne peut, dans ce sens strict, être appelée immortelle. Nous sommes immortels par Sa grâce, mais Dieu est immortel dans Son essence et a été ainsi de toute éternité; c’est dans ce sens qu’on peut dire que LUI SEUL possède l’immortalité. C’est pourquoi Il est dit de Lui que Lui seul est saint, que personne n’est bon sauf Dieu, qu’aucun n’est Juste, ni miséricordieux sauf Lui à qui soit la bénédiction, la gloire, l’honneur et la louange pour toujours et à jamais ! »

CHAPITRE V
Nous nous connaîtrons mutuellement
Je fis observer: « J’ai vu, parmi les nombreuses âmes rachetées auprès desquelles je suis passé tandis que mon brillant messager m’amenait auprès de vous, que certaines paraissaient briller d’un éclat plus grand que d’autres. Y a-t-il, parmi les rachetés, différents degrés de gloire ? »

« Le bonheur et la gloire dont jouissent tous les rachetés sont les résultats de leur communion avec le Dieu béni et de leur amour pour Lui dont la vision splendide est leur source éternelle. Plus nous voyons le Seigneur, plus nous l’aimons et l’amour rend la nature de nos âmes semblable à la Sienne, de là résulte notre gloire. Ceci détermine une différence dans les degrés de gloire. Il n’y a ici non plus aucun mécontentement chez celui qui voit une autre gloire plus grande que la sienne. Le Dieu à jamais béni est un océan sans bornes de lumière et de vie, de joie et de bonheur, emplissant continuellement chaque vase humain posé là jusqu’à ce qu’il ne puisse contenir davantage. Et bien que les vaisseaux soient de plusieurs tailles, puisque chacun d’eux est rempli, il n’y en a aucun qui puisse se plaindre. C’est pourquoi ma réponse à ta question est celle-ci: ceux qui ont les facultés les plus développées aiment le plus Dieu et par là sont rendus le plus semblables à Lui. Sa ressemblance est la gloire la plus haute que le ciel puisse donner. Il ne doit pas davantage te sembler étrange que même parmi les plus flamboyants des anges de Dieu, il existe des ordres différents et de différents degrés de gloire. Peut-être en as-tu vu quelques-uns de ceux-ci tandis que tu venais jusque là ».

Pendant que je m’entretenais ainsi avec le prophète, une forme brillante approcha. C’était celle d’un racheté. Il me dit qu’il avait laissé son corps dans la tombe, et qu’ici, il se reposait dans l’espérance de la résurrection, et quoiqu’il (son âme) soit encore une substance, elle est si différente de la substance terrestre qu’un mortel ne peut pas la toucher. »

Le prophète continua: « Nous contemplons ici la vision de grand prix pour laquelle on peut donner sa vie: l’Agneau béni de Dieu, le Sauveur de gloire. Ici nous le voyons dans l’état de royauté qui lui appartient dans la fonction royale qui lui vaut le titre de Roi des rois et Seigneur des seigneurs.

Mais toute, la glorieuse grandeur de notre Rédempteur béni ne rend pas Sa bonté moins accessible. Le fait de Le trouver régnant ici Lui qui a tant souffert pour moi dans le monde d’en bas, rend le ciel encore plus précieux pour moi. Le bonheur de notre Rédempteur qui est si grand et si ineffable accroît le nôtre et nous incite à l’aimer davantage. C’est ici qu’Il invite chaque serviteur » à entrer dans la joie du Maître ». « Dans le ciel, non seulement nous voyons notre frère aîné, Christ, mais aussi tous nos amis et relations. Ainsi, bien qu’elle ait vécu dans le monde d’en bas bien antérieurement à notre époque, nous ne l’avons pas plus tôt vu que nous l’avons reconnu. Et de même, vous connaîtrez Adam quand vous le verrez. Ici, nous nous communiquons l’un l’autre, le plaisir le plus pur et un amour ardent et sincère unit notre pure société tout entière. Ici, chacun est parfaitement aimable et parfaitement aimant. Et oh ! combien cet état d’amour est heureux ! Combien je suis ravi de voir mes saints compagnons rayonnant d’une immortelle amabilité. Où existe un tel amour, tout doit être délices ! Et comment peut-il en être autrement puisqu’en cette société bénie, il y a un continuel échange d’amour et de joie et que la conversation et les relations sont un ravissement ? »

« Mais à part tout le bonheur qui nous vient de la connaissance de nos amis et de nos relations, et de celui qui nous vient de la communion que nous avons ici avec Dieu et avec notre prochain, c’est pour moi une puissante joie de comprendre tous ces profonds et obscurs mystères religieux que les théologiens les plus savants et les plus profonds du monde d’en bas ne peuvent nous faire entièrement saisir. Ici, nous discernons une harmonie parfaite entre ces textes qui, alors que nous étions dans le monde d’en bas, nous semblaient se contredire. Ici, nous sommes transportés avec émerveillement et gratitude, spécialement à la découverte de la bonté divine envers chacun de nous en particulier. O Epenetus ! J’ai vu autour de moi non seulement nécessité et justice, mais même la miséricorde de ces afflictions qu’une fois (pendant que j’étais sur la terre) j’avais imputées à la sévérité de Dieu. Et maintenant, je suis pleinement convaincu que, des coups que j’ai pu recevoir dans le monde d’en bas, et j’en ai reçu beaucoup, de même que j’ai éprouvé de grandes afflictions, aucun n’est venu plus tôt ou n’est tombé plus pesamment ou n’est demeuré plus longtemps qu’il n’était nécessaire. Et je suis sûr que si, parfois, mes espérances ont été déçues, c’était seulement pour m’assurer un droit à des choses meilleures que celles que j’attendais ».

« Mais je n’oublie pas, Epenetus, que tu es encore dans un corps et tu peux être fatigué d’entendre ce que je pourrais te dire encore, tellement vaste est le bonheur que je possède et si grand le plaisir que j’ai à en parler. Je n’ajouterai qu’une chose concernant notre joie: la vaste multitude des âmes bénies qui participent à cette joie et à cette gloire ne diminue en rien la part qui revient à chacun. Car cet océan de bonheur est sans fond, à un tel point que tous les saints et les anges ne pourront jamais l’épuiser. Ceci n’est pas étrange car, dans le monde d’en bas, chaque nation se réjouit de même du bienfait de la lumière. Aucun ici ne se plaint que sa joie soit moindre parce qu’un autre en jouit aussi. Mais tous se réjouissent de ses bienfaits aussi pleinement que s’ils étaient les seuls à en jouir. Vraiment, voici la différence entre le Soleil de Justice et ce soleil qui brille sur le monde d’en bas: tandis que le soleil du monde éclipse toutes les planètes (ses suivantes) le Soleil de Justice, par Sa présence, communique Sa splendeur à tous Ses saints. Si une multitude de personnes boivent à la même rivière, aucune d’elles n’est capable de l’épuiser; et cependant, chacune d’elles a la pleine liberté de boire autant qu’elle peut. Aussi, qui jouit de Dieu jouit pleinement de Lui ou du moins, jouit de Lui en rapport avec sa capacité. »

« Ainsi, Epenetus, je t’ai donné un bref aperçu de notre Canaan céleste. Ce n’est pas la millième partie de ce que je pourrais te dire, cependant c’est assez pour te permettre de voir que c’est un Pays ruisselant de lait et de miel. Et cela peut te servir à aiguiser ton désir de le connaître et de l’expérimenter davantage. Car personne ne peut connaître pleinement le bonheur dont nous jouissons ici tant qu’il n’est pas venu pour y participer. »

« Dans ce lieu bienheureux, les relations mondaines cessent; ni mâle, ni femelle ici, mais tous sont pareils aux anges. Car il ne peut pas y avoir pour les âmes de distinction de sexes, C’est pourquoi toutes relations sont absorbées en Dieu ».

Aussitôt après ces paroles, il me prit par la main et, prompt comme la flèche s’échappant d’un arc, il me fit passer près de nombreuses formes revêtues de robes d’immortalité qui semblaient étonnées de me voir parmi elles. Il me dit: « Au revoir, mon Epenetus, ton ange gardien sera avec toi sur le champ et te reconduira dans le monde d’en bas ».

Je m’approchai de la forme brillante d’un racheté qui se tenait devant moi et qui m’apparaissait extrêmement glorieux, environné de rayons d’un lustre éblouissant. Je pouvais à peine me tenir devant ce personnage à cause de l’excessive clarté de son visage. Il me dit: « Quant à ce que je suis, à Celui qui est sur le trône soit toute la louange et la gloire. La robe de gloire dont tu me vois revêtu n’est que le reflet de Ses propres rayons brillants ».

« Vous parlez comme quelqu’un qui éprouve de puissantes joies », dis-je. Il répondit: « Ne pense pas que ceci soit étrange; les puissantes merveilles de l’amour divin et de la grâce seront à jamais l’objet de notre chant. Ici, toutes les relations humaines cessent pour être toutes absorbées en Dieu qui est seul Père de toute cette famille céleste. Depuis que j’ai été débarrassé du corps, je me suis débarrassé avec lui de toutes les relations de la chair, et ici, je n’en ai aucune autre. Nous sommes tous enfants d’un seul Père ici et serviteurs d’un Maître dont le service béni est notre parfaite liberté. Et comme pour ceux que j’ai laissés derrière moi dans le monde d’en bas, je les ai confiés à Dieu, je serai heureux de les voir Siens dans Son héritage béni. Mais s’ils se tenaient près du grand ennemi des âmes et refusaient la grâce qui leur est offerte et ainsi périssaient dans leur incrédulité, Dieu serait glorifié dans Sa justice, et dans Sa gloire, je me réjouirais encore ».

Je désirai alors savoir si les rachetés savent ce qui continue de se passer dans le monde d’en bas et s’ils s’y Intéressent. À cette question, mon interlocuteur me répondit: « En ce qui concerne les affaires particulières des personnes, nous ne nous y intéressons pas et nous les ignorons. Être présent en tous lieux est un attribut particulier à Dieu seul dont la vue sur chaque créature est manifeste, bien que la prospérité ou la misère de l’Église d’en bas dans son état militant soit présenté par les anges qui sont des esprits à son service envoyés pour assister ceux qui seront héritiers du salut. Et ce que nous apprenons de la terre par eux nous pousse à multiplier nos louanges à Celui qui est sur le trône ».

CHAPITRE VI
Conduit en Enfer
Il n’eut pas plus tôt fini de parler qu’il partit et la forme brillante qui m’avait amené depuis le monde, d’en bas jusqu’à ce lieu de bonheur se présenta. « J’ai, dit l’ange, la mission de te reconduire dans le monde d’en bas, non seulement sur la terre d’où je t’ai amené, mais dans les régions du prince des ténèbres pour que tu puisses voir le salaire du péché et ce que la juste colère de Dieu prépare pour les rebelles qui avaient voulu s’exalter au-dessus du trône du Très-Haut. Mais cependant, ne sois pas effrayé, car, de même que j’ai la mission de te prendre ici, j’ai celle de te ramener dans le monde où je t’ai pris pour te quitter ensuite.

Quitter le ciel pour la terre fut extrêmement désagréable et m’aurait rendu malheureux si je n’avais pas su que telle était la volonté divine. Mais quitter le ciel pour l’enfer me retourna le cœur au dedans de moi. Cependant, quand je sus que le bon plaisir divin était que je retourne sur la terre de nouveau, que là, un jour, je sois dépouillé de ma mortalité et qu’ensuite, je sois reconduit au ciel, je fus un peu réconforté et trouvai en moi-même une entière résignation à la volonté de Dieu. C’est pourquoi je dis avec quelque assurance à mon guide brillant: « Je serai toujours disposé à obéir à ce que la volonté du Dieu béni a ordonné, de la grande miséricorde de qui j’ai toujours fait une si grande expérience, que, même en enfer, je ne serai pas effrayé si je puis avoir Sa présence avec moi ».

À ceci, mon brillant gardien répondit: « Partout où le Dieu béni concède Sa présence, c’est le Ciel et tandis que nous serons en Enfer, Il sera avec nous ». Alors, après s’être incliné très bas devant le Trône de la Toute-Puissance, plus rapide que la pensée, mon ange gardien me transporta plus de 10.000 lieues plus bas que l’empire des cieux où, quand j’avais vu ces puissants globes de feu, ces lampes brûlant toujours dans les cieux éthérés, j’avais dit à mon brillant conducteur que j’avais entendu dire, quand j’étais sur la terre, que chacune de ces étoiles fixes était un monde; je croyais qu’elles pouvaient l’être parce que, bien que vues d’ici, elles soient d’une si puissante grandeur, elles ne nous semblaient à nous qui les voyions de la terre, simplement de petits objets, comme la terre nous apparaissait vue d’ici. « Mais ajoutai-je, je désirerais volontiers être informé par vous de la vérité sur cette question ».

Mon guide brillant me répondit: « À Celui qui est Tout-Puissant, rien n’est impossible, pas plus qu’il ne peut y avoir de bornes à l’infini. Notre Dieu à jamais béni employa 6 jours à créer le monde d’en bas, mais aurait aussi bien pu le faire en un instant s’il s’y était déterminé. Ce fut Sa Toute-Puissance qui le décida à agir ainsi, et ce que cette puissance peut accomplir, personne, sauf Lui qui la possède, ne peut le dire. Mais c’est Sa volonté qui fournit un argument à Sa Puissance et non une bonne logique dans l’école du ciel. Il fait ce qui Lui plaît à la fois dans le ciel au-dessus et sur la terre en bas, et ce qu’il lui plaît de nous révéler, cela seul, nous le savons; ce qu’Il n’a pas révélé, ce sont des secrets enfermés dans Son propre conseil éternel, et c’est de la part d’une créature une insolente et présomptueuse curiosité que de s’en informer. Sans aucun doute, il peut faire autant de mondes qu’il y a d’étoiles dans le ciel si cela lui plaît. Mais ce qu’Il a fait et qu’Il n’a pas révélé, il n’est pas de notre devoir de nous en enquérir.

À ce moment, nous fûmes entraînés vers les régions les plus basses de l’air où je vis une multitude de formes effrayantes et de lugubres apparitions noires s’enfuyant loin de la rayonnante présence de mon brillant conducteur.

« Assurément, dis-je, ce sont quelques avant-gardes de l’enfer, ces formes si noires et si effrayantes ? »

« Ce sont, dit mon conducteur, quelques esprits apostats qui errent à l’aventure, çà et là, dans l’air et sur la terre, comme des lions rugissants, cherchant qui ils pourront dévorer. Et, bien qu’ils soient entraînés ici, tu les verras rapidement dans leurs sombres territoires, car nous nous dirigeons maintenant vers la frontière de l’abîme infernal. Je m’aperçus vite que les paroles de mon guide étaient très vraies, car nous fûmes bientôt entourés de ténèbres plus noires que la nuit accompagnées d’une puanteur plus suffocante que celle du soufre brûlant. Mes oreilles furent aussi remplies des hurlements horribles des esprits damnés en comparaison desquels les notes les plus discordantes entendues sur la terre semblaient une musique mélodieuse.

« Maintenant, dit mon ange gardien, tu es sur le bord de l’enfer mais ne crains pas le pouvoir du destructeur, car ma mission, donnée par le trône impérial, t’assure contre tous dangers. Ici, tu peux entendre, des démons et des âmes damnées elles-mêmes les causes maudites de leur perte éternelle. Ce que tu désires demander, demande-le et ils te répondront. Les démons ne peuvent te faire de mal, bien qu’ils le veuillent car leur pouvoir est limité par Celui qui m’a délégué, dont ils ont la connaissance, auquel ils sont sensibles, ce qui les fait rager, s’agiter, rugir, et mordre leurs chaînes haïes, mais tout est vain ».

Nous étions arrivés maintenant dans les territoires de l’enfer situés dans le centre de la terre §. Là, dans un lac sulfureux de feu liquide, limité par la chaîne de diamant du décret fixé par le ciel, Lucifer était assis sûr un trône brûlant §, ses yeux effrayants étincelant d’une fureur infernale, et plein de rage à cause de ses douleurs ardentes. Ces démons errants que nous avions vu voler devant nous tandis que nous venions du ciel avaient, – je le remarquai, – averti de notre arrivée, ce qui excitait le vacarme de tout l’enfer. Lucifer exhalait ses horribles blasphèmes contre le Dieu béni, et les prononçait d’un air plein d’arrogance et d’orgueil. « Que désire celui-qui-envoie-le-tonnerre ? Il a toujours ce ciel dont le sceptre radieux aurait du être tenu par ma main; et, au lieu de ces espaces où jamais la lumière ne s’éteint, Il me confine hors de mon héritage légitime, dans cette sombre maison de mort, de tristesse et de douleur ! Quoi ! voudrait-il me prendre l’enfer aussi, pour qu’il vienne m’insulter jusqu’ici ? Ah ! ne pourrais-je obtenir une autre bataille pour l’éprouver; je voudrais ébranler le ciel et faire vaciller son trône brillant ! Je n’aurais pas peur non plus du dernier degré de sa puissance bien qu’il ait des flammes plus ardentes que celles dans lesquelles il me jette. Bien qu’autrefois, j’aie perdu la bataille la faute n’en fut pas à moi ! Aucun esprit ailé sous la voûte du ciel ne promet la victoire plus que je ne le fis. Mais, ah ! continua-t-il avec une voix changée, cette bataille est perdue et je suis jugé, condamné pour toujours à ces sombres territoires ! Du moins, est-ce encore un réconfort pour moi que le chagrin de l’humanité tienne compagnie à ma douleur. Et depuis, je ne peux rien contre celui-qui-lance-le-tonnerre, je veux assouvir ma rage extrême sur les humains ! » Je fus stupéfié d’entendre son discours impie et ne pus m’empêcher de dire à mon guide « Combien ses blasphèmes sont récompensés avec justice ! »

« Ce que tu as entendu de cet esprit apostat est tout à la fois son péché et sa punition; pour chaque blasphème qu’il vomit contre le ciel il rend l’enfer plus brûlant pour lui ».

Nous partîmes ensuite plus loin où nous assistâmes à des scènes lugubres de chagrin sans mélange; nous vîmes deux misérables âmes tourmentées par un démon qui, sans cesse, les plongeait dans le feu liquide et le soufre brûlant §, tandis qu’au même moment, ils s’accusaient et se maudissaient l’un l’autre. L’un d’eux dit à son camarade tourmente: « 0, que ta face soit maudite, que jamais je ne fixe mes yeux sur toi ! C’est à toi qu’est due ma misère, je peux t’en remercier, car ce sont tes conseils qui m’ont amené ici, tu m’as tenté, c’est toi qui m’as pris ainsi au piège. C’est ta cupidité et ta tromperie et ton oppression et ton écrasement du pauvre qui m’ont conduit ici. Si tu m’avais seulement donné un bon exemple ! comme on fait à un méchant, j’aurais pu être dans le ciel où j’aurais été aussi heureux que je suis maintenant misérable ! Oh malheureux que je fus ! C’est parce que j’ai suivi tes pas que j’en suis réduit à cet état misérable et perdu pour toujours ! Oh ! que je n’aie jamais vu ton visage ou que tu ne sois jamais né pour faire à mon âme tout le mal que tu lui as fait ! » L’autre misérable répondit: « Et ne puis-je pas aussi bien te blâmer ? Car ne te souviens-tu pas combien, en tel temps et en tel lieu, tu m’as tenté, tu m’as conduit dehors et tu m’as demandé si je ne voulais pas aller avec toi quand j’étais occupé à mon autre travail, ma profession légale ? Mais tu m’as appelé à la quitter et c’est pourquoi tu es aussi fautif que moi. Si j’étais cupide, toi, tu étais orgueilleux, et si tu as appris de moi ta cupidité, je suis sûr que j’ai appris de toi mon orgueil et mon ivrognerie et si tu as appris de moi à tricher, toi, tu m’as enseigné à convoiter, à mentir, à me moquer de la bonté. Ainsi, bien que je t’aie fait commettre des fautes en certaines choses, toi, tu m’as entraîné à trébucher sur beaucoup d’autres; c’est pourquoi, si tu me blâmes, je peux te blâmer tout autant. Et si j’ai à répondre de tes actions les plus malpropres, tu as aussi à répondre pour quelques-unes des miennes. Je souhaite n’être jamais venu ici; ta seule vue blesse mon âme en rendant de nouveau présent à mes yeux le péché. Ce fut avec toi, avec toi que j’ai péché. O douleur de mon âme ! Et depuis, je ne peux éviter ta compagnie ici, oh ! que ne puis-je être Ici sans toi ! » D’après ce triste dialogue, je compris bientôt que ceux qui, sur la terre, ont été compagnons de péché seront aussi en enfer, compagnons de châtiment. Et bien que, sur terre, ils aient aimé leur compagnie réciproque, ils ne se soucient pas de la conserver en enfer. Ceci, je crois, fut la vraie raison pour laquelle le riche (Luc 16) parut être si préoccupé de la destinée de ses frères jusqu’à prier Abraham de faire avertir ses compagnons de péché sur la terre. Ce fut l’amour de lui-même et non d’eux qui le fit agir, parce que s’ils étaient venus là, ses propres tourments auraient par cela été accrus, par leur présence et le souvenir du péché pratiqué avec eux.

CHAPITRE VII
Tortures de l’enfer
Mais il y eut encore de plus tragiques scènes de douleur, car, en quittant ces deux malheureux maudits s’accusant chacun d’être l’auteur de la misère de l’autre, nous partîmes plus loin, considérant plusieurs spectacles douloureux, entre autres, celui de quelqu’un tourmenté par un esprit qui versait dans sa gorge du soufre enflammé §, ce qu’il faisait avec une si horrible et insolente cruauté que je ne pus que lui dire: « Pourquoi te délectes-tu à tourmenter ce malheureux maudit, en versant ainsi perpétuellement cette liqueur enflammée, et infernale dans sa gorge ? »

« Ce n’est qu’un juste châtiment, répondit le démon. Pendant sa vie, cette femme était si sordide et si misérable, que malgré qu’elle possédât assez d’or, elle n’était jamais satisfaite, et c’est pourquoi, maintenant, j’en verse dans sa gorge. Elle ne s’occupait pas de ceux qu’elle ruinait et perdait, pourvu qu’elle s’empare de leur or. Quand elle eut amassé un trésor si grand qu’elle ne pouvait pas le dépenser, son amour de l’argent ne lui permettant pas de l’utiliser pour son usage personnel et les nécessités de la vie, elle allait souvent avec l’estomac vide, bien que ses coffres soient pleins, elle s’arrangeait pour se nourrir aux dépens des autres. Quant à ses vêtements, ou ils ne vieillissaient jamais, ou ils étaient toujours si rapiécés qu’il était difficile de dire quel morceau était l’original. Elle n’avait pas de maison parce qu’elle ne voulait pas payer d’impôts, ni aucun trésor en mains par peur d’être volée; elle ne plaçait pas son or, n’achetait pas d’obligations ou de valeurs bancaires de peur d’être trompée quoiqu’elle trompât toujours tant qu’elle pouvait et était elle-même une si grande tricheuse qu’elle frustrait son corps de sa propre nourriture et son âme de miséricorde. Puisque l’or a été son dieu sur la terre, n’est-il pas juste qu’elle en ait le ventre rempli en enfer ? »

Quand son tourmenteur eut fini de parler, je demandai s’il disait la vérité, oui ou non. Elle me répondit: « Non, à mon grand chagrin, ce qu’il dit est faux ! » « Comment ! dis-je, à votre grand chagrin ? » – « oui, à mon grand chagrin, dit-elle, parce que, si ce que mon bourreau vous dit était vrai, je serais plus satisfaite. Il vous dit que c’est de l’or qu’il verse dans ma gorge, mais c’est un démon menteur et il parle faussement. Si c’était de l’or je ne me serais jamais plainte. Mais il m’abuse, et au lieu d’or, il me donne seulement du soufre horrible et fétide. Aurais-je mon or, je serais heureuse encore; si j’en avais ici, je l’emploierais entièrement à corrompre le ciel pour pouvoir être éloignée de ce lieu ».

Je ne pus m’empêcher de dire à mon guide combien j’étais stupéfait d’entendre une malheureuse en enfer même se cramponner ainsi à ses richesses, malgré qu’elle ait dû les laisser sur la terre et que, maintenant, elle se trouve entre les mains de ses bourreaux.

« Ceci peut te convaincre, dit-il, que le péché est le plus grand de tous les maux, et quand l’amour du péché règne dans une vie, la plus grande punition d’un homme est d’être abandonné à cet amour. L’amour de l’or, auquel cette créature maudite s’était abandonnée et qui la poursuit jusqu’ici sans qu’elle puisse le satisfaire, est un châtiment plus pénible pour elle que celui que les esprits mauvais lui infligent en ce lieu ».

« Oh ! dis-je, ne serait-il pas possible aux hommes méchants, sur terre, d’appliquer un petit moment l’oreille à la bouche de l’enfer et d’entendre les cris effrayants des âmes damnées: ils ne pourraient plus jamais aimer le péché ». « La Bible nous dit, d’autre part, que ceux qui n’écoutent pas la Parole prêchée par les serviteurs de Dieu, pas plus qu’ils n’ont de respect pour ce qu’elle contient, ne se laisseraient pas persuader, même si quelqu’un venait droit de l’enfer pour les avertir ».

Nous n’arrivâmes pas beaucoup plus loin avant d’apercevoir une âme damnée étendue sur un lit de fer brûlant, presque étouffée par le soufre, et qui criait comme quelqu’un en proie à une angoisse mortelle, avec une note de désespoir qui me fit exprimer à mon guide le désir de nous arrêter un moment pour que je puisse écouter plus attentivement ce qu’elle disait, et c’est ainsi que je l’entendis parler comme suit:

« Oh ! misérable damné ! Perdu pour toujours ! Pour toujours ! Oh ! ces mots tuant, pour toujours ! Un millier de milliers d’années ne serait-il pas suffisant pour porter cette douleur que si je pouvais la fuir, je ne voudrais pas supporter pour un millier de milliers de mondes ? Non, non, ma misère n’aura jamais de fin, après le mille milliers d’années, ce sera encore POUR TOUJOURS. Oh ! malheureux ! malheureux état vraiment est-ce: POUR TOUJOURS qui est l’enfer de l’enfer. Oh ! malheureux maudit ! Maudit pour toute l’éternité ! Comment me suis-je perdu volontairement ? Oh ! de quelle immense folie me suis-je rendu coupable en choisissant le plaisir bref et momentané du péché au prix coûteux de la souffrance éternelle ! Combien de fois ne m’a-t-on pas dit qu’il en serait ainsi ? Combien de fois n’ai-je pas été engagé à quitter ces sentiers de péché qui me conduiraient sûrement aux chambres de la mort éternelle ? Mais non, tel l’aspic sourd, je ne prêtai point l’oreille à ces enchanteurs qui parlaient si sagement. Ils m’ont dit souvent que les brefs plaisirs de la vie se termineraient rapidement dans les peines éternelles, et maintenant, une trop triste expérience me le montre, me le dit ainsi, en vérité, mais Il est trop tard pour y remédier car ma situation est fixée pour jamais dans l’éternité. Pourquoi ai-je eu une raison à me donner ? Pourquoi ai-je été fait avec une âme immortelle et en ai-je si peu pris soin ? Oh ! combien ma propre négligence me perce à mort, et cependant, je sais que je ne peux pas, que je ne dois pas mourir ! Mais vivre une vie mourante, plus mauvaise que dix mille morts ! Et pourtant, une fois, j’ai pu y remédier et je n’ai pas voulu § ! Oh ! c’est le ver qui ronge et ne meurt point! J’aurais pu une fois être heureux; une fois le salut me fut offert et je l’ai refusé §. Oh ! ne m’aurait-il été offert qu’une fois mon refus eût été une impardonnable folie, mais il m’a été offert mille fois, et cependant, misérable que je fus, je l’ai mille fois refusé. O péché maudit qui, avec ses plaisirs trompeurs ensorcelle l’humanité et la conduit à la ruine éternelle ! Dieu a si souvent appelé, mais j’ai autant de fois refusé; Il a étendu son bras, mais je n’ai pas voulu comprendre. Que de fois j’ai réduit à néant son conseil, que de fois j’ai refusé sa réprimande ! Mais maintenant, la scène est changée, le cas est autre: car maintenant, il rit de ma détresse, se moque de la destruction qui fond sur moi. Dieu m’avait tendu une main secourable; mais à ce moment, je n’ai pas voulu la saisir, c’est pourquoi ces peines éternelles auxquelles je suis condamné ne sont que la juste rétribution de ce que j’ai fait ».

Je ne pouvais entendre ces douloureuses lamentations sans réfléchir à la grâce merveilleuse que le Dieu à jamais béni m’avait montrée; louanges éternelles à son saint Nom ! Car mon cœur me disait que pareil à ce triste damné, j’avais mérité aussi la colère éternelle, et c’est sa grâce seule qui a fait que nous différons. Oh ! combien Ses conseils sont insondables ! Et qui peut pénétrer Son secret divin ?

Après ces réflexions, je m’adressai à celui qui se plaignait si douloureusement et lui dis que j’avals entendu ses réflexions désolées, elles me faisaient comprendre que sa misère était grande et sa perte irréparable; je lui dis que je désirais plus particulièrement savoir si quelque amoindrissement à ses souffrances était possible.

« Non, pas du tout ! Mes douleurs sont telles qu’elles n’admettent aucun soulagement, même pas pendant un court moment. Mais la question que tu me poses me laisse comprendre que tu es un étranger ici; puisses-tu le demeurer. Ah ! s’il me restait encore le moindre espoir, combien je m’agenouillerais et crierais et prierais à jamais pour être racheté d’ici ! Mais, ah ! C’est en vain, je suis perdu pour toujours. Bien que tu puisses être gardé de venir dans ce lieu, je veux te dire ce que les damnés souffrent ici.

CHAPITRE VIII
Une âme perdue parle
« Nos supplices, dans ce cachot infernal, sont de deux sortes: ce que nous avons perdu et ce que nous subissons. De celle-ci et de ses différents points, je parlerai ensuite. D’abord, ce que nous avons perdu:

« 1° Dans ce triste et sombre séjour de misère et de chagrin, nous avons perdu la présence de Dieu à jamais béni. Et c’est ce qui fait de ce séjour l’enfer. Aurions-nous perdu mille mondes, ce ne serait pas autant que cette seule perte. Si le moindre rayon de Sa grâce pouvait entrer ici, nous pourrions être heureux: mais nous l’avons perdue pour notre malheur éternel ».
« 2° De même ici, nous avons perdu la compagnie des saints et des anges; et à leur place, nous n’avons rien, sauf les démons qui nous tourmentent ».
« 3° Ici, nous avons aussi perdu le ciel, le siège de la bénédiction. Il y a un profond abîme entre nous et le ciel de sorte que nous en sommes exclus pour toujours. Ces portes éternelles qui introduisent le racheté dans la joie sont maintenant et pour toujours fermées pour nous ».
« 4° Pour que notre misère soit rendue encore plus douloureuse nous avons perdu l’espoir de jamais parvenir à une situation meilleure, ce qui rend notre condition vraiment sans espérance. Le plus misérable sur la terre garde cependant un espoir en réserve, et c’est pourquoi un proverbe populaire dit que s’il n’avait pas d’espoir, le cœur se briserait. Nos cœurs pourraient bien se briser depuis que nous sommes ici à la fois sans espoirs et sans secours. C’est ce que nous avons perdu qui est assez grand, quand on y pense, pour déchirer, lacérer et ronger nos misérables âmes à jamais. Pourtant, oh ! si c’était tout ! Mais nous avons la perception de la douleur aussi bien que de la perte. Et maintenant que je t’ai montré ce que nous avons perdu, je vais te montrer ce que nous subissons. »

« 1° En premier lieu, nous subissons une grande variété de tourments; nous sommes tourmentés de mille façons. Ceux qui ont été affligés sur la terre ont souffert rarement de plus d’un mal à la fois. Mais s’ils avaient eu en même temps la peste, la goutte, la pierre et la fièvre, combien Ils se trouveraient malheureux ! Cependant, tout cela n’est que la piqûre d’une puce en comparaison de ces douleurs poignantes et intolérables que nous endurons. Ici, toutes les variétés odieuses de l’enfer se trouvent aux prises avec nous: le feu inextinguible pour nous brûler, un lac de soufre en fusion pour nous faire suffoquer, des chaînes éternelles pour nous lier; là, des ténèbres extrêmes pour nous effrayer et un ver de conscience qui nous ronge éternellement. Un seul d’entre eux est plus pénible à supporter que tous les tourments que l’humanité a jamais eu à subir sur la terre.
« 2° Mais, de même qu’ici nos tourments sont variés, ils sont universels aussi, c’est-à-dire qu’ils affectent n’importe quelle partie de notre corps et tourmentent toutes les puissances de l’âme ce qui rend plus insupportable encore ce que nous souffrons. Au cours de ces malaises qui vous saisissent, vous, les hommes, sur la terre, si l’un de vos organes est atteint les autres sont indemnes. Bien que votre corps puisse être en mauvais état votre tête peut être intacte, et si votre tête est malade, vos organes vitaux peuvent être libres; ou bien qu’ils soient affectés, vos bras et vos jambes peuvent encore vous servir. Mais ici, il en est tout autrement: toutes les parties de l’âme et du corps sont tourmentées à la fois.
« L’œil est tourmenté par la vue des démons qui lui apparaissent sous les formes les plus horribles et les noirs aspects que le péché peut leur donner. L’oreille est continuellement tourmentée par les hurlements éclatants et les continuelles clameurs des damnés; les narines, à cause des flammes sulfureuses: la langue, par des ampoules brûlantes, et le corps tout entier roule dans les flammes du feu liquide. Et toutes les puissances et les facultés de nos âmes sont tourmentées. L’imagination par la pensée de la douleur présente, la mémoire par ses réflexions sur le ciel que nous avons perdu et toutes les occasions que nous avions eues d’être sauvés. Nos cerveaux sont torturés ici en considérant comment nous avons vainement passé notre temps précieux, et combien nous l’avons mal employé. Notre entendement est tourmenté à la pensée de tous nos plaisirs passés, de nos afflictions présentes, et de nos futurs chagrins qui devront durer à jamais. Et nos consciences sont torturées par un ver qui ronge continuellement ».
« 3° Autre chose qui rend notre misère terrible est l’excès de nos tourments. Le feu qui nous brûle est si violent que toute l’eau de la mer ne suffirait à l’éteindre. Les peines que nous souffrons sont si extrêmes qu’elles sont impossibles à connaître, sauf par ceux qui les ressentent.
« 4° Une autre caractéristique de notre misère est que nos tourments sont incessants, aussi variés, aussi universels et extrêmement violents qu’ils soient, ils sont de plus continuels et ne nous laissent pas le moindre repos. Si nous pouvions connaître quelque relâchement, ils pourraient être allégés. Mais ce qui rend notre condition si déplorable, c’est qu’il n’y a pas d’apaisement pour nos tourments; ce que nous souffrons maintenant, nous devrons le souffrir toujours ».
« 5° La société que nous avons ici est un autre des éléments de notre misère. Des démons qui sont nos bourreaux et des âmes tourmentées sont toute notre compagnie; les épouvantables cris perçants et les hurlements sous la cruauté de nos peines sont toute notre conversation. Et ici, les tourments endurés par nos amis d’en bas, au lieu d’amoindrir notre misère à la pensée que d’autres souffrent comme nous, accroissent notre souffrance ».
« 6° Le lieu dans lequel nous souffrons est une autre cause de l’accroissement de nos douleurs. C’est ici l’abrégé de toute la misère, une prison, un cachot, un abîme sans fond, un lac de feu et de soufre, une fournaise de feu qui brûle pendant l’éternité, la noirceur des ténèbres à jamais, en un mot, l’enfer lui-même. Naturellement, la vue d’un tel lieu ne fait qu’accroître nos souffrances ».
« 7° La cruauté de nos bourreaux est encore une chose qui s’ajoute à nos tourments. Nos bourreaux sont des démons en qui il n’y a aucune pitié; étant tourmentés eux-mêmes, ils prennent plaisir à nous tourmenter ».
« 8° Tous ces détails que je t’ai énumérés sont très graves; mais, ce qui les rend plus graves, c’est qu’il en sera toujours ainsi et toutes nos souffrances les plus intolérables dureront toute l’éternité. « Éloignez-vous de moi, vous, maudits, et allez dans le feu éternel » est ce qui résonne perpétuellement à mes oreilles. Oh ! que je puisse annuler cette fatale sentence ! Oh ! qu’il y ait une seule possibilité de le faire. Ainsi, vais-je montré l’état misérable où nous sommes et serons à jamais. »

CHAPITRE IX
Conversation avec le perdu
Cette malheureuse âme avait à peine fini de parler, qu’elle fut de nouveau tourmentée par une furie infernale qui l’engagea à cesser de se plaindre, car c’était en vain. « D’ailleurs, dit-elle, sais-tu que tu as mérité tout cela ? Combien de fois t’en a-t-on parlé avant, mais n’as-tu pas voulu y croire ? Tu te moquais de ceux qui te parlaient d’un enfer. Que dis-je ? tu étais si présomptueux et défiais la justice du Tout-Puissant en lui demandant de t’anéantir. Combien de fois as-tu provoqué Dieu à te damner ? Et tu te plains qu’il ait été répondu à tes désirs ? N’est-il pas insensé qu’après avoir si souvent appelé la damnation, il te soit si pénible d’y être assujetti ?

Le salut t’était offert personnellement, et tu l’as refusé §§; et quelle est ton audace de te plaindre d’être damné ? J’aurais davantage de raisons de me plaindre que toi, car un long temps de repentance t’a été accordé; moi, je fus livré à l’enfer dès que j’eus péché. Le salut t’a été offert, ainsi que le pardon et l’oubli; moi, aucune miséricorde ne m’a été offerte, mais dès que j’eus péché, je fus condamné au châtiment éternel. Si le salut m’avait été offert, je ne l’aurais pas méprisé comme tu l’as fait. Et il aurait été meilleur pour toi que cette offre ne t’ait jamais été faite; car alors, la damnation aurait été plus facile pour toi. Qui penses-tu qui pourrait avoir pitié de toi, qui t’es damné malgré le ciel lui-même ? »

Ceci fit crier le malheureux. « Oh ! ne continue pas à me tourmenter ainsi, je sais que j’ai causé moi-même ma perte. Oh ! que je puisse l’oublier ! La pensée que j’en ai est ici ma plus grande plaie. J’aurais voulu être damné, et c’est pourquoi je suis justement ainsi ».

Alors, se tournant vers le démon qui le torturait il dit: « Mais c’est à cause de tes tentations, démon maudit ! C’est toi qui me tentais à commettre tous les péchés dont je me suis rendu coupable, et tu me le reproches maintenant ? Tu dis que jamais un Sauveur ne t’a été offert, mais rappelle-toi que tu n’as jamais eu de tentateur non plus, tandis que j’en ai eu continuellement un, et c’était toi ! »

À ceci, le démon répondit avec mépris: « J’avoue que c’était ma mission de t’attirer ici, et souvent, tes prédicateurs te l’ont dit. Ils t’ont dit assez clairement que nous cherchions ta ruine et rôdions continuellement tels des lions rugissants, cherchant qui ils pourraient dévorer, et j’ai souvent été effrayé en voyant que vous pouviez les croire, comme plusieurs l’ont fait, à notre grand désappointement. Mais tu as voulu faire en sorte que nous t’ayons, et puisque tu as fait notre travail, il est raisonnable que nous te payions ton salaire ». Et alors, le démon le tourmenta de nouveau ce qui le fit rugir si horriblement que je ne pus rester plus longtemps à l’écouter et nous nous en allâmes.

« Combien est funeste, dis-je à mon guide, l’état de ces âmes damnées. Elles sont les esclaves du diable pendant qu’elles sont sur la terre et il avoue qu’il les tourmente pour cela quand elles viennent en enfer. »

« La malice des démons dirigée contre toute la race d’Adam est extrêmement grande, dit mon guide. Et parce que beaucoup d’âmes sont ignorantes de leurs ruses, ils réussissent à les engager dans la perdition éternelle; et comment ils les traitent ici pour avoir prêté attention à leurs tentations, tu l’as déjà vu et tu le verras encore davantage bientôt ».

Passant un peu plus loin, nous vîmes une multitude d’âmes damnées rassemblées, grinçant des dents dans une extrême rage et une extrême douleur, tandis que des démons les tourmentaient assistés d’une furie infernale qui versait continuellement sur eux du feu liquide et du soufre; ces damnés pendant ce temps maudissaient Dieu, et ceux qui étaient au-dessus d’eux blasphémaient d’une manière effroyable. Je ne pu m’empêcher de demander à un démon qui les tourmentait qui étaient ceux qu’il traitait si cruellement.

Il me dit: « Ce sont ceux qui le méritent bien. Ce sont ces misérables maudits qui voulaient enseigner aux autres le droit chemin pour arriver au ciel, tandis qu’eux-mêmes chérissaient tellement l’enfer qu’ils sont venus ici. Ce sont ces âmes qui ont été les grands agents de l’enfer sur la terre, et c’est pourquoi elles méritent une particulière attention en enfer. Nous employons tous nos soins à donner à chacun d’eux sa plus grande part de tourments: qu’ils soient assurés d’en avoir une pleine mesure ! car ils ont non seulement à répondre pour leurs propres péchés, mais aussi pour les âmes qu’ils ont égarées à la fois par leur doctrine et par leurs exemples ».

Je dis: « Parce qu’ils ont été de si bons pourvoyeurs de l’enfer, comme tu dis, il me semble que la reconnaissance devrait vous obliger à les traiter avec un peu plus de bonté ».

À mes paroles, ce démon impudent répondit d’une manière dédaigneuse. « Ceux qui espèrent de la gratitude de la part des démons ont tort; la reconnaissance est une vertu et nous haïssons toute vertu et nous professons contre elles une inimitié sans bornes. D’autre part, nous haïssons toute l’humanité et si c’était en notre pouvoir, aucun homme ne serait heureux. Il est vrai que nous ne leur parlons pas ainsi sur la terre, car c’est notre travail de les flatter et de les abuser; mais quand nous les avons ici où ils sont suffisamment attachés (car DE L’ENFER, IL N’Y A PAS DE RACHAT), nous les convainquons bientôt de la folie qu’ils ont eue de nous croire ».

De l’explication donnée par ce démon ainsi que d’autres, je ne pus que considérer la grâce indicible et infinie par laquelle les pauvres pécheurs sont amenés au ciel, et réfléchir au nombre de pièges et d’appâts déposés par l’ennemi des âmes pour les attraper le long du chemin; c’est pourquoi le Fils béni de Dieu a réalisé une œuvre de si grande valeur en sauvant Son peuple de ses péchés, en le délivrant de la colère à venir. Mais c’est une folie inconcevable et de la démence pour l’homme de refuser les offres de Sa grâce §§ et de se joindre au Destructeur.

Continuant un peu plus loin, j’entendis un maudit se lamenter sur un ton accablant au sujet des hommes qui l’avaient entraîné en ce lieu:

« J’ai su, dit-il, par ceux de qui je dépendais et qui pensais-je, pouvaient me renseigner exactement, que si je disais seulement: Seigneur, aie pitié de moi quand j’allais mourir, c’était suffisant pour me sauver. Mais, oh ! combien je me suis trouvé trompé misérablement, à mon chagrin éternel ! Hélas ! j’ai crié: miséricorde à mon lit de mort et ai trouvé que c’était trop tard. Ce maudit démon qui m’avait dit alors que je serais suffisamment sauvé, m’a dit ensuite que ce serait trop tard et que l’enfer devait être mon partage ! »

« Tu vois que je t’ai bien dit la vérité, finalement, dit le diable et alors, tu ne voudrais pas me croire. Une très jolie affaire, penses-tu. Tu as passé tes jours dans la poursuite du péché, tu t’es vautré dans la boue et tu voudrais aller au ciel après ta mort ! Qui donc, à moins d’être fou, penserait qu’il pourrait jamais en être ainsi ? Non ! celui qui, sérieusement, entend aller au ciel après sa mort doit marcher, tandis qu’il vit, dans les chemins de la sainteté et de la vertu §§. Tu dis que certains de tes compagnons de débauche t’ont enseigné qu’en disant à ta dernière heure: Seigneur, aie pitié de moi, c’était suffisant pour ton salut. Très belle excuse ! Tu aurais pu savoir, si tu t’étais seulement donné le loisir de lire la Bible, que: Sans la sanctification, nul ne verra le Seigneur. C’est pourquoi voici ce dont il s’agit: tu as voulu vivre dans tes péchés aussi longtemps que tu as pu, tu ne les as pas quittés à la fin parce que tu ne les aimais plus, mais parce que tu ne pouvais pas les pratiquer plus longtemps. Et tu sais que c’est vrai. Et pourrais-tu avoir l’impudence de penser aller au ciel avec l’amour du péché dans ton cœur ? Non, non. Il n’en est pas question. TU as été assez souvent averti pour faire attention à ne pas être déçu, car Dieu ne veut pas qu’on se moque de Lui, mais ce que tu as semé, tu dois aussi le récolter. Aussi, tu n’as pas raison de te plaindre d’autre chose que de ta propre folie, si tu vois que maintenant, il est trop tard ».

« Ce discours du démon est poignant pour le pauvre malheureux tourmenté », dis-je à mon guide et se rapporte au cas de beaucoup d’âmes qui sont actuellement sur la terre aussi bien, qu’à celles qui sont en enfer. Mais oh ! combien elles doivent juger autrement dans le triste état où elles sont, que lorsqu’elles étaient sur la terre ! »

« La raison en est, répondit mon ange gardien, qu’elles n’ont pas voulu tenir compte de ce que serait l’effet du péché, ni quel mal il représente, pendant qu’elles étaient sur terre. C’est cette étourderie qui cause la perte de milliers de personnes qui ne prennent pas garde à ce qu’elles font, ni où elles vont jusqu’à ce qu’il soit trop tard pour apporter un remède à la situation.

CHAPITRE X
Un Athée en enfer
Nous n’étions pas allés beaucoup loin que déjà, nous en entendions un autre qui se tourmentait et accroissait sa propre misère en pensant au bonheur des âmes rachetées.

Notre attention fut détournée de prêter l’oreille plus longtemps aux douloureuses réflexions personnelles de cette pauvre créature perdue, en voyant un grand nombre de démons frappant sans arrêt une troupe nombreuse d’âmes misérables avec des fouets à nœuds d’acier brûlant; tandis qu’ils rugissaient avec des cris si perçants et si lamentables, je pensais qu’un peu de pitié pourrait être mêlée à la cruauté elle-même, ce qui me fit dire à un des bourreaux: « Oh ! arrête ta main, et n’agis pas aussi cruellement envers ceux qui sont vos camarades, et que, peut-être, vous avez vous-mêmes entraînés dans toute cette misère ! »

« Non, répondit le tourmenteur, très poliment; bien que nous soyons suffisamment mauvais, aucun démon, cependant, ne l’est autant qu’eux, ni ne s’est rendu coupable d’autant de crimes que ceux-ci. Car nous savons tous qu’il y a un Dieu, bien que nous le haïssions. Mais ceux-ci n’ont jamais voulu reconnaître (tant qu’ils ne sont pas venus ici) qu’il y avait un tel Être ».

« Alors, dis-je, ce sont des athées. Une misérable sorte d’hommes, vraiment et qui aurait aimé me perdre, si la Grâce éternelle ne l’avait évité ».

J’avais à peine fini de parler que l’un des malheureux torturés cria d’un accent plein de tristesse: « Assurément, je connais cette voix ce doit être Epenetus »

Je fus étonné d’entendre prononcer mon nom par quelqu’un de la troupe infernale; c’est pourquoi, désireux de savoir qui c’était, je répondis: « Oui, je suis Epenetus; mais qui es-tu, dans ce triste état de perdition, pour que tu me connaisses ? »

L’inconnu damné répondit :
« Je t’ai bien connu sur la terre, et je t’avais presque persuadé de partager mon opinion. Je suis l’auteur du livre célèbre dont le titre est si bien connu: Léviathan ».

« Quoi ! le grand Hobbs dis-je. Es-tu ici ? Ta voix est si changée que je ne l’ai pas reconnue ».

« Hélas ! répondit-il, je suis cet homme malheureux, en vérité. Mais je suis si loin d’être grand que je suis l’un des plus misérables en ces territoires couverts de suie. Rien d’étonnant que ma voix soit changée, car maintenant, je suis changé dans mes principes, mais trop tard pour que ce changement m’apporte un bien. Car maintenant, je sais qu’il y a un Dieu. Mais, oh ! je souhaiterais qu’il n’existât pas, car je suis sûr qu’il n’aura pas pitié de moi, et il n’y a pas de raison pour qu’il en éprouve. Je confesse que je fus son ennemi sur la terre, et maintenant, Il est le mien en enfer. C’est cette malheureuse confiance que j’ai eue dans ma sagesse propre qui m’a conduit Ici ».

« Ta situation est misérable et, cependant, il est nécessaire et juste que tu souffres. Car, combien tu as été habile à persuader les autres et ainsi à les inclure dans la même damnation ! Personne ne peut le savoir plus que moi, qui ai presque été pris au piège, risquant d’être perdu à jamais ».

« C’est cela, dit-il, qui me perce le cœur, quand je pense à tous ceux qui se sont perdus à cause de moi. J’ai eu peur, d’abord, quand j’ai entendu ta voix, que tu sois frappé du même châtiment. Non pas que je puisse désirer le bonheur de quelqu’un, car c’est ma plaie de penser que certains sont heureux tandis que je suis, moi, misérable; mais parce que chaque âme conduite ici, séduite qu’elle a été par mes écrits pendant qu’elle était sur terre, redouble mes souffrances en enfer ».

« Mais, dis-moi, car je suis bien aise d’être renseigné, et tu peux le faire: croyais-tu vraiment, quand tu étais sur la terre, qu’il n’y avait pas de Dieu ? As-tu pu imaginer que le monde s’était fait lui-même ? et que les créatures s’étaient produites elles-mêmes ? N’as-tu pas entendu quelques chuchotements dans ton âme te dire qu’un autre t’avait fait, et non pas toi-même ? Et n’as-tu jamais eu aucun doute sur cette question ? J’ai souvent entendu dire que, bien que beaucoup professent qu’il n’y a pas de Dieu, pas un ne le pense; et il serait étrange que, parce qu’il n’y en a pas un, qu’ils puissent porter en eux un témoin pour ce Dieu qu’ils nient. Tu peux dire si c’est oui ou non, et tu n’as plus de raison, maintenant, pour celer tes sentiments ».

« Je ne le désire pas non plus, Epenetus, répondit-il, bien que mes remords soient renouvelés quand je pense à ces choses. Au début, j’ai cru qu’il y avait un Dieu, mais plus tard, tombant dans le péché et dans la mauvaise conduite qui m’exposaient à sa colère, j’eus quelque espoir secret que Dieu n’existait pas. Car Il est impossible de concevoir qu’il y ait un Dieu sans penser en même temps qu’il est juste et droit, et, en conséquence, qu’Il est obligé de punir ceux qui transgressent Sa loi.

Ceci étant, j’avais conscience d’être moi-même exposé à Sa justice, ce qui me le fit haïr, et me fit désirer qu’il n’existât pas. Mais continuant de me conduire mal, et trouvant que la justice ne m’atteignait point, je commençai d’espérer qu’il n’y ait vraiment pas de Dieu; cet espoir me conduisit à forger dans ma conscience des idées conformes à ce que je souhaitais. Et ainsi, ayant organisé dans ma propre pensée un nouveau système de l’origine du monde excluant dès lors l’existence d’une Divinité, je me trouvai si fier de ces notions nouvelles qu’elles s’accréditèrent dans mon esprit qui s’efforça alors de les imposer à l’esprit des autres. Mais avant d’atteindre à un tel degré, je dois avouer que je trouvai plusieurs objections dans ma propre conscience à ce que je faisais et, de temps en temps, j’étais troublé par des pensées étranges et inquiétantes, comme si je trouvais en fin de compte, que tout n’était pas bien, pensée dont je m’efforçais de me débarrasser dans la mesure de mes moyens. Et maintenant, je trouve que ces pensées d’objection qui peuvent m’avoir été utiles alors, sont ici ce qui me tourmente le plus. Et je dois avouer que l’amour du péché endurcit mon cœur contre mon Créateur et me le fit nier tout d’abord, et ensuite, nier son existence.

Le péché auquel j’étais si intimement attaché dans mon cœur a été la cause maudite de tout ce malheur, le serpent qui a piqué mon âme à mort. Car, maintenant, et en dépit de ma vaine philosophie, je découvre qu’il y a un Dieu. Je trouve aussi à présent qu’on ne doit pas se moquer de Dieu, bien que, dans le monde, j’aie eu l’habitude de me moquer journellement du ciel et de ridiculiser les choses sacrées, moyen que j’employais pour répandre autour de moi mes idées maudites, moyen toujours couronné de succès. Car ceux à qui j’ai réussi à inspirer le mépris des choses sacrées ont toujours considéré que j’étais dans le droit chemin de sorte qu’ils sont devenus mes disciples. Mais maintenant, en pensant à cela, j’éprouve de plus grands tourments que ceux que m’infligent les fouets d’acier brûlant.

CHAPITRE XI
Feu et ténèbres
Je voudrais poser une autre question. Je t’ai entendu, toi et les autres, vous plaindre d’acier brûlant, de feu, de flammes; et cependant, je ne peux pas les discerner. Où Il y a du feu, il doit y avoir de la lumière, et pourtant, je vois que vous êtes encore dans les ténèbres les plus complètes ».

« Oh ! je voudrais vous dire que je ne vois pas le feu ! Combien mes tourments seraient plus faciles à supporter. Mais hélas ! le feu auquel nous sommes exposés surpasse mille fois en ardeur celui de la cuisine, et il est d’une nature tout à fait différente. Il ne faut pas en attendre de la lumière comme d’un feu qui brûle sur la terre. Mais malgré tout le feu de l’enfer, nous sommes dans d’absolues ténèbres. Celui qui brûle sur la terre est de nature rongeante et dévorante; il réduit en cendres ce qu’il saisit et quand il ne rencontre plus d’aliment, il s’éteint. Il n’en est pas de même ici; car, bien qu’il brûle avec une prodigieuse ardeur, que seuls peuvent connaître ceux qui l’éprouvent, il ne consume pas et ne consumera jamais. Nous brûlerons toujours mais sans être jamais brûlés. C’est un feu torturant, mais non consumant. Ici, le feu s’empare de nos âmes et les plonge dans une douleur qui ne peut être exprimée. Ce fut mon ignorance de ceci, qui lorsque j’étais sur la terre, me rendait ridicule la notion de substances immatérielles pouvant être brûlées par le feu, chose qu’ici, à mes dépens, j’expérimente dans sa réalité. Une autre différence entre le feu qui nous dévore ici et celui qui brûle sur la terre, est que vous pouvez allumer ce dernier quand cela vous plaît et l’éteindre quand vous voulez. Il en est autrement ici: ce feu est pareil à un torrent de soufre et il brûle à jamais. C’est tout ce que j’ai à répondre à la dernière et triste question que tu m’as posée ».

« Triste, en vérité, dis-je. Vois ce que la Toute-puissance peut infliger à ceux qui violent sa juste loi. » J’allais faire d’autres observations sur ce que j’entendais quand l’inexorable démon qui les tourmentait m’interrompit ainsi:

« Tu vois, par celui-ci, à quelle espèce d’hommes ils appartenaient quand ils étaient dans le monde, et ne penses-tu pas qu’ils ont bien mérité le châtiment qu’ils subissent ? » À quoi je répondis: « Sans doute, c’est le juste salaire du péché qu’ils souffrent maintenant et qu’à l’avenir tout souffriras aussi; car toi aussi bien qu’eux, tu as péché contre le Dieu à jamais béni et à cause de ton péché, tu souffriras la juste vengeance du feu éternel. Il n’y a pas la moindre excuse à dire que tu n’as jamais douté de l’existence de Dieu car, bien que tu aies su qu’il y a un Dieu, tu t’es révolté contre Lui, c’est pourquoi tu seras puni justement par la privation éternelle de la présence du Seigneur et de la gloire de Sa puissance ».

Le démon répondit à cela: « C’est vrai, nous savons que nous serons punis comme tu l’as dit; s’il y a une raison pour que l’humanité éprouve de la pitié pour eux parce qu’ils sont tombés à cause des tentations du diable, il en est de même pour moi et pour les autres esprits du monde inférieur, car nous fûmes tentés par le Brillant soleil du Matin d’avoir part avec Lui §. Et c’est pourquoi, bien que ceci aggrave le crime de Lucifer, il pourrait atténuer celui des esprits inférieurs ».

Alors, mon brillant conducteur qui ne leur avait pas parlé depuis notre arrivée en ces lieux, répliqua d’un ton sévère et irrité: « 0 toi, esprit apostat, méchant esprit menteur ! Peux-tu affirmer de telles choses devant moi ? Ne sais-tu pas que ce fut ton cœur orgueilleux qui te fit t’associer avec Lucifer contre le Dieu béni qui t’avait créé créature glorieuse ? Mais, t’enorgueillissant dans ta beauté propre, tu désiras dominer ton Créateur béni et ainsi être prêt à faire cause commune avec Lucifer et tu as été avec lui précipité en enfer §. Ta grâce et ta beauté premières ont été changées, tu est devenu cette forme horrible et monstrueuse sous laquelle tu apparais maintenant, c’est le juste châtiment de ton orgueilleuse rébellion.

L’esprit apostat dit seulement ceci: « Pourquoi t’introduis-tu sur nos territoires et viens-tu ici pour nous tourmenter avant le temps ? » Et après ces mots, il s’esquiva comme s’il n’osait pas rester pour attendre une réponse. Le démon parti, je dis à mon guide quelques chose que j’avais déjà entendu à propos de la chute des anges apostats §, mais dont j’avais le grand désir d’être plus amplement informé ici, dans les détails. Mon ange gardien me répondit: « Quand tu seras dépouillé de ton corps mortel et transféré dans le séjour béni, tu sauras des choses qu’il t’est impossible de saisir maintenant. C’est pourquoi, dans ton état présent, ne désire pas être informé au-delà de ce qui est écrit. Cela te suffit de savoir que les anges ont péché, et qu’à cause de leur péché, ils ont été précipités en enfer §. Mais comment de purs esprits ont-ils pu voir se lever dans leur cœur une pensée contre la Pureté éternelle qui les avait créés, tu n’es pas capable de le comprendre maintenant ».

« J’ai observé, dis-je, que tous se plaignent davantage du tourment qui leur vient de leur culpabilité qui légitime la justice du châtiment. Cette obscure prison est le meilleur miroir pour considérer le péché dans ses couleurs les plus exactes, car s’il n’y avait pas la plus grande malignité dans le péché, il ne serait pas rétribué par un châtiment aussi terrible. »

« Ta conclusion est très naturelle, mais il existe un miroir encore meilleur pour voir les démérites propres au péché; et c’est par la contemplation du Fils béni de Dieu sur la Croix. Là, nous pouvons voir les affreux effets du péché. Là, nous pouvons voir sa véritable malignité. Car toutes les souffrances des damnés ne sont encore que des souffrances de créatures; mais, sur la Croix, tu vois un Dieu qui souffre ».

« Assurément, dis-je, la justice et la miséricorde n’ont jamais autant triomphé et ne se sont entre-baisées qu’en cette heure fatale. Car ici, la justice est pleinement satisfaite dans le juste châtiment du péché et la miséricorde a triomphé et a été satisfaite, car, par ce moyen, le salut de pauvres pécheurs a été accompli. Oh ! que son saint Nom soit loué éternellement parce que Sa grâce a fait que «j’ai eu la volonté d’accepter ce salut» §§ et, par conséquent, de devenir héritier de la gloire; car je me souviens de certains de ces malheureux perdus qui, dans leurs lamentations, amères, ont insisté en disant que, quand le salut leur avait été offert, ils l’avaient refusé. Par conséquent, ce fut seulement la grâce qui m’aida à l’accepter » §§.

Mon brillant gardien me dit là-dessus qu’il devait maintenant me reconduire sur la terre et me quitter là, pour que j’attende avec foi et confiance jusqu’à ce que vienne l’heureux changement espéré. « Viens, alors, dit-il et laissons ces royaumes de souffrance et d’horreur à la jouissance de leurs ténébreux habitants.

Et en très peu de temps, je me trouvai de nouveau sur la terre à la place exacte où j’avais été sur le point de commettre le terrible péché qui aurait fait de moi mon propre meurtrier, vaincu par les tentations du diable qui m’avait persuadé qu’il n’y a point de Dieu. Mais, par quel chemin me retrouvai-je en ce lieu, je suis incapable de m’en rendre compte. Dès que je fus à côté du banc sur lequel j’étais assis auparavant, la forme brillante par laquelle j’avais toujours été conduit me dit: «Maintenant, Epenetus, tu sais où tu es et je ne dois pas rester davantage avec toi, j’ai à vaquer à un autre service. Loue Celui qui est assis pour toujours sur le Trône qui a tout pouvoir dans le ciel, sur la terre et dans les enfers, pour toutes les merveilles de Son amour et de Sa grâce, pour tout ce qu’Il t’a montré en un si court espace de temps.

Comme j’allais lui répondre; mon guide brillant disparut et je me trouvai seul. Après avoir réfléchi quelques minutes, aux étonnantes visions que j’avais eues et aux choses merveilleuses que j’avais entendues, j’eus peine à croire que j’étais de nouveau sur la terre, pas plus que je ne pouvais savoir pendant combien de temps j’en avais été absent. Je m’agenouillai et priai pour ne perdre jamais l’agréable sentiment de toutes les merveilles qui m’avaient été montrées, et quand je me relevai, je bénis et je louai Dieu pour toute Sa bonté.

De retour à la maison, je trouvai les membres de ma famille très surpris de l’étrange expression de mon visage et me considérant comme s’ils ne m’avaient jamais connu. Je leur demandai ce que signifiait leur admiration inusitée; ils me répondirent que c’était le changement de ma physionomie qui la leur causait. « À quel égard, dis-je, me trouvez-vous tellement changé ? »

Ils me répondirent: « Hier, tes regards étaient tellement sombres et découragés que tu semblais être la véritable image du désespoir; mais, maintenant, ton visage apparaît beaucoup plus beau et porte toutes les marques de la satisfaction et de la joie parfaite ».

« Si vous aviez vu, dis-je ce que j’ai vu aujourd’hui, vous ne vous étonneriez pas du changement que vous constatez ».

Alors, entrant dans mon cabinet de travail, je pris une plume et j’écrivis ce que j’avais entendu et vu, relatant ma vision du commencement à la fin. J’espère qu’elle produira, à ceux qui la liront, le même effet qu’à moi qui l’ai écrite.

FIN

Pin It on Pinterest

Share This