Une exposition claire et simple de la perfection chrétienne

John Wesley

1. Raison d’être

Je me propose dans les pages suivantes d’exposer avec clarté et détails la manière graduelle dont je fus conduit, pendant le cours de plusieurs années, à embrasser la doctrine de la perfection chrétienne. Cette exposition, je la dois aux hommes sérieux, à ceux qui désirent connaître toute la vérité telle qu’elle est en Jésus; car de telles questions n’intéressent que de semblables personnes. C’est donc aux hommes sérieux que je voudrais pleinement déclarer la chose, telle qu’elle est, en m’efforçant de montrer tout du long, d’une époque à une autre, quelles furent et mes opinions et leurs causes.

2. Consécration totale

En 1725 (alors âgé de 23 ans), j’eus entre les mains l’ouvrage de l’évêque Taylor, intitulé Règles et exercices pour vivre et mourir saintement. Je fus excessivement pénétré en lisant plusieurs parties de ce livre, et en particulier celles qui traitent de la pureté d’intention. Immédiatement, je résolus de consacrer à Dieu toute ma vie, toutes mes pensées, toutes mes paroles, toutes mes actions; pleinement convaincu qu’il n’existait point de milieu mais que toutes les parties de ma vie et non quelques-unes seulement, devaient être un sacrifice à Dieu; qu’autrement elles seraient un sacrifice à moi-même, c’est-à-dire en réalité au Diable.

Une personne sérieuse pourrait-elle mettre ceci en doute, ou bien trouver un milieu entre servir Dieu et servir le Diable?

3. Simplicité d’intention

En 1727, je lus l’Imitation de Jésus-Christ, par Kempis. La nature et l’étendue de la religion intérieure, la religion du cœur, m’apparurent alors sous un jour beaucoup plus clair que jamais. Je vis que donner à Dieu toute mon existence (même en supposant possible de le faire sans aller plus loin), ne me servirait à rien à moins que je ne lui donnasse aussi mon cœur, et mon cœur tout entier.

Je vis que la simplicité d’intention et la pureté d’affection, un seul dessein dans tout ce que nous disons et faisons et un seul désir gouvernant tous nos sentiments sont véritablement les ailes de l’âme, sans lesquelles elle ne peut jamais s’élever jusque sur la montagne de Dieu.

4. L’impossibilité d’être à demi-chrétien

Une ou deux années plus tard, on mit entre mes mains la Perfection chrétienne et l’Appel sérieux de William Law. Plus que jamais ces ouvrages me convainquirent de l’impossibilité absolue d’être à demi-chrétien et à l’aide de la grâce divine (dont je sentais profondément l’indispensable besoin), je me déterminai à me dévouer entièrement à Dieu, à lui donner toute mon âme, tout mon corps, tous mes biens.

Y aura-t-il un seul homme de bon sens qui dise que c’est là pousser trop loin les choses et qu’à celui qui s’est donné lui-même pour nous, nous devons quelque chose de moins que le don de nous-mêmes, avec tout ce que nous avons et tout ce que nous sommes?

5. Conformité au Maître

En 1729, je commençai non seulement à lire mais aussi à étudier la Bible comme le seul, l’unique étendard de la vérité et le seul modèle de la pure religion. A l’aide de la Bible, je vis sous un jour de plus en plus clair l’indispensable nécessité d’avoir les sentiments qui étaient en Christ et de marcher comme Christ lui-même a marché, d’avoir non pas seulement quelques-uns de ses sentiments mais tous les sentiments qui étaient en lui et de marcher comme il a marché, non seulement à quelques égards ou à presque tous les égards mais en toutes choses. Tel était le jour sous lequel, à cette époque, je considérais généralement la religion: suivre Christ d’une manière uniforme, avoir intérieurement et extérieurement une conformité entière avec notre maître. Rien ne m’effrayait davantage que d’abaisser cette règle à mon expérience ou à celle des autres hommes, pour me permettre le plus petit manque de conformité avec notre grand modèle.

6. Circoncision du cœur

En 1733, je prêchai devant l’université d’Oxford sur la circoncision du cœur, dont je fis l’exposition en ces mots: « C’est cette disposition habituelle de l’âme qui est appelée sainteté dans l’Ecriture et qui signifie directement être nettoyé du péché, de toute souillure de la chair et de l’esprit et, en conséquence, être revêtu de ces vertus qui étaient en Jésus-Christ; c’est cette sainteté qui nous «renouvelle dans l’esprit de notre entendement», jusqu’à nous rendre «parfaits comme notre Père qui est dans les cieux est parfait»« .

Dans le même sermon, je fis observer que «L’amour est l’accomplissement de la loi, le but du commandement». « L’amour est non seulement le premier et le grand commandement mais il est tous les commandements en un. «Toutes les choses qui sont justes, toutes les choses qui sont pures, où il y a quelque vertu, où il y a quelque louange», toutes ces choses sont renfermées dans ce seul mot: amour. C’est dans l’amour que se trouvent la perfection, la gloire et le bonheur. La loi royale du ciel et de la terre est celle-ci: «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée, et de toute ta force.» Ce qui est l’unique bien parfait devrait être votre unique but ultime. Vous désirerez une seule chose pour l’amour d’elle-même: la joie de celui qui est tout en tous. Vous proposerez à vos âmes un seul bonheur, savoir une union avec celui qui les a faites, c’est-à-dire avoir «communion avec le Père et le Fils, être uni au Seigneur dans un même esprit.» Jusqu’au bout de votre carrière vous poursuivrez un seul but, la joie de Dieu dans le temps et dans l’éternité. Ne désirez les autres choses qu’autant qu’elles conduisent à cette fin, aimez la créature de manière qu’elle vous conduise au Créateur. Mais qu’à chacun de vos pas ce soit là le point glorieux qui arrête vos regards. Que toute affection, toute pensée, toute parole et toute action lui soient subordonnées. Tout ce que vous désirez ou craignez, tout ce que vous cherchez ou évitez, tout ce que vous pensez, dites ou faites doit être pour votre bonheur en Dieu, le seul but, aussi bien que la source de votre être. »

Mon sermon se terminait par ces paroles: « La somme de la loi parfaite, c’est la circoncision du cœur. Que l’esprit, avec tout l’ensemble de ses affections, retourne à Dieu qui l’a donné. Il ne nous demande point d’autre sacrifice, si ce n’est le sacrifice vivant du cœur qu’il a choisi. Qu’il soit continuellement offert à Dieu, par Christ, dans les flammes d’un saint amour. Qu’aucune créature ne le dispute à Dieu, car il est un Dieu jaloux. Il ne veut point partager son trône avec un autre; Il veut régner sans rival. Qu’aucun dessein, qu’aucun désir n’y soit admis si Dieu n’en est pas le dernier but. C’est là le chemin dans lequel ont autrefois marché ces enfants de Dieu qui, «quoique morts, nous parlent encore.» Ne désirez de vivre que pour louer son nom; que toutes vos pensées, vos paroles et vos actions tendent à sa gloire. Que votre âme soit remplie d’un amour si complet pour lui, que vous n’aimiez rien qu’à cause de lui. Que l’intention de votre cœur soit pure, que toutes vos actions aient constamment sa gloire en vue. Car alors, et seulement alors, les sentiments qui étaient en Jésus-Christ seront aussi en nous, lorsque dans chaque battement de notre cœur, dans chaque parole de notre bouche, dans chaque œuvre de nos mains, nous ne rechercherons rien qu’en vue de lui et sous son bon plaisir; lorsque nous ne penserons plus, ne parlerons plus, n’agirons plus, pour faire notre propre volonté mais «la volonté de celui qui nous a envoyés»; lorsque «soit que nous mangerons ou boirons, ou ferons quelque autre chose, nous ferons tout à la gloire de Dieu.»« 

Il faut remarquer que ce sermon fut le premier de tous les ouvrages que je composai et publiai. Telle était la vue que j’avais déjà touchant la religion et je ne me fis point scrupule, même alors, de l’appeler perfection. Telle est la vue que j’en ai maintenant encore, sans aucune addition ni diminution importante. Et qu’y a-t-il ici que puisse rejeter un homme d’intelligence croyant à la Bible? Que peut-il en rejeter, sans contredire positivement l’Ecriture? Que peut-il en retrancher, sans retrancher de la parole de Dieu?

7. Seul ton amour pur

Mon frère et moi restâmes dans le même sentiment (ainsi que tous les jeunes gens appelés méthodistes), jusqu’à ce que nous nous embarquâmes pour l’Amérique, à la fin de 1735. L’année d’après, étant à Savannah, j’écrivis les lignes suivantes: « Y a-t-il sous le ciel une seule chose qui s’efforce de partager mon cœur avec toi? Oh! Déracine-la, et règne seul comme Seigneur de tous les mouvements de mon âme. »

Au commencement de 1738, en revenant d’Amérique, le cri de mon cœur était: « Oh! Fais que rien ne puisse habiter dans mon âme, sinon ton pur amour! Oh! Que ton amour me possède tout entier; qu’il soit ma joie, mon trésor, ma couronne! Bien loin de mon cœur éloigne tout feu étranger! Que chacune de mes actions, que chacune de mes paroles, que chacune de mes pensées soient amour! »

Je n’ai jamais appris que quelqu’un ait objecté à ceci. Et véritablement, qui pourrait objecter? N’est-ce pas là le langage non seulement de tout croyant, mais encore de quiconque est véritablement réveillé? Cependant, jusqu’à ce jour, je n’ai rien écrit qui soit plus fort ou plus clair.

8. La pleine assurance de la foi

Au mois d’août suivant, j’eus, en Allemagne, une longue conversation avec Arvid Gradin. Lorsqu’il m’eut fait le récit de son expérience, je le priai de me donner par écrit une définition de «la pleine assurance de la foi»; il le fit dans les paroles suivantes: « Requies in sanguine Christi; firma fiducia in Deum, et persuasio de gratia divina; tranquillitas mentis summa, atque serenitas et pax; cum absentia omnis desiderii carnalis, et cessatione peccatorum etiam internorum. » [Repos dans le sang de Christ; ferme confiance en Dieu et persuasion de sa faveur; tranquillité, sérénité et paix de l’esprit, au plus haut degré, avec la délivrance de toute convoitise charnelle, et la cessation de tous péchés, même des péchés intérieurs.]

Cette définition était la première que j’eusse jamais entendue, d’aucun homme, touchant ce que j’avais déjà moi-même appris auparavant par les oracles de Dieu et ce que j’avais recherché par la prière (avec ma petite société d’amis), et attendu pendant plusieurs années.

9. Ma seule occupation soit ta louange

En 1739, mon frère et moi nous publiâmes un volume d’Hymnes et de Poésies sacrées; nos sentiments y furent déclarés d’une manière forte et explicite. En voici quelques citations: « Seigneur, arme-moi de la force de ton Esprit, puisque je suis appelé par ton grand nom; Rassemble en toi mes pensées vagabondes; Sois le but de toutes mes actions; Que ton amour m’accompagne à chaque instant de ma vie, et que ma seule occupation soit ta louange! »

Et en plus: « Mon âme a faim et soif de toi; Si grande est la force du principe divin qui, par une douce contrainte, m’attire jusqu’à ce que, toute sanctifiée, mon âme entière soit à toi, enfoncée dans la mer la plus profonde de la Divinité, et perdue dans ton immensité. »

Et encore: « Adam céleste, vie divine, change ma nature en la tienne! Répands-toi dans chaque partie de mon âme pour l’animer et la remplir toute entière. »

Il me serait facile de faire beaucoup plus de citations dans le même but mais celles-ci suffisent pour montrer, d’une manière indisputable, quels étaient alors nos sentiments.

10. Caractère du méthodiste

Le premier traité que j’écrivis expressément sur ce sujet fut publié à la fin de cette même année 1739. Pour que personne n’eût de prévention avant de l’avoir lu, je lui donnai ce titre indifférent: Caractère du méthodiste. Dans ce traité je décrivis le chrétien parfait, avec cette épigraphe: «Non que j’aie déjà remporté le prix.» Je vais en citer une partie, sans y faire aucun changement.

« Le méthodiste, c’est un homme qui «aime le Seigneur son Dieu de toute son âme, de toute sa force, de toute sa pensée». Dieu est la joie de son cœur et le désir de son âme, qui s’écrie continuellement: «Quel autre que toi ai-je dans le ciel? Je n’ai pris plaisir sur la terre qu’en toi.» Mon Dieu est mon tout! «Tu es le rocher de mon cœur et mon partage à toujours.» En conséquence, il est heureux en Dieu, oui, toujours heureux, car en lui-même il possède une source «d’eaux vives jaillissantes jusqu’en vie éternelle» et inondant son âme de paix et de joie. Maintenant que «l’amour parfait a banni la crainte», il «se réjouit sans cesse». Oui, sa «joie est parfaite», et tout ce qui est en lui s’écrie: «Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui selon son abondante miséricorde, m’a réengendré pour une espérance vivante de l’héritage incorruptible conservé pour moi dans les cieux.»

Et celui qui possède cette espérance ainsi, pleine d’immortalité, «rend grâce en toutes choses», sachant que tout ce qui lui arrive est «la volonté de Dieu à son égard en Jésus-Christ». C’est pourquoi il reçoit joyeusement toute chose de lui, en disant: la volonté du Seigneur est bonne; bénissant toujours le nom du Seigneur, soit qu’il donne ou qu’il reprenne. Dans le bien-être ou la douleur, la maladie ou la santé, la vie ou la mort, du fond du cœur il rend grâce à celui qui dispose tout pour son bien, et dans les mains duquel il a complètement remis son cœur et son âme, comme à un fidèle Créateur. En conséquence, «il ne s’inquiète de rien», car il s’est déchargé de tous ses soucis sur celui qui prend soin de lui et en toutes choses il se confie en lui, après lui avoir exposé ses demandes, avec des actions de grâces.

Car véritablement, «il prie sans cesse»; dans tous les temps le langage de son cœur est celui-ci: «quoique muette ma bouche s’adresse à toi et mon silence te parle.» Son cœur est élevé vers Dieu dans tous les temps et dans tous les lieux. En ceci il n’est jamais empêché, beaucoup moins interrompu, par aucune personne ni aucune chose. Dans la solitude ou la compagnie, dans le repos, les affaires ou la conversation, son cœur est toujours avec Dieu. Soit qu’il se couche ou qu’il se lève, Dieu est dans toutes ses pensées; il marche continuellement avec Dieu, ayant l’œil aimant de son âme fixé sur lui et voyant partout «celui qui est invisible.»

Aimant Dieu il aime «son prochain comme lui-même», il aime tout homme comme sa propre âme. Il aime ses ennemis oui, et même les ennemis de Dieu. Et s’il n’est pas en son pouvoir de faire du bien à ceux qui le haïssent, toutefois il ne cesse pas de prier pour eux quoiqu’ils méprisent son amour et continuent à le maltraiter et à le persécuter.

Car «il a le cœur pur». L’amour a purifié son cœur de l’envie, de la malice, de la colère et de tout mauvais sentiment ainsi que de l’orgueil, qui seul produit les disputes; et maintenant «il s’est revêtu des entrailles de miséricorde, de bonté, d’humilité, de douceur, de longanimité» et en vérité, tout sujet possible de disputes est enlevé quant à lui, car nul ne peut lui ôter ce qu’il affectionne, puisqu’il «n’aime point le monde, ni les choses qui sont dans le monde» mais «c’est vers le nom du Seigneur et vers son souvenir que tend le désir de son âme».

En conséquence, le seul désir, le seul but de sa vie, c’est de faire non point sa propre volonté mais la volonté de celui qui l’a envoyé. En tous temps et en tous lieux, sa seule intention n’est pas de se plaire à lui-même mais de plaire à celui qu’aime son âme. «Il a l’œil simple», et parce que son œil est simple, «tout son corps est éclairé.» Tout est lumière, comme quand une lampe ardente éclaire la maison. Dieu règne seul; tout ce qui est dans l’âme est «sainteté à l’Eternel»; il n’y a pas en son cœur un seul mouvement qui ne soit selon la volonté divine. Chaque pensée qui s’y élève se porte vers Christ et est soumise à sa loi.

Et l’arbre est connu par ses fruits car, comme il aime Dieu, il garde ses commandements, non pas quelques-uns seulement ou la plupart, mais tous les commandements, depuis le plus petit jusqu’au plus grand. Il ne se contente pas de «garder toute la loi pour broncher en quelque point», mais à tous égards «il s’exerce à avoir constamment une conscience sans reproche devant Dieu et devant les hommes.» Tout ce que Dieu a défendu, il l’évite; tout ce que Dieu a commandé, il le pratique; maintenant que Dieu «a mis son cœur au large, il court dans la voie de ses commandements.» Agir ainsi, c’est sa gloire, son bonheur; faire la volonté de Dieu sur la terre comme elle est faite dans le ciel, voilà quelle est chaque jour sa couronne de joie!

En conséquence, il garde tous les commandements de Dieu, et il les garde de toute sa force, car son obéissance est proportionnée à son amour, source d’où elle découle. C’est pourquoi, aimant Dieu de tout son cœur, il le sert de toute sa force. Continuellement «il offre son âme et son corps en sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu», se dévouant à sa gloire entièrement, sans aucune réserve, avec tout ce qu’il a et tout ce qu’il est. Il emploie constamment selon la volonté de son Maître tous les talents qu’il possède, chaque puissance, chaque faculté de son âme, chaque membre de son corps.

Alors, tout ce qu’il fait est à la gloire de Dieu. Dans toutes ses occupations, quelle qu’en soit l’espèce, il ne tend pas seulement à glorifier Dieu (ce qu’implique avoir l’œil simple), mais il y parvient réellement. Ses travaux et ses délassements aussi bien que ses prières, tout concourt à ce grand but: soit qu’il s’assoie à la maison ou qu’il marche dans les chemins, soit qu’il se couche ou qu’il se lève, dans tout ce qu’il dit ou fait, il poursuit l’unique occupation de sa vie. Soit qu’il s’habille ou travaille ou mange ou boive ou se repose de travaux trop fatigants, tout ce qu’il fait sert à avancer la gloire de Dieu, au moyen de la paix et de la bonne volonté parmi les hommes. Sa règle invariable est celle-ci: «Quoi que vous fassiez, en parole ou en œuvre, faites tout au nom du Seigneur Jésus, en rendant par lui des actions de grâces à Dieu le Père.»

Les coutumes de ce monde ne l’empêchent nullement «de poursuivre la course qui lui est proposée», c’est pourquoi il ne peut pas plus amasser de trésor sur la terre qu’il ne pourrait mettre du feu dans son sein. Il ne peut médire de son frère pas plus qu’il ne peut mentir pour la cause de Dieu ou de l’homme. Il ne peut prononcer contre qui que ce soit une seule parole désobligeante car l’amour garde la porte de ses lèvres. Il ne peut prononcer de paroles inutiles, aucun mauvais propos ne sort jamais de sa bouche; en un mot, il s’abstient de tout ce qui n’est pas propre à édifier et «à communiquer la grâce à ceux qui l’écoutent.» Mais toutes les choses qui sont pures, toutes les choses qui sont aimables, toutes les choses qui ont justement une bonne renommée, il y pense, il en parle, il les fait, «rendant la doctrine de Dieu notre Sauveur honorable en toutes choses.»« 

Ce sont les propres paroles par lesquelles j’exposai au long, pour la première fois, mes sentiments sur la perfection chrétienne. Or, n’est-il pas facile de voir: (1) que c’est là le même point auquel j’ai visé continuellement depuis l’année 1725 et avec plus de détermination depuis 1730, où je commençai à devenir homo unius libri, l’homme d’un seul livre, l’homme de la Bible, n’estimant comparativement aucun autre livre? (2) que cette doctrine est tout à fait la même que celle que je crois et enseigne aujourd’hui, sans ajouter un seul point ni à la sainteté intérieure, ni à la sainteté extérieure que je prêchais il y a trente-huit ans? Et, par la grâce de Dieu, c’est la même doctrine que j’ai continué à enseigner depuis cette époque jusqu’à ce jour; ainsi que toute personne impartiale le reconnaîtra facilement, par la lecture des extraits que je vais bientôt donner.

11. Opposition des leaders religieux

Je ne pense pas que, jusqu’à ce jour, aucun écrivain ait fait quelque objection contre ce traité. Et pendant quelque temps, je ne rencontrai pas beaucoup d’opposition sur ce sujet de la part des personnes sérieuses. Mais plus tard, un cri se fit entendre, et ce qui me surprit un peu, ce fut parmi des hommes religieux; ils ne disaient pas que j’avais mal décrit la perfection mais ils affirmaient qu’il n’y a point de perfection sur la terre et même ils se jetèrent rudement sur mon frère et sur moi parce que nous assurions le contraire. Nous ne nous attendions guère à être attaqués par de telles personnes, d’autant moins que nous étions clairs sur la justification par la foi et que nous avions grand soin d’attribuer tout le salut à la pure grâce de Dieu. Mais ce qui nous surprit davantage, ce fut d’être accusés de déshonorer Christ en affirmant qu’il sauve parfaitement, qu’il régnera seul sur nos cœurs et soumettra toutes choses.

12. La perfection chrétienne

A la fin de 1740 j’eus une conversation avec le docteur Gibson, alors évêque de Londres. Il me demanda ce que je voulais dire par perfection. Je le lui expliquai sans réserve ni déguisement. Quand j’eus cessé de parler il répliqua: «M. Wesley, si c’est là toute votre doctrine, publiez-la à la face du monde entier et s’il y a une seule personne qui puisse la réfuter, elle en a la permission». Je répondis: «Monseigneur, je le ferai», et en conséquence, j’écrivis et je publiai un sermon sur la perfection chrétienne. Je pris pour texte, Philippiens 3:12-15.

Dans ce sermon je m’efforçai de montrer (1) en quel sens les chrétiens ne sont pas parfaits; (2) en quel sens les chrétiens sont parfaits.

(1) En quel sens les chrétiens ne sont point parfaits? Ils ne sont pas parfaits en connaissance. Ils ne sont point exempts d’ignorance ni d’erreur. Il ne faut pas nous attendre qu’un seul homme vivant soit trouvé infaillible non plus qu’omniscient, sachant toutes choses. Ils ne sont point exempts d’infirmités, telles que faiblesse ou dureté d’intelligence, irrégulière promptitude ou pesanteur d’imagination. Telles sont, sous une autre espèce, l’inexactitude de langage, une prononciation désagréable, auxquelles choses on pourrait ajouter mille défauts sans nom, soit dans la conversation, soit dans la manière d’être. Personne n’est parfaitement exempt d’infirmités telles que celles-ci, jusqu’à ce que l’esprit soit retourné à Dieu. Il ne faut pas plus nous attendre à être, avant cette époque, entièrement exempts de tentations car «le serviteur n’est pas au-dessus de son maître» et en ce sens aussi il n’y a, sur la terre, aucune perfection absolue. Il n’y a point de perfection quant aux degrés, il n’y a aucun degré qui n’admette une augmentation continuelle.

(2) En quel sens les chrétiens sont-ils donc parfaits? Remarquez-le bien, nous parlons maintenant des chrétiens adultes et non point des petits enfants en Christ. Mais cependant, même les petits enfants en Christ sont parfaits jusqu’au point de ne pas commettre le péché. Cette vérité, Jean l’affirme d’une manière expresse et elle ne peut être combattue par des exemples tirés de l’Ancien Testament. Car en supposant que les plus saints des anciens Juifs aient quelquefois commis le péché, nous ne pouvons nullement en conclure que tous les chrétiens pèchent et sont obligés de pécher, aussi longtemps qu’ils vivent ici-bas.

Mais l’Ecriture ne dit-elle pas: « Le juste pèche sept fois par jour? » L’Ecriture ne dit rien de semblable. A la vérité, il est écrit: «Le juste tombera sept fois» mais c’est tout à fait une autre chose car d’abord les mots par jour ne sont pas dans le texte, ensuite il n’est point parlé de tomber dans aucun péché. Ce que le texte veut dire, c’est tomber dans des afflictions temporelles.

Mais Salomon dit ailleurs: «Il n’y a point d’homme qui ne pèche». Cela était indéniablement le cas au temps de Salomon, et de Salomon à Christ il n’y eut pas d’homme qui n’aie pas péché. Quel qu’ait été le cas de Juifs sous la loi, nous pouvons affirmer en toute confiance avec Jean que depuis que l’évangile a été donné, «Quiconque est né de Dieu ne pèche point».

Les privilèges des chrétiens ne doivent nullement être mesurés d’après ce que l’Ancien Testament rapporte touchant ceux qui étaient sous la dispensation judaïque, puisque la plénitude des temps est maintenant venue; maintenant le Saint Esprit est donné; maintenant le grand salut de Dieu est apporté aux hommes par la révélation de Jésus-Christ; maintenant est établi sur la terre ce royaume des cieux, à l’égard duquel autrefois l’Esprit du Seigneur a déclaré que «le plus faible d’entre eux sera en ce temps-là comme David, et la maison de David sera comme l’ange de l’Eternel devant leur face». Tant il s’en faut que David soit le modèle ou l’étendard de la perfection chrétienne!

Mais les apôtres eux-mêmes ont commis des péchés. Pierre par sa dissimulation, Paul par sa dispute avec Barnabas. En supposant qu’ils aient péché, raisonnerez-vous ainsi: si deux des apôtres ont commis une fois un péché, donc tous les autres chrétiens, dans tous les temps, pèchent et doivent pécher aussi longtemps qu’ils vivent? Non certes! Que Dieu nous garde de parler ainsi. Aucune nécessité de pécher ne fut imposée aux apôtres; très assurément la grâce de Dieu leur suffisait, et elle nous suffit encore aujourd’hui.

Jacques dit: «Nous bronchons tous en beaucoup de choses.» Soit! Mais quelles sont les personnes dont il parle? Ce sont ces plusieurs maîtres ou instructeurs que Dieu n’avait point envoyés. L’Apôtre ne parle point de lui-même, ni d’aucun autre chrétien véritable. Dans le mot nous, employé par une figure de langage fréquente dans tous les autres écrits aussi bien que dans tous les écrits inspirés, l’apôtre ne pouvait certainement pas se renfermer lui-même, ni aucun autre vrai croyant: (1) Cela est démontré par le verset 9: «Avec la langue nous bénissons Dieu et nous maudissons les hommes.» Assurément, ce n’est point nous Apôtres! Ce n’est point nous croyants! (2) C’est ce que prouvent encore les paroles du texte précédent: «Mes frères, qu’il n’y ait point plusieurs maîtres» ou instructeurs, «sachant que nous en recevrons une plus grande condamnation, car nous bronchons tous en beaucoup de choses.» Nous! Qui? Non point les apôtres, ni les vrais croyants, mais ceux qui devaient recevoir une plus grande condamnation à cause des choses dans lesquelles ils bronchaient; (3) enfin, le verset lui-même prouve que les mots nous bronchons tous ne peuvent s’appliquer à tous les hommes, ni à tous les chrétiens car immédiatement après, l’apôtre mentionne un homme qui ne bronche point comme bronchait le nous mentionné d’abord; en conséquence, cet homme est expressément distingué des autres, et appelé un homme parfait.

Mais Jean dit lui-même: «Si nous disons que nous n’avons point de péché, nous nous séduisons nous-mêmes.» Et «si nous disons que nous n’avons pas péché, nous le faisons menteur et sa parole n’est point en nous.» Je réponds: (1) le dixième verset fixe le sens du huitième. Ces paroles du huitième verset: «Si nous disons que nous n’avons point de péché», sont expliquées par ces mots du dixième verset: «Si nous disons que nous n’avons pas péché»; (2) le point que nous examinons n’est pas si nous avons ou n’avons pas péché autrefois, et ni l’un ni l’autre de ces versets n’affirment que nous péchons ou commettons le péché maintenant; (3) le neuvième verset explique à la fois le huitième et le dixième: «Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous remettre nos péchés et nous purifier de toute injustice.» C’est comme si l’Apôtre avait dit: Je viens d’affirmer que le sang de Christ purifie de tout péché, et aucun homme ne peut dire « je n’en ai pas besoin, je n’ai point de péché dont je doive être purifié ». «Si nous disons que nous n’avons point de péché, c’est-à-dire, que nous n’avons pas péché», nous nous séduisons nous-mêmes et nous faisons Dieu menteur. «Mais si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste», non seulement «pour nous pardonner nos péchés, mais aussi pour nous purifier de toute injustice» afin que nous puissions obéir à ce commandement: «Va, et ne pèche plus.» Par conséquent, en conformité avec la doctrine de Jean et avec toute la teneur du Nouveau Testament, nous posons cette conclusion: tout chrétien est parfait jusqu’au point de ne pas commettre le péché.

C’est le glorieux privilège de tout chrétien: oui, lors même qu’il n’est qu’un petit enfant en Christ. Mais c’est seulement des chrétiens avancés qu’on peut affirmer qu’ils sont parfaits en un sens tel qu’ils sont en outre exempts de mauvais désirs et de mauvais sentiments. D’abord, ils sont exempts de désirs mauvais ou coupables. Et véritablement, d’où proviendraient-ils? «C’est du cœur des hommes que sortent les mauvaises pensées» lorsqu’il y en a, mais lorsque le cœur n’est plus mauvais, alors les mauvaises pensées ne peuvent plus en sortir car «un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits.»

Ils ne sont pas seulement délivrés des mauvais désirs, ils le sont aussi des mauvais sentiments. Chacun d’eux peut dire avec Paul: «J’ai été crucifié avec Christ; je vis, non plus moi, mais c’est Christ qui vit en moi», paroles qui décrivent évidemment la délivrance du péché intérieur aussi bien que du péché extérieur. Cette vérité est exprimée d’abord négativement: «Je vis, non plus moi», ma nature corrompue, le corps du péché est détruit; ensuite positivement: «C’est Christ qui vit en moi», et par conséquent tout ce qui est saint, juste et bon. Assurément, ces deux paroles: «C’est Christ qui vit en moi» et «je vis, non plus moi», sont liés d’une manière inséparable car «quelle communion y a-t-il entre la lumière et les ténèbres, Christ et Bélial?»

Ainsi donc, Celui qui vit en ces chrétiens «a purifié leur cœur par la foi» en sorte que quiconque possède en soi Christ, l’espérance de la gloire, «se purifie lui-même comme Dieu est pur.» Il est purifié de l’orgueil car Christ était humble de cœur. Il est purifié des mauvais désirs et de la volonté propre car Christ désirait uniquement faire la volonté de son Père. Et il est purifié de la colère dans le sens ordinaire du mot car Christ était doux et débonnaire. Je dis dans le sens ordinaire du mot car il y a de la colère contre le péché mais seulement de la tristesse au sujet du pécheur. Il sent du déplaisir pour toute offense contre Dieu mais il ne sent qu’une compassion tendre pour le transgresseur.

C’est ainsi que Jésus sauve son peuple de leurs péchés, non seulement de leurs péchés extérieurs mais aussi des péchés de leur cœur. Cela est vrai (disent quelques-uns), mais seulement à la mort et non pas en ce monde. Point du tout, car Jean dit: «En cela est perfectionné l’amour par rapport à nous, afin que nous ayons assurance au jour du jugement; c’est que, tel qu’il est, tels nous sommes dans ce monde.» Evidemment l’apôtre parle ici de lui-même, ainsi que d’autres chrétiens vivants, dont il affirme positivement que ce n’est pas seulement à l’article de la mort, ou après la mort, qu’ils sont tels que leur Maître, mais bien «en ce monde».

C’est aussi ce qu’enseignent ces paroles: «Dieu est lumière et il n’y a point en lui de ténèbres … si nous marchons dans la lumière comme il est lui-même dans la lumière, nous sommes mutuellement en communion, et le sang de Jésus-Christ son Fils nous purifie de tout péché.» Et ensuite: «Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous remettre nos péchés et nous purifier de toute injustice.» Or il est évident que l’apôtre parle ici d’une délivrance accomplie dans ce monde car il ne dit point le sang de Christ purifiera à l’heure de la mort ou au jour du jugement; il nous purifie présentement de tout péché, nous chrétiens vivants. Et il est également clair que, s’il reste quelque péché, nous ne sommes point purifiés de tout péché. Si quelque injustice demeure dans l’âme, l’âme n’est point purifiée de toute injustice. Que personne ne vienne dire qu’il s’agit seulement de la justification ou de la purification de la culpabilité du péché: d’abord parce que ce serait confondre ce que distingue clairement l’apôtre qui, premièrement, parle de «nous remettre nos péchés», et ensuite «de nous purifier de toute injustice.»; Ensuite parce que ce serait prêcher la justification par les œuvres, et cela de la manière la plus forte. Ce serait rendre toute sainteté intérieure et extérieure indispensablement antérieure à la justification. Car si la purification dont il est parlé ici n’est autre chose que la purification de la culpabilité du péché, nous ne sommes donc pas purifiés de cette culpabilité, ou en d’autres termes nous ne sommes justifiés qu’à condition que nous marchions dans la lumière «comme Dieu est dans la lumière.» De tout ceci il résulte que les chrétiens sont dans ce monde sauvés de tout péché, de toute injustice; qu’ils sont maintenant parfaits, en ce sens qu’ils ne commettent pas le péché et sont exempts des mauvaises pensées et des mauvais sentiments.

Un tel discours aurait dû causer beaucoup de scandale car il contredisait directement l’opinion que le chrétien est charnel et vendu au péché, opinion favorite de bien des gens qui étaient regardés par les autres, et peut-être par eux-mêmes, comme étant des chrétiens très avancés, tandis que, d’après les principes scripturaires, de tels gens n’étaient pas du tout chrétiens, s’ils vivaient selon leur déplorable maxime. Je m’attendais donc à bien des observations et des réponses mais je fus agréablement surpris. Rien de semblable ne parut, au moins à ma connaissance, en sorte que je poursuivis tranquillement mon chemin.

13. Deux œuvres de grâce

Peu de temps après, je publiai un second volume d’hymnes. Comme la doctrine était encore mal comprise et par conséquent mal rendue, je jugeai nécessaire d’expliquer le sujet plus au long, ce que je fis dans la préface en ces termes:

« Ce grand don de Dieu, ce salut parfait, n’est autre chose que l’image de Dieu empreinte de nouveau sur les âmes. «C’est le renouvellement de l’esprit de l’entendement à l’image de celui qui nous a créés.» Dieu met alors la hache à la racine de l’arbre, purifiant par la foi le cœur de ses enfants et nettoyant toutes leurs pensées par l’opération de son Saint Esprit. Possédant l’espérance qu’ils verront Dieu tel qu’il est, «ils se purifient eux-mêmes comme Dieu est pur» et ils sont dans toute leur vie «saints comme celui qui les a appelés est saint.» Ce n’est pas qu’ils aient déjà obtenu tout ce à quoi ils atteindront, ni qu’en ce sens ils soient déjà perfectionnés mais chaque jour ils s’avancent de force en force, et «en contemplant alors, comme dans un miroir, la gloire du Seigneur, ils sont transformés à la même image, de gloire en gloire, comme par l’Esprit du Seigneur.»

Et «où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté», une liberté telle, à l’égard de la loi du péché et de la mort, que les enfants de ce monde ne voudraient point y croire lors même qu’on la leur exposerait. Ceux qui sont ainsi nés de Dieu, le Fils les a affranchis de l’orgueil, cette puissante racine de péché et d’amertume. Ils sentent que toute leur force vient de Dieu, qu’il est seul dans toutes leurs pensées et que seul il produit en eux le vouloir et l’exécution selon son bon plaisir. Ils sentent que ce ne sont point eux qui parlent, mais que c’est l’Esprit de leur Père qui parle en eux et que toutes les œuvres de leurs mains sont accomplies par le Père qui est en eux. En sorte que pour eux, Dieu est tout en toutes choses et ils ne sont rien à leurs propres yeux. Ils sont exempts de volonté propre et ne désirent autre chose que la sainte et parfaite volonté de Dieu et continuellement ils s’écrient du fond de l’âme: «Père, que ta volonté soit faite.» Ils sont exempts de mauvaises pensées en sorte qu’elles ne peuvent être accueillies par leur cœur, non pas même pour un moment. Autrefois, lorsqu’une mauvaise pensée s’élevait en eux, ils regardaient en haut et elle s’évanouissait. Mais maintenant, il n’y a plus de place pour une semblable pensée chez ceux qui sont remplis de Dieu. Ils sont libérés des errements dans la prière. Auparavant ils avaient des pensées errantes qui s’immiscaient, cependant elles s’évanouissaient comme la fumée; mais maintenant il n’y a même plus de fumée qui s’élève. Ils n’ont pas de peurs ou de doutes, que ce soit quant à leur situation en général ou concernant une action particulière. L’onction de celui qui est Saint les enseigne à chaque heure sur ce qu’ils doivent faire et ce qu’ils doivent dire. Par conséquent, ils n’ont pas besoin de débattre de cela. Ils sont dans un certain sens libérés des tentations car bien que de nombreuses tentations les entourent, elles ne les troublent pas. Dans tous les temps, leurs âmes sont sereines et calmes, leurs cœurs sont fermes et inébranlables. Coulant comme un fleuve, leur paix surpasse toute intelligence et ils se réjouissent d’une joie inexprimable et pleine de gloire. Car ils sont «scellés par l’Esprit pour le jour de la Rédemption» et ils savent qu’une couronne de justice leur est réservée dans les cieux.

Cela ne veut pas dire que tous ceux-là soient des enfants du Diable, qui ne sont point encore ainsi renouvelés dans l’amour. Au contraire, quiconque possède cette ferme confiance en Dieu que, par les mérites de Christ, ses péchés lui sont pardonnés, celui-là est enfant de Dieu, et s’il demeure en Lui, il est héritier de toutes les promesses. Il ne doit nullement abandonner sa confiance ni renier la foi qu’il a reçue, par-là même qu’elle est faible ou qu’elle est «éprouvée au moyen du feu», au point que son âme est «attristée par diverses tentations».

Nous n’osons pas non plus affirmer, comme quelques-uns l’ont fait, que tout ce salut soit donné à la fois. Il y a certainement une œuvre de Dieu instantanée, aussi bien qu’une œuvre graduelle, dans ses enfants et nous connaissons une foule de témoins qui ont reçu, en un moment, soit le clair sentiment du pardon de leurs péchés, soit le témoignage permanent du Saint Esprit, mais nous n’avons eu, nulle part, l’exemple d’une personne qui ait reçu, dans un seul et même moment, la rémission de ses péchés, le témoignage permanent de l’Esprit et un cœur entièrement pur.

A la vérité, nous ne pourrions dire précisément comment Dieu agit, mais cependant la manière générale dont il accomplit l’œuvre est celle-ci: ceux qui, autrefois, se confiaient en eux-mêmes, pensant être justes, riches, abondants en biens et n’avoir besoin de rien, sont tout à coup réveillés par la Parole et l’Esprit de Dieu qui les convainquent d’être pauvres et dénués de tout. Toutes les choses qu’ils ont faites sont rappelées à leur souvenir et rangées en bataille devant eux en sorte qu’ils voient la colère de Dieu suspendue sur leurs têtes et sentent qu’ils méritent la damnation de l’enfer. Dans leur angoisse, ils crient au Seigneur et le Seigneur leur fait connaître qu’il a effacé leurs péchés, et il établit dans leurs cœurs le royaume des cieux, «la justice, la paix et la joie par le Saint Esprit». La tristesse et la douleur ont maintenant disparu et le péché n’a plus de domination sur eux. Sachant qu’ils sont justifiés gratuitement par la foi au sang de Christ, «ils ont la paix avec Dieu par lui», «ils se réjouissent dans l’espérance de la gloire de Dieu» car «l’amour de Dieu a été répandu dans leurs cœurs.»

Pendant quelques jours ou quelques semaines ou quelques mois, ils conservent cette paix et supposent généralement qu’ils n’auront plus à combattre, jusqu’à ce que quelques-uns de leurs anciens ennemis, leurs péchés favoris, ou le péché qui les assiégeait le plus aisément (peut-être la colère ou la convoitise), les attaquent, les assaillent de nouveau d’une manière violente, dans le but de les faire tomber. Ils craignent alors de ne pas persévérer jusqu’à la fin et souvent ils craignent que Dieu ne les ait oubliés ou qu’ils ne se soient trompés en croyant avoir reçu le pardon de leurs péchés. Au milieu de cette obscurité, ils s’affligent continuellement, surtout s’ils disputent avec le Diable. Mais ordinairement le Seigneur leur répond bientôt lui-même en leur envoyant le Saint Esprit pour les consoler et témoigner continuellement à leur esprit qu’ils sont enfants de Dieu. Ils sont véritablement alors humbles, doux et faciles à enseigner, comme de petits enfants.

Et alors, pour la première fois, ils aperçoivent le fond de leur cœur, qu’auparavant Dieu ne voulait pas leur découvrir, de peur qu’ils ne viennent à défaillir devant lui. Maintenant ils voient toutes les abominations cachées dans leur cœur, les profondeurs d’orgueil, la volonté propre et l’enfer; néanmoins ils ont en eux-mêmes ce témoignage: «Tu es héritier de Dieu et cohéritier de Christ», même au milieu de cette brûlante épreuve; ce qui augmente continuellement, et le profond sentiment de leur impuissance, et leur soif inexprimable d’un entier renouvellement à l’image Divine, «dans une justice et une sainteté véritable».

Alors Dieu se souvient du désir de ceux qui le craignent et il leur donne un œil simple et un cœur pur; il grave sur eux sa propre image et sa ressemblance; il les crée de nouveau en Jésus-Christ; il vient à eux avec son Fils et son bon Esprit, et fixant sa demeure dans leurs âmes, il les introduit «dans le repos qui reste pour le peuple de Dieu.»« 

Ici je ne puis pas m’empêcher de faire observer: (1) que cette exposition de la perfection chrétienne est la plus stricte que nous ayons jamais donnée; (2) qu’il n’y a rien de ce que nous avons avancé depuis sur ce sujet, soit en vers, soit en prose, qui ne soit directement ou indirectement contenu dans cette préface. Ainsi donc, que notre doctrine actuelle soit véritable ou fausse, c’est néanmoins la même doctrine que nous enseignâmes depuis le début.

14. Il reste un repos

Il serait inutile de multiplier les citations pour le prouver. Il suffira de transcrire une partie du dernier hymne du volume mentionné: « Seigneur, je crois qu’il reste un repos connu de tous les tiens, un repos où règnent des réjouissances pures et où toi seul es aimé. Un repos où tout le désir de notre âme est fixé sur les choses d’en-haut. Un repos où le doute, la tristesse et la crainte disparaissent, bannis par l’amour parfait. Délivrés de tout mauvais sentiment, (car le Fils nous a affranchis), nous foulons aux pieds toutes les puissances de l’enfer, dans une glorieuse liberté. En sûreté dans le chemin de la vie, nous nous élevons par-dessus la mort, la terre et l’enfer, et perfectionnés dans l’amour nous avons trouvé notre Paradis longtemps cherché. Ô que maintenant je puisse connaître ce repos, croire et y entrer! Maintenant, ô mon Sauveur! Maintenant, accorde-moi ta puissance, et que je meure au péché! Enlève la dureté de mon cœur, enlève son incrédulité; Communique-moi le repos de la foi, le sabbat de ton amour! Viens, ô mon Sauveur! Viens, descends en mon âme! Mon Créateur et mon but, ne reste pas plus longtemps éloigné de ta créature! Viens, Père, Fils et Saint Esprit, et scelle-moi pour ta demeure; Que tout mon être soit perdu en toi, perdu en Dieu! »

N’est-il pas clair (1) que ces lignes décrivent le salut le plus plein et le plus spirituel que nous ayons jamais prêché? (2) que ce salut est représenté comme reçu par la foi simple, et comme éloigné seulement par l’incrédulité? (3) que cette foi, et conséquemment le salut qu’elle apporte, est représentée comme donnée en un instant? (4) qu’on suppose cet instant comme pouvant être maintenant, que nous n’avons pas besoin d’attendre un autre moment, que maintenant, maintenant même «est le temps favorable», que maintenant est le jour de ce parfait salut et enfin que celui qui enseigne autrement est l’homme qui introduit de nouvelles doctrines parmi nous?

15. Malentendus au sujet de la perfection

En 1742, nous publiâmes un autre volume d’hymnes. La dispute étant alors des plus animées, nous parlâmes sur ce point d’une manière encore plus détaillée qu’auparavant. En conséquence, un grand nombre d’hymnes de ce volume traitent expressément de ce sujet. Il en est de même de la préface, qu’il peut être utile d’insérer ici:

« (1) La prévention générale contre la perfection chrétienne vient peut-être de ce que la nature de cette perfection n’est pas comprise. Nous accordons volontiers, et nous déclarons continuellement, qu’il n’y a point en cette vie de perfection qui dispense de pratiquer le bien et de suivre toutes les ordonnances de Dieu, ni qui soit exempte d’ignorance, d’erreurs, de tentations et de mille infirmités tout à fait inséparables de la chair et du sang.

(2) Nous avouons, et même nous affirmons, qu’il n’y a point en cette vie de perfection qui dispense de suivre les ordonnances de Dieu, ni de faire du bien à tous les hommes, autant que nous le pouvons, et «surtout envers les frères en la foi». Nous croyons que non seulement les petits enfants en Christ, ceux qui ont nouvellement trouvé la rédemption dans son sang, mais aussi les chrétiens «arrivés à l’état d’homme parfait», sont indispensablement obligés, aussi souvent qu’ils en ont l’occasion, de manger le pain et boire le vin en mémoire de Christ, de sonder les Ecritures et, par le jeûne aussi bien que par la modération, «de traiter rudement leur corps et le tenir assujetti», enfin et par-dessus tout, de répandre leur âme en prière et dans le secret et dans les assemblées publiques.

(3) Nous croyons qu’il n’y a point en cette vie de perfection qui délivre entièrement, soit de l’ignorance ou de l’erreur dans les choses non essentielles au salut, soit des diverses tentations ou des infirmités sans nombre par lesquelles le corps corruptible accable plus ou moins l’âme. Nous ne pouvons trouver dans l’Ecriture aucune raison de supposer qu’un seul habitant de cette loge d’argile soit tout à fait exempt d’infirmités corporelles ou de beaucoup d’ignorance, ni d’imaginer que quelqu’un soit incapable d’errer ou de tomber dans diverses tentations.

(4) Mais qu’entendez-vous donc par un homme parfait? Nous entendons celui en qui se trouvent les sentiments qui étaient en Christ et qui marche comme Jésus-Christ lui-même a marché: «c’est l’homme qui a les mains nettes et le cœur pur» ou qui est purifié de toute souillure de la chair et de l’esprit; c’est celui «en qui il n’y a point d’occasion de chute» et qui, par conséquent, ne commet point le péché. Pour expliquer ceci un peu plus en détail, nous comprenons par cette expression scripturaire, un homme parfait, celui en qui Dieu a accompli sa fidèle promesse: «Je vous nettoierai de toutes vos souillures et de toutes vos idoles; je vous délivrerai aussi de toutes vos souillures.» Par-là, nous comprenons celui que Dieu a «sanctifié entièrement, esprit, âme et corps» et celui qui «marche dans la lumière comme Dieu est dans la lumière, en qui il n’y a plus de ténèbres, le sang de son fils Jésus-Christ l’ayant purifié de tout péché.»

(5) Un tel homme peut alors dire au monde entier: «J’ai été crucifié avec Christ; je vis, non plus moi, mais c’est Christ qui vit en moi.» Il est «saint comme Dieu qui l’a appelé est saint» et dans son cœur et dans toute sa conduite. Il aime le Seigneur son Dieu de tout son cœur et de toute sa force. Il aime son prochain, tout homme, comme lui-même; oui, comme Christ nous aime il aime jusqu’à ceux qui l’injurient et le persécutent, «parce qu’ils ne connaissent ni le Père, ni le Fils.» En vérité, toute son âme est amour, «il est revêtu d’entrailles de miséricorde, de bonté, d’humilité, de douceur, de longanimité.» En accord avec cela, toute sa vie est pleine des œuvres de la foi, de la patience, de l’espérance et des travaux de l’amour et tout ce qu’il fait en paroles ou en œuvres, il le fait au nom, dans l’amour et la puissance du Seigneur Jésus; en un mot, il fait la volonté de Dieu sur la terre comme elle est faite dans le ciel.

(6) C’est là être un homme parfait, être sanctifié entièrement et, pour employer les expressions de l’archevêque Usher, avoir un cœur si brûlant de l’amour de Dieu qu’il offre sans cesse chaque pensée, chaque parole et chaque action, comme un sacrifice spirituel, agréable à Dieu par Jésus-Christ; c’est, dans chaque pensée de nos cœurs, dans chaque parole de notre bouche, dans chaque œuvre de nos mains, célébrer les louanges de «celui qui nous a appelés des ténèbres à sa merveilleuse lumière». Oh! Que nous et tous ceux qui cherchent le Seigneur Jésus en sincérité, nous soyons tous ainsi «perfectionnés en un!». »

Telle est la doctrine que nous prêchâmes dès le commencement et que nous prêchons encore aujourd’hui. A la vérité, en considérant cette doctrine sous tous les points de vue et en la comparant plusieurs fois avec la Parole de Dieu et l’expérience de ses enfants, nous pénétrâmes plus avant dans la nature et les propriétés de la perfection chrétienne, mais néanmoins, il n’y a aucune contradiction entre nos premiers et nos derniers sentiments. Notre première vue de la perfection fut celle-ci: avoir les sentiments qui étaient en Christ et marcher comme il a marché; avoir tous les sentiments qui étaient en lui et marcher toujours comme il a marché; en d’autres termes, être intérieurement et extérieurement dévoué à Dieu, tout dévoué de cœur et de vie. Maintenant encore, nous avons cette même vue sur la perfection, sans augmentation ni diminution quelconque.

16. Hymnes de la sainteté

Wesley insère ici des strophes de chants sur le thème de la sainteté que lui et son frère, Charles, avaient composés. N’ayant pas (encore) trouvé de traduction en Français de ces hymnes, ce chapitre reste vide. Pour ceux qui lisent l’anglais, ces hymnes sont disponibles en ligne sur plusieurs sites, dont: https://archive.org/details/hymnsandsacredp00weslgoog [nde].

17. Questions/Réponses sur l’entière sanctification

Notre première conférence eut lieu le lundi 25 juin 1744, à laquelle assistèrent six pasteurs et tous nos prédicateurs. Nous examinâmes sérieusement la doctrine de la sanctification ou perfection. Voici la substance des questions et des réponses faites alors sur ce point:

Question: Qu’est-ce qu’être sanctifié?

Réponse: C’est être renouvelé à l’image de Dieu, dans une justice et une sainteté véritables.

Q : Qu’est-ce qu’être un chrétien parfait?

R : C’est «aimer Dieu de tout son cœur, de toute sa pensée et de toutes sa force».

Q : Cela implique-t-il que tout péché intérieur est ôté?

R : Sans aucun doute car comment pourrait-on dire sinon que nous sommes délivrés de toutes nos souillures?

Notre seconde conférence commença le premier août 1745. Le matin suivant nous eûmes la discussion suivante au sujet de la sanctification:

Q : Quand la sanctification intérieure commence-t-elle?

R : Au moment où la personne est justifiée. Le péché demeure néanmoins en elle, la racine de tout péché, jusqu’à ce qu’il soit entièrement sanctifié. A partir de ce moment le croyant meurt graduellement au péché, et croît en grâce.

Q : Cela est-il donné avant le moment de la mort?

R : Ce n’est pas le cas pour ceux qui ne l’attendent pas plus tôt.

Q : Mais pouvons-nous l’attendre plus tôt?

R : Pourquoi pas? Car bien que nous accordons (1) que la majorité des croyants que nous connûmes ne furent ainsi sanctifiés qu’à l’approche de la mort, (2) que peu parmi ceux à qui Paul écrivit ses épîtres ne l’étaient alors, ni (3) lui-même lorsqu’il écrivit ses premières épîtres, cependant tout cela ne prouve pas que nous ne puissions pas être ainsi aujourd’hui.

Q : De quelle manière devrions-nous prêcher la sanctification?

R : Rarement à ceux qui n’avancent pas avec ardeur; à ceux qui avancent ainsi, toujours par le moyen de promesses, toujours en attirant plutôt qu’en poussant.

Dans la troisième conférence (26 mai 1746), nous lûmes soigneusement les minutes des deux conférences précédentes pour voir si, après un examen plus réfléchi, nous trouverions lieu de retrancher ou de rectifier quelqu’une de nos idées sur la perfection mais nous ne trouvâmes pas qu’il y eût rien à changer.

Notre quatrième conférence eut lieu le mardi 16 juin 1747. Comme il y avait plusieurs personnes qui ne recevaient pas la doctrine de la perfection, nous résolûmes de l’examiner d’un bout à l’autre. Dans ce but, il fut demandé:

Q : Que nous accordent les frères qui ne pensent pas comme nous touchant l’entière sanctification?

R : Ils accordent (1) que chacun doit être entièrement sanctifié à l’article de la mort, (2) que jusqu’à ce moment, le croyant augmente chaque jour en grâce, qu’il s’approche de plus en plus de la perfection, (3) que nous devons sans cesse y tendre, et exhorter les autres à le faire.

Q : Que leur accordons-nous?

R : (1) Que beaucoup de ceux qui sont morts parmi nous dans la foi n’ont été parfaits dans l’amour qu’un peu avant la mort, (2) que le mot sanctifie est toujours appliqué par Paul à tous ceux qui étaient justifiés, (3) que, par ce mot employé seul, il veut rarement dire sauvé de tout péché, (4) qu’en conséquence il ne convient pas d’employer dans ce sens le mot sanctifié, sans y ajouter entièrement, parfaitement, ou quelque terme semblable, (5) que les écrivains inspirés parlent presque continuellement de ceux, ou à ceux, qui ont été justifié mais très rarement à ceux qui sont entièrement sanctifiés, (6) qu’il nous incombe par conséquent de parler presque continuellement de l’état de justification mais plus rarement, au moins en termes pleinement explicites, concernant l’entière sanctification.

Q : Mais quel est donc le point qui nous sépare?

R : Le voici: devons-nous nous attendre à être sauvés de tout péché avant l’article de la mort?

Q : Y a-t-il quelque passage de l’Ecriture qui promette clairement que Dieu veut nous sauver de tout péché?

R : Il y a plusieurs promesses à cet effet: «Il rachètera Israël de tous ses iniquités». Cette vérité est exprimée plus au long dans la prophétie d’ezéchiel: «Alors je répandrai sur vous des eaux nettes, et vous serez nets. Je vous nettoierai de toutes vos souillures et de toutes vos idoles. Je vous délivrerai aussi de toutes vos souillures». Il est impossible qu’aucune promesse soit plus claire et l’apôtre y fait évidemment allusion dans cette exhortation: «Ayant de telles promesses, purifions-nous de toute souillure de la chair et de l’esprit, achevant la sanctification dans la crainte de Dieu». L’ancienne promesse de Deutéronome 30.6 est également claire et formelle: «Le Seigneur ton Dieu circoncira ton cœur et le cœur de ta postérité, afin que tu aimes le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme.»

Q : Mais le Nouveau Testament enseigne-t-il quelque chose de semblable?

R : Oui sans doute, et dans les termes les plus clairs. Car Jean dit: «C’est pour cela que le Fils de Dieu a été manifesté, afin de détruire les œuvres du Diable», pour détruire les œuvres du Diable, sans aucune limite ni restriction, or tout péché est l’œuvre du diable. Paul dit dans le même sens: «Christ a aimé l’Eglise et s’est livré lui-même pour elle, afin qu’il se la présentât glorieuse, cette Eglise, n’ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable, et qu’elle fût, au contraire, sainte et irréprochable». Paul enseigne la même vérité en disant: «Dieu a envoyé son Fils, afin que la justice de la loi soit accomplie en nous, qui marchons, non selon la chair, mais selon l’Esprit».

Q : Le Nouveau Testament fournit-il quelques autres bases sur lesquelles nous puissions fonder notre attente d’être sauvés de tout péché?

R : Oui sans aucun doute car les prières et les commandements du Nouveau Testament équivalent tous aux plus fortes affirmations.

Q : De quelles prières voulez-vous parler?

R : Je parle des prières pour l’entière sanctification. De telles prières ne seraient qu’une moquerie de la part de Dieu s’il ne pouvait y avoir d’entière sanctification ici-bas. Voici quelques-unes de ces prières: (1) «Délivre-nous du mal.» Or lorsque cela est accompli, lorsque nous sommes délivrés de tout mal, il ne peut rester aucun péché. (2) «Je ne prie pas seulement pour eux, mais aussi pour ceux qui croiront en moi par leur parole, afin que tous soient un comme toi, Père, es en moi et moi en toi, afin qu’eux aussi soient un en nous… moi en eux et toi en moi, afin qu’ils soient perfectionnés en un». (3) «Je fléchis les genoux devant le Père de notre Seigneur Jésus-Christ … afin qu’il vous donne, selon la richesse de sa gloire, que vous soyez puissamment fortifiés par son Esprit, quant à l’homme intérieur, et que Christ habite dans vos cœurs par la foi, afin qu’étant enracinés et fondés dans l’amour, vous soyez capables de comprendre, avec tous les saints, quelle en est la largeur et la longueur, et la profondeur et la hauteur, et de connaître l’amour de Christ, qui surpasse toute connaissance, afin que vous soyez remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu». (4) «Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie tout entiers, et que votre esprit entier, et l’âme et le corps, soient gardés sans reproche jusqu’à l’arrivée de notre Seigneur Jésus-Christ».

Q : Quel commandement y a-t-il à cet effet?

R : «Vous serez parfaits comme votre Père qui est dans les cieux est parfait». «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée». Or lorsque l’amour de Dieu remplit tout le cœur, aucun péché ne peut y être.

Q : Mais comment voyons-nous que cela doive se faire avant l’article de la mort?

R : (1) Nous le voyons par la nature même du commandement, qui n’est pas donné aux morts mais aux vivants. En conséquence, «tu aimeras Dieu de tout ton cœur» ne peut point signifier: Tu feras cela pendant que tu meurs, mais bien pendant que tu vis. (2) Cela résulte encore de textes formels des Ecritures: (a) «La grâce de Dieu, apportant le salut à tous les hommes, est apparue, nous instruisant, afin que, renonçant à l’impiété et aux désirs mondains, nous vivions, dans le présent siècle, sagement, justement et pieusement; attendant la bienheureuse espérance et l’apparition de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ, qui s’est donné lui-même pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité, et de se purifier un peuple particulier, zélé pour les bonnes œuvres»; (b) «Dieu nous a suscité une corne de salut, pour nous faire miséricorde avec nos pères … selon le serment par lequel il jura à Abraham, notre père, qu’il nous accorderait, qu’après avoir été délivrés de la main de nos ennemis, nous lui rendrions notre culte sans crainte, en piété et en justice devant lui, tous les jours de notre vie».

Q : Y a-t-il dans les Ecritures des exemples de personnes qui aient ainsi vécu?

R : Oui sans doute: nous avons l’exemple de Jean et de tous ceux dont il dit: «En cela l’amour est rendu parfait en nous, afin que nous ayons assurance au jour du jugement; c’est que, tel que Dieu est, tels nous sommes dans ce monde».

Q : Pourriez-vous maintenant fournir un tel exemple? Où est l’homme ainsi parfait?

R : A certaines gens qui font cette demande, on pourrait répondre: « Si je connaissais maintenant une semblable personne, je ne vous la nommerai pas car ce n’est point par amour que vous la cherchez: vous êtes comme Hérode, ce n’est que pour l’égorger que vous cherchez le petit enfant. » Cependant, nous répondrons d’une manière plus directe: de nombreuses raisons empêchent qu’il y ait beaucoup de semblables exemples tout à fait incontestables. Quels inconvénients n’en résulterait-il pas pour la personne ainsi exposée en butte à tous les traits! Et cela sans aucun avantage pour les contredisants car «s’ils n’écoutent pas Moïse et les prophètes», Christ et ses apôtres, «ils ne seraient point persuadés quand même quelqu’un des morts ressusciterait.»

Q : Ne sommes-nous pas portés à ressentir un secret éloignement pour ceux qui disent qu’ils sont sauvés de tout péché?

R : Il est possible que cela soit, et pour plusieurs raisons: d’abord nous pouvons être inquiets pour le bien des âmes qui souffriraient si de telles personnes ne sont pas ce qu’elles professent être; en outre, notre éloignement peut provenir d’une sorte d’envie cachée contre ceux qui parlent d’avoir obtenu des grâces plus élevées que les nôtres; enfin, cet éloignement peut venir encore de la lenteur et de la répugnance naturelles de notre cœur à croire les œuvres de Dieu.

Q : Pouvons-nous conserver sans interruption la joie de la foi jusqu’à ce que nous soyons perfectionnés dans l’amour?

R : Nous le pouvons certainement puisqu’une sainte tristesse n’enlève point cette joie et que, même sous la croix, tandis que nous participons fortement aux souffrances de Christ, nous pouvons nous réjouir d’une joie inexprimable.

Ces extraits montrent clairement quelle fut mon opinion et celle de mon frère, ainsi que de tous les prédicateurs unis à nous dès cette époque et je ne me rappelle pas que, pendant ces quatre premières conférences, il y ait eu dans notre assemblée un seul dissentiment mais quels que fussent les doutes de chacun lorsque nous nous assemblâmes, ces doutes furent enlevés avant que nous nous quittions.

18. Hymnes et poésies sacrées

En 1749, mon frère imprima deux volumes d’hymnes et poésies sacrées. Comme je ne les avais pas vus avant qu’ils soient publiés, il y avait des choses en eux que je n’approuvais pas mais j’approuvais pleinement certains. La seconde édition de ces hymnes fut publiées dans l’année 1752 et ceci sans autre altération, sauf en ce qui concerne quelques erreurs d’impression. Je fus plus généreux dans ces extraits car il apparaît sans la moindre exception que, jusqu’à ce jour, mon frère et moi avons maintenu que: (1) la perfection chrétienne est cet amour de Dieu et du prochain qui implique la délivrance de tout péché, (2) cette perfection est reçue simplement par la foi, (3) elle est donnée instantanément, en un moment, (4) nous devons l’attendre, non point à la mort mais à chaque instant: maintenant est le temps favorable, maintenant est le jour du salut.

19. Pensées sur la perfection chrétienne

A la conférence de 1759, nous examinâmes de nouveau cette doctrine pour éviter qu’une diversité d’opinions ne s’introduisît insensiblement parmi nous. Peu de temps après, je publiai les Pensées sur la perfection chrétienne, précédées de cet avertissement:

« Le traité suivant n’est point pour satisfaire la curiosité d’aucun homme, ni pour prouver au long la doctrine, contre ceux qui la combattent et la ridiculisent; il n’est pas non plus donné comme une réponse aux nombreuses objections que même des hommes sérieux peuvent avancer contre la doctrine. Mon intention est simplement d’exposer mes opinions sur ce point: ce que la perfection inclut, suivant moi, et ce qu’elle n’inclut point. J’ajouterai ensuite quelques observations pratiques et quelques directions relatives au sujet. »

Comme ces pensées ont été écrites premièrement sous forme de demandes et de réponses, je vais les donner de la même manière. Elles sont précisément les mêmes pensées que j’ai eues depuis plus de vingt ans.

Q : Qu’est-ce que la perfection chrétienne?

R : C’est aimer Dieu de tout son cœur, de toute sa pensée, de toute son âme et de toute sa force. Ceci implique qu’aucun sentiment mauvais, contraire à l’amour, ne reste dans l’âme et que toutes les pensées, toutes les paroles et toutes les actions, sont gouvernées par l’amour pur.

Q : Affirmez-vous que cette perfection exclue l’infirmité, l’ignorance et l’erreur?

R : J’affirme continuellement le contraire, et je l’ai toujours affirmé.

Q : Mais comment peut-il se faire que chaque pensée, que chaque parole et chaque action soient gouvernées par l’amour pur, tandis que l’homme est sujet à l’ignorance et à l’erreur?

R : Je ne vois aucune contradiction en cela: un homme peut être rempli de l’amour pur et être encore exposé à l’erreur. En vérité, je ne m’attends pas à être exempt d’erreur jusqu’à ce que ce corps mortel ait revêtu l’immortalité. L’erreur est une conséquence naturelle de l’habitation de l’âme dans la chair et le sang car nous ne pouvons maintenant penser qu’au moyen de ces organes corporels, qui sont détériorés, comme tout le reste de notre constitution, d’où il résulte que nous ne pouvons quelquefois éviter de penser faux, aussi longtemps que ce corps corruptible n’a pas revêtu l’incorruptibilité. J’irai plus loin: une erreur de jugement peut occasionner une erreur de pratique. Par exemple, l’erreur de M. de Renty, touchant la nature de la mortification (erreur qui provenait des préjugés de son éducation), occasionna son erreur pratique de porter un cilice. On pourrait rencontrer mille cas semblables, même chez les hommes parvenus au plus haut état de grâce. Cependant, chez celui dont toutes les paroles et toutes les actions découlent de l’amour, une telle erreur n’est pas proprement un péché, toutefois elle ne pourrait supporter la rigueur de la justice de Dieu et elle a besoin du sang expiatoire.

Q : Quelle fut, sur ce point, l’opinion de tous nos frères lorsque nous nous assemblâmes en août 1758 à Bristol?

R : Voici quelle fut leur opinion: (1) chacun peut se tromper, aussi longtemps qu’il vit, (2) une erreur d’opinion peut occasionner une erreur de pratique, (3) toute erreur semblable est une transgression de la loi parfaite, (4) en conséquence, si nous n’avions point le sang de l’expiation, toute erreur semblable nous exposerait à la damnation éternelle, (5) il résulte de là que les plus parfaits ont un continuel besoin des mérites de Christ, même pour leurs transgressions actuelles, et qu’ils peuvent dire, pour eux-mêmes aussi bien que pour leurs frères: «Pardonne-nous nos offenses.» Cela explique tout à fait ce qui pourrait autrement paraître inexplicable: c’est que ceux qui ne sont point scandalisés lorsque nous parlons du plus haut degré d’amour ne veulent cependant point entendre parler de vivre sans péché! Ils savent que tous les hommes sont sujets à l’erreur, dans la pratique aussi bien que dans le jugement mais ils ne savent pas, ou ne remarquent pas, que cela n’est point un péché lorsque l’amour est le seul principe de l’action.

Q : Mais encore, s’ils vivent sans pécher, cela n’exclut-il pas la nécessité d’un médiateur? N’ont-ils donc plus besoin de Christ dans son office de sacrificateur?

R : Tout au contraire! Personne, aussi bien qu’eux, ne sent le besoin de Christ, personne ne s’appuie aussi complètement sur lui car Christ donne à l’âme la vie en lui et avec lui, et non point hors de lui, c’est pourquoi ses paroles sont également vraies appliquées à tous les hommes, quel que soit leur état de grâce: «Comme le sarment ne peut de lui-même porter du fruit s’il ne demeure au cep, vous ne le pouvez pas non plus, à moins que vous ne demeuriez en moi; hors (ou séparés) de moi, vous ne pouvez rien faire.» Dans tout état de grâce, nous avons besoin de Christ sous les rapports suivants: (1) chaque grâce que nous recevons est un libre don de lui, (2) nous le recevons comme son acquisition, simplement en considération du prix qu’il a payé, (3) nous avons cette grâce non seulement par Christ mais encore en Christ car notre perfection n’est pas comme celle d’un arbre, qui porte des fruits au moyen de la sève qu’il tire de ses propres racines mais, comme nous l’avons déjà dit, notre perfection ressemble à celle d’un sarment qui porte du fruit en restant uni au cep, tandis qu’il meurt lorsqu’il en est séparé, (4) toutes nos bénédictions temporelles, spirituelles et éternelles dépendent de son intercession pour nous, laquelle est une branche de son office sacerdotal, dont par conséquent nous avons toujours besoin, (5) les hommes les plus pieux ont encore besoin de Christ dans son office sacerdotal, pour expier les erreurs de jugement et de pratique et leurs infirmités de diverses espèces car toutes ces choses sont des déviations de la loi parfaite, et par conséquent elles demandent une expiation; toutefois, ce ne sont point proprement des péchés, comme le prouvent ces paroles de Paul: «Celui qui aime a accompli la loi, car l’amour est l’accomplissement de la loi». Or les erreurs et toutes les infirmités qui résultent nécessairement de l’état corruptible du corps ne sont nullement contraires à l’amour et par conséquent elles ne sont point ce que l’Ecriture appelle péché. Pour m’expliquer davantage sur ce point: (1) non seulement ce qu’on appelle proprement péché (c’est-à-dire une transgression volontaire d’une loi divine connue) mais encore ce qu’on appelle improprement péché (c’est-à-dire une transgression involontaire de cette même loi, qu’elle soit connue ou non) demande le sang expiatoire, (2) je pense qu’en cette vie il n’y a aucune perfection qui exclue ces transgressions involontaires, que je vois résulter naturellement de l’ignorance et des erreurs inséparables de l’humanité, (3) je pense qu’une personne remplie de l’amour de Dieu est encore sujette à ces transgressions involontaires, (4) par conséquent, la «perfection sans péché» est une expression que je n’utilise jamais par crainte de sembler me contredire, (5) de telles transgressions vous pouvez si bon vous semble les appeler péché, quant à moi je ne leur donne point ce nom, à cause des raisons ci-dessus.

Q : Quel conseil donneriez-vous à ceux qui appellent ces transgressions involontaires péché, et à ceux qui ne les nomment pas ainsi?

R : Que ceux qui ne les appellent pas péché ne pensent jamais qu’eux-mêmes ou quelques autres personnes soient dans un état tel qu’ils puissent subsister devant l’infinie justice sans un Médiateur: une telle pensée montrerait l’ignorance la plus profonde, ou la plus haute présomption. Que ceux qui les appellent péché fassent bien attention à ne pas les confondre avec ce que l’Ecriture appelle proprement péché. Mais comment éviteront-ils cela? Comment faire la distinction si toutes les transgressions sont appelées péchés? Je suis très effrayé: si nous permettions qu’une forme de péché soit compatible avec la perfection, rares seraient ceux qui confineraient l’idée à ces défauts pour lesquels l’assertion puisse être vraie.

Q : Mais comment l’erreur peut-elle être compatible avec l’amour parfait? Une personne qui est parfaite dans l’amour, n’est-elle pas à chaque moment sous son influence? L’erreur peut-elle donc provenir de l’amour pur?

R : Je réponds: (1) beaucoup d’erreurs sont compatibles avec l’amour pur, (2) quelques erreurs peuvent en provenir accidentellement, je veux dire que l’amour lui-même peut nous induire en erreur. Le pur amour de notre prochain, découlant de l’amour de Dieu, «ne pense point le mal, il croit et il espère toute chose» or ce sentiment, même dépouillé de tout soupçon et nous portant à croire et à espérer le bien au sujet de tous les hommes, peut nous porter à regarder quelques hommes comme meilleurs qu’ils ne sont réellement, ce qui est évidemment une erreur occasionnée par l’amour pur.

Q : Que ferons-nous pour ne mettre la perfection ni trop haut, ni trop bas?

R : Nous nous tiendrons à la Bible et ainsi nous placerons la perfection précisément aussi haute que l’Ecriture la place. La perfection n’est ni plus haut ni plus bas que ceci: c’est le pur amour de Dieu et de l’homme, c’est aimer Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme, et notre prochain comme nous-mêmes; c’est l’amour gouvernant notre cœur, notre vie, et animant tous nos sentiments, toutes nos paroles et toutes nos actions.

Q : En supposant quelqu’un parvenu à cet état, lui conseilleriez-vous d’en parler?

R : Il ne pourrait peut-être s’en empêcher d’abord, tant son âme brûlerait au-dedans de lui. Son désir de déclarer la bonté du Seigneur l’entraînerait comme un torrent, mais plus tard il pourrait se taire, et alors il lui serait convenable de n’en point parler à ceux qui ne connaissent pas Dieu (car très probablement son expérience ne servirait qu’à les provoquer à la contradiction et au blasphème). Avec ceux mêmes qui craignent Dieu, il ne devrait parler de son état que pour des raisons particulières et en vue de quelque bien, et alors il devrait avoir grand soin d’éviter toute apparence de vanterie et de parler avec l’humilité et le respect les plus profond, donnant toute gloire à Dieu.

Q : Ne vaudrait-il pas mieux qu’il n’en parlât pas du tout?

R : Par le silence il éviterait beaucoup de croix, qui viendront naturellement et nécessairement s’il déclare, même parmi des croyants, ce que le Seigneur a opéré dans son âme. En conséquence, si un tel homme voulait consulter la chair et le sang, il garderait un silence absolu mais il ne pourrait se taire et conserver une bonne conscience car assurément il devrait parler. Les hommes n’allument point une chandelle pour la mettre sous un boisseau, le Dieu tout sage le fait encore bien moins. Ce n’est pas pour le cacher aux hommes qu’il élève un semblable monument de sa puissance et de son amour mais au contraire, Dieu veut le rendre un instrument béni pour tous ceux qui sont simples de cœur. Il n’a pas seulement en vue le bonheur individuel d’un tel homme mais il se propose d’animer et d’encourager les autres à rechercher la même bénédiction. La volonté de Dieu est que beaucoup d’âmes contemplent cette grâce, s’en réjouissent et mettent leur confiance dans le Seigneur. Et sous le ciel, il n’y a rien qui vivifie davantage les désirs de ceux qui sont justifiés que de converser avec ceux qu’ils pensent avoir éprouvé un salut encore plus grand. Par là, ce salut est pleinement mis sous leurs yeux et leur faim, leur soif de la justice sont vivement augmentées, avantage qui aurait été entièrement perdu si la personne ainsi sauvée s’était ensevelie dans le silence.

Q : N’y a-t-il aucun moyen de prévenir les croix qui tombent ordinairement sur ceux qui professent d’être ainsi sauvés?

R : Il semble que ces croix ne pourront être tout à fait éloignées pendant que le cœur naturel conservera tant de force, même chez des justifiés, cependant quelques-unes pourraient être évitées si, dans chaque lieu, le prédicateur (1) parlait librement avec les personnes qui professent l’entière sanctification, et (2) s’efforçait de prévenir les propos ou les traitements injustes à l’égard de ceux qui offrent une preuve raisonnable de leur haute profession.

Q : Quelle est cette preuve raisonnable? Comment pouvons-nous connaître positivement que quelqu’un est sauvé de tout péché?

R : Nous ne pouvons connaître infailliblement que quelqu’un est ainsi sauvé, ou même justifié, à moins qu’il ne plaise à Dieu de nous douer du discernement miraculeux des esprits. Mais nous pensons que les preuves suivantes suffiraient à un homme raisonnable et ne lui permettraient guère de douter de la réalité ou de la profondeur de cette œuvre: (1) si nous avions une évidence positive que la conduite d’un tel homme eût été exemplaire quelque temps déjà avant le changement supposé, ce serait un motif pour croire qu’il ne voudrait pas mentir pour Dieu ni déclarer plus ou moins qu’il n’aurait éprouvé, (2) s’il faisait un récit clair, détaillé et scripturaire, du temps et de la manière dont le changement aurait été accompli, (3) si toutes ses paroles et ses actions subséquentes paraissaient saintes et irrépréhensibles. Je résumerai ainsi ce point: (1) j’ai tout lieu de croire que cet homme ne ment point, (2) en présence de Dieu, il déclare qu’il ne sent plus de péché, qu’il est tout amour, que sans cesse il prie, se réjouit et rend grâce, et qu’il possède le témoignage intérieur de son entier renouvellement d’une manière aussi claire que celui de sa justification. Or si je n’ai rien à opposer à un tel témoignage, la raison demande que je le reçoive. Il ne servirait à rien de dire: «mais je sais qu’il se trompe tout à fait en beaucoup de choses» car il a été reconnu que tous ceux qui sont dans le corps sont sujets à l’erreur et qu’une erreur de jugement peut quelquefois occasionner une erreur de pratique. Cependant, il faut prendre garde qu’on ne fasse pas mauvais usage de cette concession. Par exemple, celui-là même qui est parfait dans l’amour peut se tromper à l’égard d’une autre personne et la croire, dans un cas particulier, plus ou moins fautive qu’elle ne l’est réellement, et par suite de cette erreur, il peut se faire qu’il lui parle avec plus ou moins de sévérité que la vérité ne le demande et en ce sens, (quoique ce ne soit point la signification première de Jacques), «nous bronchons tous en beaucoup de choses.» Ainsi donc, ceci ne prouverait nullement que la personne qui aurait ainsi parlé ne fût pas parfaite.

Q : Mais si cette personne vient à être surprise et agitée par un bruit, une chute, ou quelque danger soudain, ne sera-ce pas une preuve contre elle?

R : Nullement! Car un homme peut tressaillir, trembler, changer de couleur ou ressentir quelque autre agitation corporelle, tandis que son âme demeure calme, ferme en Dieu et dans une paix parfaite. L’esprit lui-même peut être profondément triste et angoissé, il peut être abattu, torturé même jusqu’à l’agonie, tandis que le cœur reste attaché à Dieu par l’amour parfait et que la volonté lui est entièrement soumise. N’en fut-il pas ainsi à l’égard du Fils de Dieu? Y a-t-il un enfant des hommes qui endure la détresse, l’angoisse, l’agonie que Jésus a supportées? Et cependant Il n’a point connu le péché.

Q : Mais l’homme dont le cœur est pur peut-il préférer un aliment à un autre, ou prendre quelque plaisir des sens qui ne serait pas strictement nécessaire? S’il le fait, en quoi diffère-t-il des autres?

R : La différence entre un tel homme et les autres, en prenant un aliment agréable, est celle-ci: (1) il n’a besoin d’aucune chose semblable pour être heureux car il a une source de bonheur en lui-même: il voit et il aime Dieu, c’est pourquoi il se réjouit sans cesse et il rend grâce en toutes choses, (2) il peut user de ces choses mais il ne les cherche point, (3) il en use sobrement et non point pour l’amour de la chose même. En outre, je répondrai directement: un tel homme peut prendre un aliment agréable sans être exposé au danger qui accompagne ceux qui ne sont point sauvés du péché; il peut le préférer à un aliment désagréable, quoique également sain, et cela comme moyen d’augmenter sa reconnaissance, ayant en vue Dieu qui nous donne richement toutes choses pour en jouir. Par le même principe, il peut sentir une fleur, ou manger une grappe de raisins, ou prendre tout autre plaisir qui ne diminue point, mais qui augmente ses délices en Dieu. En conséquence, on ne peut non plus dire qu’un homme parfait dans l’amour serait impropre au mariage ou aux occupations de cette vie: s’il y était appelé, il y serait plus propre que jamais car il serait capable d’accomplir toute chose sans précipitation, sans inquiétude et sans aucune distraction d’esprit.

Q : Mais si deux chrétiens parfaits avaient des enfants, comment pourraient-ils naître dans le péché, puisqu’il n’y a plus de péché chez leurs parents?

R : Ce cas de deux chrétiens parfaits est possible, bien qu’improbable. Je doute que cela soit arrivé ou arrive jamais. Cela mis à part, le péché m’est légué, non point par la génération immédiate mais par mon premier père: «En Adam tous meurent; par la désobéissance d’un seul homme beaucoup d’hommes ont été constitués pécheurs», tous les hommes sans exception, qui étaient dans ses reins lorsqu’il mangea du fruit défendu. La culture des arbres nous offre un exemple remarquable à cet égard: une greffe porte d’excellents fruits sur un pommier sauvage mais si vous semez les pépins de ces mêmes fruits, quel en sera le résultat? Des pépins produiront des pommes aussi sauvages et aussi amères que possible.

Q : Mais qu’est-ce que l’homme parfait pratique de plus que les autres croyants?

R : Rien peut-être, car il est possible que la providence de Dieu le tienne empêché par des circonstances extérieures et ainsi, quoiqu’il désire ardemment de se dépenser pour Dieu, peut-être il n’agit pas autant que les autres, du moins à l’extérieur; il ne prononce pas autant de paroles et il ne fait pas autant d’œuvres. Comme notre Seigneur lui-même ne prononça pas autant de paroles et n’accomplit pas des œuvres aussi nombreuses, ni aussi grandes, que quelques-uns de ses apôtres. Mais qu’importe? Cela ne prouve nullement qu’un tel homme ne possède pas une plus abondante mesure de grâce et c’est par cela que Dieu mesure l’œuvre extérieure. Ecoutez la déclaration du Seigneur: «En vérité, je vous le dis, cette pauvre veuve a mis dans le tronc plus qu’eux tous», en vérité ce pauvre homme, avec ses quelques mots entrecoupés, en a dit plus qu’eux tous, en vérité cette pauvre femme qui n’a donné qu’un verre d’eau froide a plus fait qu’eux tous. Oh! Cessez donc de juger selon l’apparence et apprenez à juger justement!

Q : Mais je ne sens point de puissance dans ses paroles ni dans ses prières: n’est-ce pas une preuve contre lui?

R : Nullement, car c’est peut-être votre propre faute et il est probable que vous ne sentirez jamais aucune puissance dans ses paroles, ni dans ses prières, s’il existe un des obstacles suivants: (1) votre tiédeur d’âme: les pharisiens morts dans leurs fautes et dans leurs péchés ne sentaient aucune puissance dans les paroles de celui-là même qui parla «comme jamais homme n’a parlé», (2) le poids de quelque péché dont vous ne vous êtes point repenti, (3) des préventions contre lui, de quelque espèce qu’elles soient, (4) votre incrédulité quant à la possibilité de parvenir à l’état dans lequel il professe d’être, (5) votre répugnance à penser ou à reconnaître qu’il y est parvenu, (6) votre estime ou votre amour excessif pour un tel homme, (7) trop d’estime pour vous-même ainsi que pour votre propre jugement. S’il existe un de ces obstacles, quoi d’étonnant que vous ne sentiez pas de puissance dans ce qu’il dit? Mais d’autres personnes n’en sentent-elles pas? Si elles en sentent, votre objection est renversée et lors même quelles n’en sentiraient pas, ne peut-il pas exister chez elles, comme chez vous, un des obstacles mentionnés ci-dessus? Vous devez en être certain avant d’établir aucun argument sur cette objection, et même alors, votre argument prouverait seulement que la grâce et les dons ne sont pas toujours associés. «Mais il ne répond pas à mon idée d’un parfait chrétien!» Probablement personne n’y a répondu et n’y répondra jamais car votre idée peut aller au-delà de la vérité scripturaire; votre idée peut renfermer plus que la Bible ne renferme. La perfection scripturaire, c’est le pur amour remplissant le cœur et gouvernant toutes les paroles et toutes les actions. Votre idée n’est pas scripturaire si elle renferme quelque chose de plus ou de moins, et alors il n’est pas étonnant qu’un chrétien scripturairement parfait ne réponde pas à votre idée. Beaucoup de gens, je le crois, viennent heurter contre cette pierre d’achoppement. Dans leur idée d’un homme parfait, ils renferment autant d’ingrédients que bon leur semble, selon leur propre imagination et non pas selon les Ecritures, et alors ils s’empressent de décrier la perfection de quiconque ne répond point à cette idée imaginaire. Soyons donc d’autant plus soigneux de nous en tenir continuellement à la simple vérité scripturaire. Le pur amour régnant seul dans le cœur et dans la vie, c’est là le tout de la perfection scripturaire.

Q : Quand est-ce qu’un homme peut penser l’avoir obtenue?

R : C’est lorsqu’après avoir été pleinement convaincu de péché intérieur, d’une manière beaucoup plus profonde et plus claire qu’avant sa justification, et après avoir senti une mortification graduelle, il éprouve une mort totale au péché et un entier renouvellement dans l’amour et à l’image de Dieu, au point de se réjouir toujours, de prier sans cesse et de rendre grâce en toutes choses. Ne pas sentir de péché et se sentir tout amour n’est pas une preuve suffisante: quelques-uns ont fait cette expérience pendant quelque temps avant que leurs âmes fussent pleinement renouvelées. C’est pourquoi nul ne doit regarder l’œuvre comme accomplie, jusqu’à ce qu’en outre il possède le témoignage de l’Esprit, lui rendant témoignage de son entière sanctification aussi clairement que de sa justification.

Q : D’où vient donc que plusieurs s’imaginent être ainsi sanctifiés, tandis qu’en réalité ils ne le sont pas?

R : En voici la cause: ils ne jugent non pas d’après toutes les marques précédentes, mais seulement d’après quelques-unes, ou d’après d’autres marques qui sont douteuses. Mais je ne connais pas une seule personne qui se soit trompée après les avoir toutes observées, et je ne pense pas qu’il y en ait une seule dans le monde qui puisse s’y tromper. Si, après sa justification, un homme est profondément et pleinement convaincu de péché intérieur, si alors il éprouve une mortification graduelle du péché et ensuite un renouvellement entier à l’image de Dieu et si, à ce changement infiniment plus grand que le changement opéré lorsqu’il fut justifié, est ajouté un clair et direct témoignage de ce renouvellement, je pense aussi impossible que cet homme se soit trompé en cela qu’il est impossible que Dieu mente. Et si ces choses me sont affirmées par un homme que je sache véridique, je ne dois point rejeter son témoignage sans quelque raison suffisante.

Q : Cette mort au péché et ce renouvellement dans l’amour sont-ils graduels ou instantanés?

R : Un homme peut être mourant pendant quelque temps, toutefois, à proprement parler, il ne meurt qu’à l’instant où l’âme est séparée du corps et en cet instant-là, il vit de la vie de l’éternité. De la même manière il peut, pendant quelque temps, être mourant au péché, toutefois il n’est pas mort au péché jusqu’à ce que le péché soit séparé de son âme et en cet instant-là, il vit de la pleine vie de l’amour. Et comme le changement éprouvé, lorsque le corps meurt, est d’une espèce différente et qu’il est infiniment plus grand qu’aucun autre que nous eussions connu ou pu concevoir jusqu’alors, ainsi le changement opéré lorsque l’âme meurt au péché est d’une espèce différente, et il est infiniment plus grand qu’aucun autre changement précédent, et personne ne peut le concevoir jusqu’à ce qu’il l’ait éprouvé. Cependant l’âme augmente encore dans la grâce, dans la connaissance de Christ, dans l’amour et à l’image de Dieu, et elle croîtra ainsi non seulement jusqu’à la mort, mais aussi pendant toute l’éternité.

Q : Comment devons-nous attendre ce changement?

R : Non pas dans une indifférence insouciante ou dans une indolente inaction, mais bien dans une obéissance vigoureuse et universelle, dans une fidèle observation de tous les commandements, dans la vigilance et la peine, en renonçant à nous-mêmes et en nous chargeant chaque jour de notre croix; dans une prière ardente, dans le jeûne et dans un strict accomplissement de toutes les ordonnances de Dieu; et si quelque homme s’imagine obtenir cette grâce autrement ou la conserver lorsqu’il l’a reçue même au plus haut degré, il séduit sa propre âme. Il est vrai que nous la recevons par la foi simple, mais Dieu ne donne cette foi que lorsque nous la recherchons avec toute diligence et par les moyens qu’il a établis. Cette considération peut satisfaire ceux qui demandent pourquoi si peu de personnes ont reçu cette bénédiction. Demandez combien il y en a qui la recherchent de cette manière et vous aurez une réponse suffisante. Ce qui manque principalement, c’est la prière. Qui persévère avec instance dans la prière? Qui lutte avec Dieu pour obtenir positivement cette grâce? Ainsi, «vous ne recevez pas, parce que vous ne demandez pas», ou parce que «vous demandez mal» car vous demandez d’être renouvelés à l’article de la mort. A la mort! Vous contentez-vous de cela? … non, non! Demandez plutôt que cela ait lieu maintenant, aujourd’hui même! Ne dites pas que c’est fixer un temps à Dieu. Assurément aujourd’hui est son temps, bien plus que demain. Dépêche-toi donc, ô homme! Hâte-toi!

Q : Ne pouvons-nous pas demeurer sans cesse dans la paix et la joie jusqu’à ce que nous soyons perfectionnés dans l’amour?

R : Assurément nous le pouvons, car le royaume de Dieu n’est pas divisé contre lui-même. Ainsi donc, que les croyants, bien loin de se décourager, ne cessent de «se réjouir toujours dans le Seigneur.» Et cependant, nous pouvons être vivement attristés à cause de la nature corrompue qui reste encore en nous. Il nous est bon d’en avoir un profond sentiment et d’éprouver un vif désir d’en être délivrés, mais cela doit seulement nous exciter plus fortement à recourir sans cesse à Dieu et à nous avancer plus ardemment vers le but, vers le prix de notre haute vocation en Jésus-Christ. Et lorsque le sentiment de notre péché est le plus vif, le sentiment de son amour doit être beaucoup plus vif encore.

Q : Comment devons-nous agir à l’égard de ceux qui pensent être parfaits?

R : Il faut les examiner avec candeur et les exhorter à demander ardemment à Dieu qu’il leur montre tout ce qui est dans leurs cœurs. D’un bout à l’autre du Nouveau Testament, les plus pressantes exhortations à abonder en toutes grâces et les plus forts avertissements d’éviter toute espèce de mal sont donnés aux croyants parvenus au plus haut état de sainteté. Mais ceci doit être fait avec beaucoup de tendresse, sans dureté, ni sévérité, ni aigreur; il faut soigneusement éviter jusqu’à l’apparence de l’irritation ou du mépris. Laissez à Satan le soin de les tenter ainsi, et à ses enfants de s’écrier: «Etudions-les avec mépris et torture afin de tester leur douceur et d’éprouver leur patience. S’ils sont fidèles à la grâce reçue, ils ne sont pas en danger de périr de cette façon, même s’ils demeurent dans cette erreur jusqu’à ce que leur esprit retourne auprès de Dieu.»

Q : Mais quel mal y aurait-il à les traiter rudement?

R : Ils se trompent ou ils ne se trompent pas. S’ils se trompent, les traiter rudement pourrait perdre leurs âmes, cela n’est ni impossible ni improbable; ils pourraient succomber au découragement ou au désespoir et tomber au point de ne se relever plus. S’ils ne se trompent pas, agir avec rudesse pourrait attrister ceux que Dieu n’a point attristés et nuire beaucoup à notre propre âme car assurément, celui qui les touche, touche, pour ainsi dire, à la prunelle de l’œil de Dieu. Si véritablement ils sont remplis de son Esprit, les traiter avec rudesse ou mépris outragerait beaucoup l’Esprit de grâce et en même temps nous nourririons et augmenterions par là, en nous-mêmes, les soupçons et beaucoup d’autres mauvais sentiments. Quelle suffisance n’y aurait-il pas à nous établir inquisiteurs et juges péremptoires dans ces choses profondes de Dieu! Sommes-nous qualifiés pour un tel office? Pouvons-nous décider, dans tous les cas, jusqu’où s’étend l’infirmité et ce qui peut ou ne peut pas lui être attribué? Pouvons-nous, en toute circonstance, juger ce qui est compatible ou incompatible avec l’amour parfait? Pouvons-nous déterminer précisément jusqu’où cet amour influencera le regard, le geste, le ton de la voix? Si nous le pouvons, assurément, nous sommes ces hommes-là, et «la sagesse mourra avec nous.»

Q : Ne sera-ce pas une preuve contre eux, s’ils sont mécontents de ce que nous ne les croyons pas?

R : Cela dépend de la nature de leur déplaisir: s’ils sont en colère, c’est une preuve contre eux; s’ils sont attristés, ce n’est point une preuve. Ils doivent être attristés si nous nions une œuvre réelle de Dieu et si par là nous nous privons nous-mêmes des avantages que nous aurions pu en recevoir. Et nous pourrions aisément confondre cette tristesse avec de la colère, les manifestations extérieures des deux pouvant être fort semblables.

Q : Mais n’est-il pas avantageux de connaître ceux qui s’imaginent avoir cette grâce, tandis qu’ils ne l’ont pas?

R : Il est bien de les examiner avec douceur et amour mais il n’est pas bien de le faire avec une espèce de triomphe. Si nous rencontrons un tel exemple, il serait très mal de nous en réjouir, comme si nous avions trouvé un grand butin. Ne devrions-nous pas plutôt nous attrister profondément et répandre des larmes? Voici un homme qui semblait être une preuve vivante que la puissance de Dieu sauve parfaitement mais hélas, ce que nous espérions n’est pas; cet homme a été pesé dans la balance et trouvé trop léger. Quoi donc! Est-ce là un sujet de joie? Ne devrions-nous pas nous réjouir mille fois davantage si nous n’avions trouvé en lui que l’amour pur? «Mais il s’est trompé.» Eh bien! C’est une erreur inoffensive aussi longtemps qu’il ne sent que de l’amour dans son cœur. C’est une erreur qui, en général, indique beaucoup de grâce et un haut degré de sainteté et de bonheur. Ceci devrait être un sujet de joie véritable pour tous ceux qui sont simples de cœur; je ne parle pas de l’erreur elle-même mais de la richesse de grâce qui occasionne momentanément cette erreur. Je me réjouis de ce que son âme est toujours heureuse en Christ, toujours remplie de prières et d’actions de grâce. Je me réjouis de ce qu’il ne sent aucune affection mauvaise, je me réjouis de ce qu’il sent continuellement le pur amour de Dieu sans aucun mauvais sentiment, je me réjouis de ce que le péché est paralysé jusqu’à ce qu’il soit complètement détruit.

Q : N’y a-t-il point de danger pour l’homme qui se trompe ainsi?

R : Non, pendant le temps qu’il ne sent point de péché. Aussi longtemps qu’il ne sent que l’amour animant toutes ses pensées, ses paroles et ses actions, il ne court aucun danger, il est heureux et en sûreté «Sous l’ombre du Tout-Puissant.» Oh! Que pour l’amour de Dieu il persévère dans cet état aussi longtemps qu’il le pourra! Cependant, vous ferez bien de l’avertir qu’il y aurait du danger si son amour se refroidissait et si le péché venait à revivre: il courrait le danger d’abandonner son espérance, en supposant qu’il n’obtiendra jamais la bénédiction parce qu’il ne l’a point encore obtenue.

Q : Mais si personne ne l’a encore obtenue? Si tous ceux qui professent l’avoir reçue étaient dans l’erreur?

R : Prouvez-moi cela et je ne prêcherai plus la perfection. Mais comprenez-moi bien: ce n’est pas sur telle ou telle personne que j’établis la doctrine, peu m’importe que telle ou telle personne se trompe, mais si jusqu’à présent personne n’a été rendu parfait, Dieu ne m’a pas envoyé pour prêcher la perfection. Voici un cas semblable: pendant beaucoup d’années j’ai prêché «Il y a une paix de Dieu qui surpasse toute intelligence.» Prouvez-moi que cette parole est tombée à terre, que pendant tout ce temps-là personne n’a obtenu cette paix, qu’aujourd’hui il n’y en a aucun témoin vivant, et je ne la prêcherai plus. «Oh! Mais plusieurs personnes sont mortes dans cette paix.» Cela se peut mais il me faut des témoins vivants. Je ne puis savoir infailliblement que telle ou telle personne en soit un témoin mais si j’étais certain qu’il n’y en a aucun, j’abandonnerais cette doctrine. «Vous ne me comprenez pas. Je crois que certains, qui sont morts avec cet amour, l’ont reçu bien avant leur mort. Mais je n’étais pas certain que leur témoignage antérieur soit véridique jusqu’à quelques heures avant qu’ils meurent.» Vous n’aviez pas de certitude infaillible alors mais vous auriez pu avoir une certitude raisonnable avant; une telle certitude aurait pu éveiller et réconforter votre âme, et répondre à tous les autres buts chrétiens. Une telle certitude peut être acquise par toute personne candide si nous supposons qu’il y ait un témoin vivant, en parlant une heure avec cette personne dans l’amour et la crainte de Dieu.

Q : Mais qu’importerait que personne n’eût jamais obtenu la perfection, puisqu’en sa faveur il y a tant de témoins scripturaires?

R : Si j’étais convaincu que personne, en Angleterre, n’a obtenu ce qui a été si clairement et si fortement prêché par un grand nombre de prédicateurs, en beaucoup de lieux et pendant longtemps, je serais persuadé que nous nous serions tous mépris sur la signification de ces passages de l’Ecriture, et par conséquent je devrais aussi enseigner, désormais, que le péché demeurera jusqu’à la mort.

20. Le danger d’enthousiasme

En 1762, il y eut à Londres une augmentation considérable dans l’œuvre du Seigneur. Un grand nombre de personnes, jusqu’alors indifférentes pour les choses de Dieu, furent profondément convaincues de leur état de perdition; beaucoup d’entre elles trouvèrent leur rédemption dans le sang de Christ; plusieurs apostats furent convertis de nouveau et un nombre considérable de croyants firent profession d’être sauvés de tout péché.

Prévoyant facilement que Satan allait chercher à semer de l’ivraie parmi le grain, j’ai travaillé avec ardeur pour les instruire du danger, particulièrement en ce qui concerne l’orgueil et l’enthousiasme. Alors que je restai en ville, j’eus des raisons d’espérer qu’ils continueraient à la fois humbles et sobres d’esprit. Mais juste après que je sois parti, l’enthousiasme apparut. Deux ou trois commencèrent à prendre leurs propres imaginations pour des impressions venant de Dieu, et de là supposèrent qu’ils ne mourraient jamais et ceux-ci, œuvrant pour amener d’autres à la même opinion, occasionnèrent beaucoup de bruit et de confusion. Peu après, les mêmes personnes, avec quelques autres, s’adonnèrent à d’autres extravagances, imaginant qu’ils ne pouvaient plus être tentés, qu’ils ne devraient plus ressentir de douleurs et qu’ils avaient le don de prophétie et de discernement des esprits. A mon retour à Londres, en automne, certains acceptèrent une correction, mais d’autres se montrèrent réfractaires à toute instruction. Pendant ce temps, un flot de reproches m’arriva de toutes parts: d’eux parce que je les contrôlais en toutes occasions, et d’autres qui disaient que je ne les contrôlais pas. Néanmoins la main du Seigneur ne fut pas arrêtée, mais de plus en plus de pécheurs furent convaincus, alors que presque chaque jour certains étaient convertis à Dieu, et d’autres rendus capables de l’aimer de tout leur cœur.

21. La vie sans reproches

Au cours de cette période, un ami m’écrivit depuis les environs de Londres comme suit: «Ne soyez pas alarmé outre mesure du fait que Satan sème l’ivraie parmi le blé de Christ. Il en a toujours été ainsi, particulièrement lors de manifestations claires de son Esprit, et il en sera toujours ainsi jusqu’à ce qu’il soit enchaîné pour mille ans. Jusqu’alors il simulera toujours l’œuvre de l’Esprit du Christ et fera son possible pour la contrecarrer. Un triste effet de ceci fut que le monde, qui est toujours endormi dans les bras du mauvais, a ridiculisé chaque œuvre du Saint Esprit.»

Que peuvent donc faire les vrais chrétiens? Si ils agissaient d’une manière digne d’eux, ils devraient: (1) prier que chaque âme trompée soit délivrée, (2) faire cette demande dans un esprit de douceur, (3) et enfin prendre le soin le plus grand, par la prière et en étant vigilant, à ce que la tromperie d’autres n’amoindrisse pas leur zèle à chercher la sainteté universelle de l’âme, du corps et de l’esprit, «sans laquelle nul ne verra le Seigneur». A la vérité, cette nouvelle créature est tout simplement folie pour un monde fou mais c’est néanmoins la volonté et la sagesse de Dieu. Que chacun de nous la recherche!

Mais certains qui soutiennent cette doctrine dans son entier sont trop souvent coupables de limiter le Tout-Puissant. Il dispense ses dons selon son plaisir, par conséquent il n’est ni sage ni décent d’affirmer qu’une personne doive être croyante pour quelque durée de temps que ce soit, avant qu’elle soit capable de recevoir abondamment l’Esprit de sainteté. La manière habituelle de Dieu est une chose mais son plaisir souverain en est une autre. Il a de sages raisons à la fois pour accélérer et pour ralentir son œuvre. Parfois il vient soudainement et sans qu’on s’y attende, parfois seulement après que nous l’ayons cherché longuement.

A la vérité, mon opinion a été durant de nombreuses années qu’une raison importante pour laquelle les hommes font si peu de progrès dans la vie divine est leur propre froideur, négligence et incrédulité. Et cependant, je parle de croyants. Que l’Esprit de Christ nous donne un jugement droit dans toutes ces choses et «nous remplisse de toute la plénitude de Dieu» afin que nous soyons ainsi «parfaits et entiers, ne manquant de rien».

22. Les idées fausses sur le second avènement du Christ

En 1762, cinq ou six honnêtes enthousiastes prédirent que le monde finirait le 28 février. Je les contredis aussitôt par tous les moyens possibles, et en public et en particulier; je prêchai expressément sur le sujet-même à la rue West et à Spitalfields. Nombre de fois, j’avertis notre société et je parlai individuellement à autant de personnes qu’il me fut possible. Mes efforts portèrent du fruit, ces enthousiastes firent très peu de prosélytes, à peine trente dans toute notre société. Néanmoins, ils occasionnèrent beaucoup de bruit et fournirent un prétexte favorable à ceux qui épiaient chaque occasion contre moi, et ils augmentèrent beaucoup le nombre et le courage de ceux qui combattaient la perfection chrétienne.

23. Questions proposées à ceux qui nient que la perfection chrétienne puisse s’obtenir en cette vie

Quelques questions, alors publiées par un antagoniste de la perfection, engagèrent un homme de bon sens à écrire ce qui suit: «Questions humblement proposées à ceux qui nient que la perfection puisse s’obtenir en cette vie:

1. Sous l’Evangile, le Saint Esprit n’a-t-il pas été donné en une mesure plus abondante que sous la dispensation judaïque? Si cela n’est pas, en quel sens l’Esprit n’était-il pas donné avant que Christ fût glorifié?

2. La gloire qui suivit les souffrances de Christ était-elle une gloire extérieure ou une gloire intérieure, savoir la gloire de la sainteté?

3. Y a-t-il dans les Ecritures un seul endroit où Dieu nous commande plus qu’il ne nous promet?

4. Les promesses de Dieu touchant la sainteté doivent-elles s’accomplir dans cette vie ou seulement dans la vie à venir?

5. Le chrétien est-il placé sous des lois autres que celles que Dieu promet d’écrire dans nos cœurs?

6. En quel sens la justice de la loi est-elle accomplie en «ceux qui marchent, non selon la chair, mais selon l’Esprit»?

7. Est-il impossible à qui que ce soit ici-bas d’aimer Dieu «de tout son cœur, de toute sa pensés, de toute son âme et de toute sa force»? Et le chrétien est-il sous quelque loi qui ne soit point accomplie dans cet amour?

8. Est-ce la sortie de l’âme hors du corps qui effectue sa purification du péché intérieur?

9. S’il en est ainsi, n’est-ce pas une chose autre que le sang de Christ qui purifie l’âme de tout péché?

10. Si le sang de Christ nous purifie de tout péché pendant que l’âme et le corps sont unis, n’est-ce pas dans cette vie que cela s’opère?

11. Si la purification a lieu lorsque cette union cesse, n’est-ce pas dans l’autre vie qu’elle a lieu, et n’est-ce pas trop tard?

12. Si c’est à l’article de la mort, dans quelle situation se trouve l’âme lorsqu’elle n’est ni dans le corps ni hors du corps?

13. Christ nous a-t-il enseignés quelque part à prier pour ce qu’il a l’intention de ne jamais nous donner?

14. Ne nous a-t-il pas enseignés à prier: «Que ta volonté soit faite sur la terre comme elle est faite dans le ciel?» N’est-elle pas faite dans le ciel d’une manière parfaite?

15. S’il en est ainsi, ne nous a-t-il pas enseignés à prier pour la perfection sur la terre, et en conséquence n’a-t-il pas l’intention de la donner?

16. Paul ne priait-il pas selon la volonté de Dieu, lorsqu’il priait pour que les Thessaloniciens fussent sanctifiés entièrement et conservés (dans ce monde et non point dans l’autre, à moins qu’il ne priât pour les morts) irrépréhensibles de corps, d’âme et d’esprit, pour l’arrivée de Jésus-Christ?

17. Désirez-vous sincèrement être délivrés dans cette vie du péché intérieur?

18. Si vous le désirez, n’est-ce pas Dieu qui vous a donné ce désir?

19. Dieu ne vous a-t-il pas donné ce désir pour se moquer de vous, puisqu’il est impossible qu’il soit jamais satisfait?

20. Si vous n’avez pas même assez de sincérité pour désirer cette délivrance, ne disputez-vous sur un sujet trop élevé pour vous?

21. Demandez-vous quelquefois à Dieu de purifier les pensées de votre cœur, afin que vous puissiez l’aimer parfaitement?

22. Si vous ne désirez pas ce que vous demandez et si vous croyez ne pas pouvoir l’obtenir, ne priez-vous pas comme un insensé?»

Que Dieu vous aide à peser ces questions avec calme et impartialité!

24. Le témoignage de Jane Cooper

A la fin de cette année, Dieu a rappelé à lui cette brûlante et brillante lumière: Jane Cooper. Alors qu’elle était un témoin à la fois vivant et mourant de la perfection chrétienne, il n’est pas du tout étranger au sujet d’ajouter une courte présentation de sa mort, avec une de ses propres lettres, contenant un récit simple et frais de la manière dont il plût à Dieu de réaliser ce grand changement dans son âme:

«2 mai 1761. Je crois que tant que ma mémoire demeure, la gratitude continuera. Depuis le moment où vous prêchâtes sur Galates 5.5, je vis clairement l’état véritable de mon âme. Ce sermon décrivit mon cœur et ce qu’il voulait, à savoir le vrai bonheur. Vous lûtes la lettre de Monsieur M., et elle décrivait la religion que je désirais. Depuis ce moment le but m’apparut et il me fut possible de le poursuivre avec ardeur. Je continuai à prier, à certains moments dans la détresse, à d’autres moments dans une attente patiente de la bénédiction. Quelques jours avant votre départ de Londres, mon âme se reposa sur une promesse que j’avais reçue dans la prière: «Et soudain entrera dans son temple le Seigneur que vous cherchez». Je crus à cela, et qu’il serait là comme un feu purificateur. Le mardi après que vous soyez parti, je crus que je ne pourrais pas dormir, à moins qu’il n’accomplisse sa parole cette nuit. Auparavant, je n’avais jamais compris la force de ces mots: «Arrêtez, et sachez que je suis Dieu». Je devins néant face à lui, et mon âme fut parfaitement apaisée. Je ne savais pas s’il avait détruit mon péché mais je désirais le savoir afin de le louer. Cependant, je perçus rapidement le retour de l’incrédulité et je gémis, accablée. Mercredi, je vins à Londres et je cherchais le Seigneur sans cesse. Je promis que s’il me sauvait du péché, je le louerais. Je pourrais me séparer de toute chose, afin de gagner Christ. Mais je réalisai que ces demandes n’avaient aucune valeur et que s’il me sauvait, cela devrait être librement, par égard pour son nom. Jeudi, je fus tellement tentée que je pensai à me détruire moi-même, ou ne plus jamais parler avec des membres du peuple de Dieu, et cependant je ne doutais point de son amour miséricordieux; mais c’était pire que la mort d’aimer mon Dieu, mais pas mon Dieu seul. Vendredi, ma détresse devint plus profonde. J’essayai de prier, mais je ne le pus point. J’allai chez Mme D., qui pria pour moi, et me dit que c’était la mort du cœur naturel. J’ouvris ma Bible sur Apocalypse 21.8 «pour les lâches, les incrédules … leur part sera dans l’étang ardent de feu et de soufre.» Je ne pus le supporter. J’ouvris à nouveau, sur Marc 16.6-7: «Ne vous épouvantez pas, vous cherchez Jésus de Nazareth … allez dire à ses disciples … qu’il vous précède en Galilée, c’est là que vous le verrez.» Je fus encouragée et capable de prier, confiante dans le fait que je verrai Jésus chez moi. Je revins cette nuit, et rencontrai Mme G. Elle pria pour moi, et moi qui croyais à la prédestination je n’eus aucune objection, mais simplement: «Seigneur, tu ne fais point acception de personne». Il démontra qu’il n’en tenait pas compte, car il me bénit. En ce moment je fus capable de saisir Jésus-Christ, et trouvais le salut par la foi simple. Le Seigneur et Roi m’assura qu’il était en moi, et que je ne verrai plus de mal. Je bénis alors celui qui m’avait visitée et rachetée, qui était devenu ma «sagesse, justice, sanctification et rédemption». Je vis Jésus pleinement aimable et je sus qu’il était mien dans tous ses offices. Et maintenant, à lui la gloire, il règne dans mon cœur sans rival. Je n’ai d’autre volonté que la sienne. Je ne ressens aucun orgueil, ni d’autre affection que ce qui est placé en lui. Je sais que c’est par la foi que je tiens, et que veiller dans la prière doit être le gardien de ma foi. Je suis heureuse en Dieu à l’heure présente, et je suis confiante pour la suite. J’ai souvent lu le chapitre que vous mentionnez (1 Corinthiens 13), et j’y ai comparé mon coeur et ma vie. En faisant cela je perçois mes manquements, ainsi que mon besoin du sang expiatoire. Cependant, je n’ose pas dire que je ne ressente pas dans une certaine mesure l’amour décrit là, même si je ne suis pas tout ce que je devrais être. Je désire me perdre dans cet «amour qui surpasse toute connaissance». Je vois «le juste vivra par la foi» et à moi, qui suis la moindre de tous les saints, cette grâce est donnée. Si j’étais un archange, je devrais voiler ma face devant lui, et laisser le silence dire sa louange!»

L’exposition suivante est donnée par une personne qui fut un témoin direct de ce qu’elle relate: (1) Au début de novembre, elle semblât avoir un pressentiment de ce qui allait lui arriver, et chantait fréquemment ces mots: «Quand la douleur domine sur cette faible chair, arme mon cœur d’une patience d’agneau.» Et quand elle me fit chercher, pour me faire savoir qu’elle était malade, elle écrivit dans sa note: «Je souffre de la volonté de Jésus. Tout ce qu’il m’envoie est adouci par son amour. Je suis aussi heureuse que si j’avais entendu une voix dire: «Pour moi mon grand frère reste, et les anges me font signe de partir, et Jésus m’invite à venir!» » (2) Lorsque je lui disais: «je ne puis choisir la vie ou la mort pour vous», elle dit: «j’ai demandé au Seigneur que, si c’était sa volonté, je meure la première. Et il m’a dit, vous allez me survivre, et vous me fermerez les yeux.» Quand je réalisai que c’était la variole, je lui dis: «ma chère, ne seras-tu pas effrayée si nous te disons quelle est ta maladie?» Elle dit: «je ne puis être effrayée par sa volonté.» (3) La maladie pesa lourdement sur elle, mais sa foi en fut d’autant plus renforcée. Mardi, le 16 novembre, elle me dit: «j’ai été en adoration devant le trône de manière sublime, mon âme était tellement en Dieu!» Je dis: «Le Seigneur vous donna-t-il une promesse particulière?» Elle me répondit: «Non, c’était ce respect sacré qui n’ose bouger, tout le paradis silencieux de l’amour.» (4) Le jeudi, à ma question: «Qu’avez-vous à me dire?» Elle dit: «rien, si ce n’est ce que vous savez déjà: Dieu est amour.» Je lui demandai: «Avez-vous une promesse particulière?» Elle répondit: «Il semble que je n’en veuille aucune, je peux m’en passer. Je peux mourir comme un tas difforme, mais je vous retrouverai dans la gloire et, durant cet intervalle, j’aurais toujours la communion avec votre esprit.» (5) Monsieur M. demanda ce qu’elle considérait être le plus excellent chemin à suivre, et quels en étaient les obstacles majeurs. Elle répondit: «Le plus grand obstacle vient généralement de la disposition naturelle. La mienne était d’être réservée, très calme, de souffrir beaucoup, et d’en parler peu. Certains pourraient considérer un chemin plus excellent, certains un autre, mais ce qui compte est de vivre selon la volonté de Dieu. Durant les précédents mois, lorsque je fus particulièrement dévouée à cela, je perçus avec clarté la direction de l’Esprit, et l’onction que j’avais reçue du Saint Esprit m’enseigna tellement en toutes choses, que je n’avais pas besoin qu’aucun homme ne m’enseigne, si ce n’est selon la façon dont cette onction enseigne.» (6) Vendredi matin elle s’exprima ainsi: «je crois que je vais mourir.» Elle s’assit alors dans son lit et dit: «Seigneur, je te bénis car tu es toujours avec moi, et tout ce que tu as est mien. Ton amour est plus grand que ma faiblesse, plus grand que mon impuissance, plus grand que mon indignité. Seigneur, tu dis à la fosse: «tu es ma sœur». Gloire à toi, Ô Jésus, tu es mon Frère. Fais-moi comprendre, avec tous les saints, la longueur, la largeur, la profondeur et la hauteur de ton amour! Bénis-les (certaines personnes qui étaient présentes) qu’ils soient en tout temps entraînés en toutes choses comme tu voudrais qu’ils le soient.» (7) Quelques heures plus tard, il semblait qu’elle était à l’agonie, mais son visage était plein de sourires triomphants, et elle battait des mains de joie. Mme C. dit: «ma chère, tu es plus que victorieuse par le sang de l’Agneau.» Elle répondit: «Oui, Oh oui, doux Jésus! Ô mort, où est ton aiguillon?» Puis elle demeura comme endormie pour un temps. Ensuite, elle s’efforça de parler, mais ne put pas. Néanmoins, elle témoigna de son amour en serrant la main de chacun dans la pièce. (8) Monsieur W. arriva à ce moment. Elle dit: «Monsieur, je ne savais pas que je vous verrais encore durant cette vie. Mais je suis heureuse que le Seigneur m’ait donné cette occasion ainsi que de pouvoir vous parler. Je vous aime. Vous avez toujours prêché la plus stricte doctrine; et j’ai aimé la suivre. Continuez donc, que cela plaise ou déplaise.» Il demanda: «Croyez-vous que vous soyez sauvée du péché?» Elle répondit: «Oui, je n’ai plus aucun doute de cela depuis des mois. Si j’en ai eu, ce fut parce que je ne demeurais pas dans la foi, et l’amour parfait chasse toute crainte. Quant à vous, le Seigneur me promit que vos dernières œuvres surpasseraient les précédentes, bien que je ne serai pas vivante pour les voir. Je fus une grande enthousiaste, comme ils appellent cela, pendant ces six mois; mais je ne vécus jamais si près du cœur de Christ durant ma vie. Vous désirez, Monsieur, conforter le cœur de centaines de personnes en suivant cette simplicité qu’aime votre âme.» (9) A une personne qui avait reçu l’amour de Dieu suite à sa prière, elle dit: «j’ai le sentiment que je n’ai pas suivi une fable créée avec ruse, car je suis aussi heureuse que je puisse l’être. Allez de l’avant, sans vous arrêter avant le but.» A Mlle M. elle dit: «Aimez Christ, il vous aime. Je crois que je vous verrai à la droite de Dieu, mais «comme une étoile diffère en éclat d’une autre étoile, ainsi en sera-t-il à la résurrection». Je vous demande, en présence de Dieu, de me rejoindre pour ce jour de gloire. Evitez toute conformité avec le monde. Vous êtes dépossédée de beaucoup de vos privilèges. Je sais que je serai trouvée sans reproche. Œuvrez à être trouvée par lui en paix, sans tache». (10) Samedi matin, elle pria à peu près ainsi: «Je sais, mon Seigneur, que ma vie est prolongée uniquement pour faire ta volonté. Et bien que je ne doive plus jamais manger ou boire, (elle n’avait pas avalé quoi que ce soit depuis près de quarante huit heures,) que ta volonté soit faite. J’accepte d’être gardée ainsi pour douze mois: l’homme ne vit pas de pain seulement. Je te loue car il n’y a pas l’ombre d’une plainte dans nos rues. En ce sens, nous ne savons pas ce que signifie la maladie. En vérité, Seigneur, ni la vie, ni la mort, ni les choses présentes, non, ni aucune créature, ne pourra nous séparer de ton amour même pour un instant. Bénis-les, qu’il n’y ait aucun manque dans leur âme. J’ai confiance qu’il n’y en aura pas. Je prie avec foi.» Dimanche et lundi, elle semblait absente, mais par moments consciente. Il fut alors clair que son cœur était toujours au ciel. Une personne lui dit: «Jésus est notre but.» Elle répondit: «Je n’ai qu’un but, je suis toute spirituelle.» Mlle M. lui dit: «vous demeurez en Dieu.» Elle répondit: «Complètement.» Une personne lui demanda: «M’aimez-vous?» Elle répondit: «Oh, j’aime Christ; j’aime mon Christ.» A un autre elle dit: «je ne serai plus là longtemps; Jésus est précieux, très précieux en vérité.» Elle dit à Mlle M.: «Le Seigneur est très bon, il garde mon âme avant tout.» Quinze heures avant qu’elle ne meure, elle eut de fortes convulsions, ses souffrances étaient extrêmes. Une personne dit: «Vous êtes rendue parfaite à travers les souffrances.» Elle dit: «c’est de plus en plus vrai.» Après avoir reposé paisiblement pour un temps, elle dit: «Seigneur, tu es fort!» Puis, après une considérable pause, elle murmura ces derniers mots: «Mon Jésus est tout pour moi, gloire à lui maintenant et pour toujours.»

Après cela, elle demeura immobile environ une demi-heure, puis expira sans un soupir ou gémissement.

25. Pensées ultérieures sur la perfection chrétienne

L’année suivante, comme le nombre de ceux croyant être sauvés du péché continuait d’augmenter, je jugeai nécessaire de publier, principalement pour leur usage, les Pensées ultérieures sur la perfection chrétienne. En voici un extrait:

Q1: Comment «Christ est-il la fin de la loi en justice à tout croyant?»

R : Pour le comprendre, il faut comprendre quelle est la loi dont il est ici parlé. Je pense que c’est (1) la loi mosaïque, toute la dispensation mosaïque, dont Paul parle continuellement comme d’une seule loi, quoiqu’elle contienne trois parties: la partie politique, la partie morale et la partie cérémonielle, (2) la loi adamique, donnée à Adam dans l’état d’innocence et proprement appelée «la loi des œuvres»: celle-ci est en substance la même que la loi angélique, étant commune aux anges et aux hommes. Elle exigeait que l’homme employât à la gloire de Dieu toutes les facultés avec lesquelles il fut créé. Or il fut créé exempt de tout défaut, soit dans son intelligence, soit dans ses affections. Son corps n’était pas alors une entrave pour l’esprit, il ne l’empêchait pas de concevoir clairement toutes choses, de les juger avec vérité et de raisonner avec justesse, en supposant qu’il raisonnât. Je dis en supposant qu’il raisonnât, car peut-être il ne le faisait pas, peut-être il n’avait nul besoin de raisonner avant que son corps corruptible eût affaibli son esprit et détérioré ses facultés originelles. Jusqu’alors son esprit voyait peut-être chaque vérité qui se présentait aussi directement que l’œil voit maintenant la lumière. En conséquence, cette loi, proportionnée aux facultés originelles d’Adam, exigeait qu’il pensât toujours, qu’il parlât toujours, et qu’il agît toujours d’une manière parfaite en toutes choses. Il était capable de le faire et Dieu devait exiger l’obéissance qu’Adam pouvait rendre. Mais Adam tomba et son corps incorruptible devint corruptible. Depuis cette époque, le corps est une entrave pour l’âme dont il gêne les opérations; de là vient qu’à présent, aucun fils des hommes ne peut, en toute circonstance, concevoir clairement ni juger avec vérité, et lorsque le jugement et la conception sont faux, il est impossible de raisonner avec justesse. C’est pourquoi l’erreur est aussi naturelle à l’homme que la respiration; il ne peut pas plus vivre sans l’une que sans l’autre. En conséquence, nul homme n’est capable de pratiquer l’obéissance exigée par la loi adamique. Et nul homme n’est obligé de la pratiquer; Dieu ne l’exige d’aucun homme car Christ est la fin de la loi adamique aussi bien que de la loi mosaïque. Par sa mort il a mis fin à toutes les deux, il a aboli l’une et l’autre à l’égard de l’homme, et l’obligation d’observer l’une ou l’autre n’existe plus. Aucun homme vivant n’est tenu d’observer la loi adamique non plus que la loi mosaïque comme condition du salut présent ou futur. Au lieu de cette loi, Christ en a établi une autre, savoir: la loi de la foi. Et maintenant ce n’est pas celui qui fait les œuvres, mais celui qui croit, qui reçoit la justice dans la pleine signification du mot, c’est-à-dire qu’il est justifié, sanctifié et glorifié.

Q2: Sommes-nous donc morts à la loi?

R : Nous sommes morts à la loi au moyen du corps de Christ donné pour nous, à la loi adamique aussi bien qu’à la loi mosaïque. Nous en sommes entièrement délivrés par sa mort car cette loi a expiré avec lui.

Q3: Comment donc ne sommes-nous pas sans loi quant à Dieu, mais sous la loi de Christ?

R : Nous sommes sans la loi des œuvres mais il ne s’ensuit pas que nous soyons sans aucune loi, car Dieu à établi une autre loi à sa place, savoir: la loi de la foi, et nous sommes tous sous cette loi par rapport à Dieu et à Christ; notre créateur et notre rédempteur exigent que nous l’observions.

Q4: L’amour est-il l’accomplissement de cette loi?

R : Oui, sans aucun doute. Toute la loi sous laquelle nous sommes maintenant est accomplie par l’amour, la foi agissant par l’amour est tout ce que Dieu exige maintenant de l’homme. Il a substitué, non pas la sincérité mais l’amour, à la place de la perfection angélique.

Q5: Comment l’amour est-il «la fin du commandement?»

R : L’amour est la fin de chaque commandement de Dieu, il est le but auquel vise toute la religion chrétienne, dans son sentier et dans chacune de ses parties. Le fondement en est la foi purifiant le cœur, la fin en est l’amour conservant une bonne conscience.

Q6: Qu’est-ce que cet amour?

R : C’est aimer le Seigneur notre Dieu «de tout notre cœur, de toute notre pensée, de toute notre âme, de toute notre force, et notre prochain, tout homme, comme nous-mêmes», comme notre propre âme.

Q7: Quels sont les fruits et les propriétés de cet amour?

R : Paul nous en instruit au long: l’amour use de patience; il supporte toutes les faiblesses des enfants de Dieu, toute la méchanceté des enfants du monde et cela, non pas pour quelque temps seulement mais aussi longtemps que Dieu le permet. En toutes choses il voit la main de Dieu et s’y soumet volontairement. En même temps, l’amour use de bonté; en toute circonstance il supporte, il est humble, doux, tendre, débonnaire. L’amour ne porte pas envie, il bannit du cœur toute espèce et tout degré d’envie. L’amour ne se vante pas, il ne s’enfle pas, il ne se conduit pas avec violence et opiniâtreté; il ne porte aucun jugement sévère ni téméraire; il n’agit pas malhonnêtement, il n’est pas dur, emporté; il ne cherche pas son propre intérêt, ses aises, son plaisir, son honneur, son profit; il ne pense pas le mal; il bannit toute jalousie, tout soupçon et la promptitude à croire le mal; il ne se réjouit pas de l’injustice, il pleure du péché ou de la folie de ses ennemis les plus acharnés; il se plaît avec la vérité, la sainteté et le bonheur de tous les enfants des hommes. L’amour supporte tout; il ne médit de personne, il croit toute chose, tout ce qui tend à l’avantage d’autrui; il espère toute chose, tout ce qui peut atténuer les fautes qu’il ne peut nier, et il endure toutes les choses que Dieu peut permettre, ou que les hommes et les démons peuvent faire. C’est là la loi de Christ, la loi parfaite, la loi de la liberté. Et cette distinction entre la loi de la foi (ou de l’amour) et la loi des œuvres n’est ni subtile ni inutile. C’est une distinction claire, facile et compréhensible pour toute intelligence ordinaire et elle est absolument indispensable pour prévenir mille doutes et mille craintes chez ceux-là même qui marchent dans l’amour.

Q8: Mais les meilleurs d’entre nous ne bronchent-ils pas en plusieurs choses, même contre cette loi?

R : En un sens nous ne bronchons pas tandis que tous nos sentiments, toutes nos pensées, nos paroles et nos œuvres découlent de l’amour; mais en un autre sens nous bronchons et nous broncherons aussi longtemps que nous serons dans ce corps car ni l’amour, ni l’onction qui vient d’en-haut ne nous rendent infaillibles. En conséquence, à cause de la défectuosité inévitable de notre intelligence, nous ne pouvons que nous tromper en beaucoup de choses et fréquemment, de telles erreurs occasionneront quelque chose de fautif dans nos sentiments, nos paroles et nos actions. En nous trompant sur le caractère d’une personne, nous pouvons l’aimer moins quelle ne le mérite réellement et cette erreur nous conduit inévitablement à en parler ou à agir à son égard d’une manière contraire en quelque chose à cette loi d’amour.

Q9: N’avons-nous pas besoin de Christ, même sous ce rapport?

R : Les hommes les plus saints ont encore besoin de Christ comme de leur prophète, la lumière du monde, car c’est continuellement qu’ils puisent en lui leur lumière et si elle leur était refusée un instant, tout en eux deviendrait ténèbres. Ils ont encore besoin de Christ comme de leur roi car Dieu n’établit pas en eux un fonds inhérent de sainteté, mais si la sainteté ne leur était sans cesse communiquée, tout en eux deviendrait souillure. Ils ont encore besoin de Christ comme de leur sacrificateur, pour faire l’expiation de leurs «saintes offrandes», car même la sainteté parfaite du croyant n’est acceptée de Dieu que par Jésus-Christ.

Q10: Les hommes les plus saints peuvent-ils donc employer ces paroles: «En moi-même je ne suis que péché, ténèbres et enfer, mais Tu es ma lumière, ma sainteté, mon ciel.»?

R : Ces paroles ne sont pas exactes, mais les hommes les plus saints peuvent dire: «Tu es ma lumière, ma sainteté, mon ciel. Par mon union avec toi je suis rempli de lumière, de sainteté et de bonheur, mais si j’étais laissé à moi-même, je ne serais que péché, ténèbres et enfer.» Mais pour aller plus loin, les meilleures personnes ont besoin de Christ comme de leur prêtre, expiation, et avocat auprès du Père, non seulement parce que la continuation de toutes leurs bénédictions est fondée sur sa mort et intercession, mais aussi en raison de leurs manquements à la loi d’amour. Car toute personne vivante fait ainsi. Vous qui ressentez tout l’amour, comparez-vous avec la description précédente. Evaluez-vous selon ce critère et voyez si vous n’avez pas de manquements en beaucoup de points.

Q11: Mais si tout cela est cohérent avec la perfection chrétienne, que la perfection n’est pas la liberté de tout péché; si nous comprenons que «le péché est la transgression de la loi», alors les parfaits transgressent la loi-même dont ils dépendent. Par ailleurs, ils ont besoin de l’expiation de Christ et il n’est l’expiation de rien d’autre que du péché. Le terme «perfection sans péché» est-il alors adapté?

R : Il n’est pas utile de se disputer sur ce sujet. Mais il faut observer dans quel sens les personnes en question ont besoin de l’expiation du Christ. Ils n’ont pas besoin qu’il les réconcilie avec Dieu à nouveau car ils sont réconciliés. Ils n’ont pas besoin qu’il restaure pour eux la faveur de Dieu, mais de la continuer. Il ne procure pas à nouveau un pardon pour eux, mais «étant toujours vivant pour intercéder en leur faveur», «par une seule offrande, il a amené à la perfection pour toujours ceux qui sont sanctifiés». Par manque d’une juste considération, certains nient qu’ils ont besoin de l’expiation de Christ; en vérité extrêmement peu, je ne me rappelle pas en avoir trouvé cinq en Angleterre. Entre la perfection et l’expiation, j’abandonnerais en premier la perfection, mais nous n’avons pas besoin d’abandonner l’un ou l’autre. La perfection à laquelle je m’attache, l’amour «se réjouissant continuellement, priant sans cesse, et rendant grâce en toute chose», est pleinement consistant avec cela; si quelqu’un s’attache à une perfection qui ne l’est pas, ils doit considérer cela.

Q12: La perfection chrétienne implique-t-elle quelque chose de plus que la sincérité?

R : Non si par sincérité nous entendez l’amour remplissant le cœur, chassant l’orgueil, la colère, la convoitise, la volonté propre; se réjouissant toujours, priant sans cesse et rendant grâce en toutes choses. Mais je pense que peu de personnes donnent ce sens au mot sincérité, c’est pourquoi le mot perfection est préférable. Un homme peut être sincère et avoir tous ses sentiments naturels, l’orgueil, la colère, la convoitise, la volonté propre mais il ne peut être parfait jusqu’à ce que son cœur ait été purifié de ces choses-là et de toutes ses autres taches. Je m’expliquerai plus clairement encore sur ce point: je connais plusieurs hommes qui aiment Dieu de tout leur cœur, Dieu est leur seul désir, leurs seules délices et ils sont continuellement heureux en lui, ils aiment leur prochain comme eux-mêmes, le bonheur de tout homme, bon ou méchant, ami ou ennemi, est désiré par eux aussi sincèrement et aussi constamment que leur propre bonheur, ils se réjouissent toujours, prient sans cesse, et rendent grâce en toutes choses, continuellement leurs âmes s’élèvent à Dieu dans une joie sainte, dans la prière et dans la louange. C’est un fait et ce fait est clair, raisonnable et conforme aux Ecritures. Mais ces âmes-là demeurent dans un corps infirme qui les entrave et les empêche de penser, de parler et d’agir toujours d’une manière parfaitement juste, comme elles le voudraient. Le manque de meilleurs organes corporels les contraint quelquefois à penser, à parler ou à agir d’une manière défectueuse, non point par manque d’amour mais par un défaut de connaissance, et cependant ils accomplissent la loi d’amour malgré ce défaut et ses conséquences. Toutefois, comme, même en ce cas, la conformité à la loi parfaite n’est pas complète, les hommes les plus parfaits ont à cet égard besoin du sang de l’expiation et pour eux-mêmes proprement aussi bien que pour leurs frères, ils peuvent dire: «Pardonne-nous nos offenses.»

Q13: Mais si Christ a mis fin à la loi, quel besoin y a-t-il d’expiation pour leurs offenses?

R : Remarquez en quel sens Christ a mis fin à cette loi et la difficulté s’évanouira. Si ce n’était à cause du mérite permanent de sa mort et de sa continuelle intercession pour nous, cette loi nous condamnerait encore, c’est pourquoi, pour chacune de ces transgressions, nous avons encore besoin de la propitiation.

Q14: Celui qui est sauvé du péché peut-il être tenté?

R : Oui, car Christ fut tenté.

Q15: Ce que vous appelez tentation, je l’appelle corruption de mon cœur. Comment distinguerez-vous l’une de l’autre?

R : Dans certains cas, il est impossible de les distinguer sans le témoignage direct de l’Esprit, cependant en général, voici comment on peut les distinguer: 1) Quelqu’un me loue: c’est une tentation à l’orgueil mais aussitôt mon âme est humiliée devant Dieu et je ne sens aucun orgueil; et je le sais aussi certainement que je sais que l’orgueil n’est pas l’humilité. 2) Un homme me frappe: c’est une tentation à la colère mais mon cœur est rempli d’amour et je ne sens aucune colère; et je le sais aussi certainement que je sais que l’amour n’est pas la colère. 3) Une femme me racole: il y a là une tentation à la concupiscence mais dans l’instant je recule et je ne ressens nul désir ou convoitise; de cela je suis aussi sûr que je sais si ma main est chaude ou froide. Voilà ce qui se passe lorsque je suis tenté par un objet présent, et il en est de même si le diable rappelle à mon esprit une louange, une injure, ou une femme: dans l’instant l’âme repousse la tentation et demeure remplie du pur amour. La différence est encore plus claire lorsque je compare mon état présent avec mon état passé, où je sentais non seulement la tentation mais aussi la corruption.

Q16: Comment savez-vous que vous êtes sanctifié, sauvé de votre corruption intérieure?

R : Je ne puis le savoir que comme je sais que je suis justifié: «à ceci nous connaissons que nous sommes de Dieu», dans l’un et l’autre sens, «savoir, par l’Esprit qu’il nous a donné». Nous le savons par le témoignage et par le fruit de l’Esprit. Et d’abord par le témoignage: quand nous fûmes justifiés, l’Esprit rendit témoignage à notre esprit que nos péchés nous étaient pardonnés; de la même manière, quand nous fûmes sanctifiés, l’Esprit nous rendit témoignage que nos péchés étaient enlevés. Il est vrai que le témoignage de la sanctification n’est pas toujours clair d’abord (non plus que celui de la justification), et plus tard il n’est pas toujours le même mais, comme celui de la justification, il est quelquefois plus ou moins positif et quelquefois même il est retiré. Toutefois, en général, le témoignage de l’Esprit quant à la sanctification est aussi clair et aussi assuré qu’à l’égard de la justification.

Q17: Mais quel besoin y a-t-il de ce témoignage puisque la sanctification est un changement réel et non pas seulement, comme la justification, un changement relatif?

R : Mais la nouvelle naissance est-elle un changement seulement relatif? N’est-elle pas un changement réel? Oui sans doute; c’est pourquoi, si nous n’avions pas besoin du témoignage de notre sanctification parce qu’elle est un changement réel, par la même raison nous n’aurions pas besoin du témoignage que nous sommes nés de Dieu.

Q18: Mais la sanctification ne brille-t-elle pas par sa propre lumière?

R : La nouvelle naissance ne brille-t-elle pas aussi? Oui dans certains cas, et il en est de même de la sanctification, mais à l’heure de la tentation Satan obscurcit l’œuvre de Dieu: il suggère des doutes et des raisonnements de plusieurs sortes, surtout chez ceux qui ont une intelligence très forte ou très faible. Dans de tels moments, il y a un besoin absolu du témoignage de l’Esprit sans lequel l’œuvre de la sanctification ne pourrait ni être discernée, ni subsister plus longtemps. Sans ce témoignage, l’âme ne pourrait alors demeurer dans l’amour de Dieu et encore bien moins se réjouir sans cesse et rendre grâce en toutes choses; c’est pourquoi, dans de telles circonstances, un témoignage direct que nous sommes sanctifiés est tout à fait nécessaire. «Mais je n’ai pas le témoignage d’être sauvé du péché et cependant je n’en ai aucun doute.» Aussi longtemps que vous n’en doutez point, cela va bien; lorsque vous aurez des doutes, le témoignage de l’Esprit vous deviendra nécessaire.

Q19: Mais quel texte fait mention de ce témoignage et nous donne lieu de l’attendre?

R : Ce texte-ci: «Nous avons reçu, non pas l’esprit du monde, mais l’Esprit qui vient de Dieu, afin que nous connaissions les choses qui nous ont été données par Dieu.» Or la sanctification est assurément une des choses qui nous ont été données de Dieu, et il serait impossible de l’en excepter quand l’apôtre dit «Nous avons reçu l’Esprit» expressément dans ce but, que nous connaissions les choses qui nous ont été ainsi données. Cette même vérité n’est-elle pas renfermée dans ce texte bien connu: «L’Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu»? Témoigne-t-il cela seulement à ceux qui sont enfants de Dieu dans le sens le plus faible? Non, il le témoigne aussi à ceux qui sont tels dans le sens le plus élevé. Et ne leur témoigne-t-il pas qu’ils sont enfants de Dieu dans le sens le plus élevé? Quel motif aurions-nous d’en douter? Si quelqu’un affirmait (comme plusieurs l’affirment), que le témoignage d’adoption n’est donné qu’aux chrétiens les plus avancés, ne répondriez-vous pas: «L’apôtre ne fait point de restrictions, c’est pourquoi ce témoignage appartient assurément à tous les enfants de Dieu.» Eh bien! Cette même réponse est bonne contre ceux qui affirmeraient que le témoignage n’appartient qu’aux chrétiens les moins avancés. Examinez aussi ces paroles de 1 Jean 5.19: «Nous savons que nous sommes de Dieu.» Comment le savons-nous? «Par l’Esprit qu’il nous a donné»; oui, et «par là nous savons qu’il demeure en nous». Et quel motif l’Ecriture ou la raison nous donneraient-elles pour prétendre que ces paroles ne renferment pas le témoignage aussi bien que le fruit de l’Esprit? C’est donc par l’Esprit que «nous savons que nous sommes de Dieu» et en quel sens nous sommes tels, soit que nous soyons petits enfants, jeunes gens, ou pères, nous le savons de la même manière. Je n’affirme pas que tous les jeunes gens, ni même les pères en la foi, aient ce témoignage à chaque moment, il peut y avoir des interruptions du témoignage direct qu’ils sont ainsi nés de Dieu mais ces interruptions deviennent plus courtes et plus rares, à mesure qu’ils croissent en Christ et plusieurs ont le témoignage de leur justification et de leur sanctification sans aucune interruption. Je pense que tous pourraient l’avoir ainsi s’ils marchaient avec Dieu humblement et constamment.

Q20: Quelques-uns d’entre eux ne peuvent-ils pas avoir, par le Saint-Esprit, le témoignage qu’ils «persévèreront jusqu’à la fin»?

R : Cela est possible, et la persuasion que ni la vie ni la mort ne les sépareront de Dieu peut leur être fort utile en certaines circonstances. Nous devons donc les encourager à «retenir ferme, jusqu’à la fin, le commencement de leur confiance.»

Q21: Mais quelques-uns ont-ils, par l’Esprit, un témoignage qu’ils ne pècheront plus?

R : Nous ignorons ce que Dieu peut accorder à quelques personnes particulières mais nous ne trouvons, dans les Ecritures, aucun état général d’où l’homme ne puisse déchoir pour retourner au péché. S’il y avait un état où cela fût impossible, ce serait l’état de ceux qui sont sanctifiés, qui sont «pères en Christ, qui se réjouissent sans cesse, prient sans cesse et rendent grâce en toutes choses» mais il n’est pas impossible que de tels chrétiens se retirent de la foi; ceux qui sont sanctifiés peuvent cependant tomber et périr. Les pères en Christ ont eux-mêmes besoin de cet avertissement: «N’aimez point le monde»; ceux qui «se réjouissent sans cesse, qui prient toujours et qui rendent grâce en toutes choses» peuvent néanmoins «éteindre l’Esprit». Et ceux-là mêmes qui sont «scellés pour le jour de la rédemption» peuvent cependant «attrister le Saint-Esprit de Dieu». Ainsi donc, quoique Dieu puisse donner un tel témoignage à quelques personnes particulières, toutefois il ne peut être attendu par tous les chrétiens en général, car les Ecritures ne fournissent aucune base pour cette attente.

Q22: Par quel «fruit de l’Esprit» pouvons-nous connaître que «nous sommes de Dieu», même dans le sens le plus élevé?

R : Par l’amour, la joie, la paix, habitant sans cesse dans l’âme; par un long support, une patience, une résignation invariables; par une douceur qui triomphe de toutes les injures; par la bonté, l’humilité, la débonnaireté, la tendresse d’esprit; par la fidélité, la simplicité et la sincérité; par le calme, la sérénité de l’esprit; par la modération non seulement dans la nourriture et le sommeil, mais aussi dans toutes les choses naturelles et spirituelles.

Q23: Mais n’avons-nous pas toutes ces choses, quand nous sommes justifiés?

R : Quoi! Une entière résignation à toute la volonté de Dieu, sans aucun mélange de votre volonté propre? Une douceur sans aucun sentiment de colère, même au moment où l’on nous provoque? Un amour pour Dieu sans le moindre amour pour la créature, sinon en Dieu et pour Dieu? Un amour pour l’homme qui exclut tout orgueil, toute envie, toute jalousie et tout jugement téméraire? Une douceur conservant l’âme entière dans un calme inaltérable? Et la modération en toutes choses? Dites, si vous l’osez, que personne n’arriva jamais à un tel état mais ne dites pas que ce soit l’état de tous ceux qui sont justifiés.

Q24: Mais c’est l’état de quelques hommes nouvellement justifiés. Que dirons-nous donc à leur égard?

R : Je dirai que s’ils sont tels, ils sont entièrement sanctifiés, sauvés du péché en ce moment-là et qu’ils peuvent ne perdre jamais la délivrance que Dieu leur a donnée mais assurément, ce serait un cas particulier. Il en est autrement pour la généralité de ceux qui sont justifiés: ils sentent en eux-mêmes plus ou moins d’orgueil, de colère, de volonté propre et un cœur porté à s’éloigner de Dieu. Toutes ces choses ne disparaissent que lorsqu’ils sont pleinement «renouvelés dans l’amour».

Q25: Mais n’est-ce pas le cas de tous ceux qui sont justifiés? Ne meurent-ils pas graduellement au péché alors qu’ils croissent dans la grâce jusqu’à la mort, ou peut-être un peu avant, où Dieu les rend parfaits dans l’amour?

R : Je crois que c’est le cas de la plupart mais non de tous. Dieu donne habituellement un temps considérable aux hommes pour qu’ils reçoivent la lumière, pour croître dans la grâce, pour faire et souffrir sa volonté, avant qu’ils soient justifiés ou sanctifiés mais il n’adhère pas invariablement à cela. Parfois il abrège son œuvre: il fait l’œuvre de nombreuses années en quelques semaines, peut-être même en une semaine, un jour, une heure. Il justifie ou sanctifie à la fois ceux qui n’ont rien fait ou souffert, et qui n’ont pas eu de temps pour une croissance graduelle dans la lumière ou dans la grâce. Et «ne m’est-il pas permis de faire de mon bien ce que je veux? Ou vois-tu d’un mauvais œil que je sois bon?» Il n’est pas nécessaire, par conséquent, d’affirmer encore et toujours, et de prouver par quarante texte de l’Ecriture, soit que la plupart des hommes sont rendus parfaits en amour à la fin, qu’il y a une œuvre graduelle de Dieu dans l’âme, ou que, en général, il y a une longue durée, parfois même des années, avant que le péché ne soit détruit. Nous savons tout cela, mais nous savons aussi que Dieu peut, avec la bonne disposition de la personne, «abréger l’œuvre» selon le degré qui lui plait, et faire l’œuvre qui prend habituellement de nombreuses années en un moment. Il fait ainsi dans de nombreux cas, néanmoins il y a une œuvre graduelle, à la fois avant et après ce moment, de telle sorte qu’une personne pourrait affirmer que l’œuvre est graduelle, une autre qu’elle est instantanée, et ceci sans aucune sorte de contradiction.

Q26: Ces paroles de Paul: «scellés de l’Esprit», veulent-elles dire plus qu’être «renouvelés dans l’amour»?

R : Dans un endroit elles ne signifient pas autant, mais dans un autre passage elles semblent renfermer le fruit et le témoignage, et cela à un degré plus élevé que nous ne l’éprouvons même au premier moment où nous sommes «renouvelés dans l’amour». Dieu nous «scelle de l’Esprit de la promesse» en nous donnant «la pleine assurance de l’espérance», c’est-à-dire une telle confiance de recevoir toute les promesses de Dieu qu’elle exclut la possibilité du doute; et le sceau de cet Esprit, c’est la sainteté universelle, gravant toute l’image de Dieu dans nos cœurs.

Q27: Mais comment ceux qui sont ainsi scellés peuvent-ils «attrister le Saint Esprit de Dieu»?

R : Paul vous le dit très particulièrement: (1) par toute conversation qui n’est profitable ni pour l’édification, ni pour communiquer la grâce aux auditeurs; (2) en retombant dans l’amertume ou par manque de bonté; (3) par l’énervement, le mécontentement durable, ou par manque de douceur; (4) par la colère, même brève, s’il n’y a pas de pardon immédiat; (5) par la médisance, les ragots, et en mentionnant sans nécessité la faute d’un absent, quelle que soit la manière doucereuse dont on parle.

Q28: Que pensez-vous de ces personnes de Londres qui paraissent avoir été dernièrement «renouvelées dans l’amour»?

R : Il y a quelque chose de très particulier dans l’expérience de la plupart d’entre elles. On penserait qu’un croyant doit être premièrement rempli d’amour, et par-là nettoyé de tout péché; tandis que ceux-ci furent d’abord nettoyés du péché et ensuite remplis d’amour. Peut-être Dieu a trouvé bon d’agir de cette manière pour rendre son œuvre plus claire et plus incontestable, et pour la distinguer plus positivement de ces torrents d’amour qu’on éprouve souvent, même dans l’état de justification. Cette conduite de Dieu semble tout à fait en accord avec la grande promesse: «Je vous nettoierai de toutes vos souillures; je vous donnerai un nouveau cœur, et je mettrai en vous un esprit nouveau». Mais je ne considère pas toutes ces choses comme identiques, il y a une grande différence entre certaines d’entre elles et d’autres. La plupart de ceux avec lesquels j’ai parlé ont beaucoup de foi, d’amour, de joie et de paix; ils ont le témoignage direct de leur renouvellement dans l’amour et dans toutes leurs paroles et leurs actions, ils manifestent les fruits mentionnés ci-dessus. Or donnez à cet état le nom qu’il vous plaira, quant à moi, je l’appelle perfection. Certains ont beaucoup d’amour, de paix et de joie, mais néanmoins ils n’ont pas le témoignage direct; et d’autres qui pensent l’avoir sont manifestement déficients quant aux fruits. Combien? Je ne puis dire. Peut-être un sur dix, peut-être plus, peut-être moins. Mais certains sont certainement déficients dans la patience ou la résignation chrétienne. Ils ne voient pas la main de Dieu dans tout ce qui arrive, pour l’accepter joyeusement. Ils ne rendent pas grâce en toute chose, ou ne se réjouissent pas toujours plus. Ils ne sont pas heureux car parfois ils se plaignent. Ils disent: c’est trop dur! Certains manquent de délicatesse, ils résistent au mal plutôt que de tendre l’autre joue. Ils ne reçoivent pas un reproche avec délicatesse, ni même une correction. Ils ne sont pas capables de supporter la contradiction sans au moins une apparence de ressentiment. S’ils sont corrigés ou contredits, même avec douceur, ils ne le prennent pas bien; ils se comportent avec plus de distance et de réserve qu’ils ne le faisaient auparavant. S’ils sont corrigés ou contredits durement, ils répondent avec dureté, en élevant la voix, ou avec une intonation de colère, ou d’une manière tranchante et revêche. Ils parlent de manière tranchante ou grossière lorsqu’ils corrigent d’autres et se comportent grossièrement avec ceux qui leur sont inférieurs. Certains manquent de bonté. Ils ne sont pas aimables, délicats, doux, gentils, tendres et aimants en tout temps, dans leur esprit, dans leurs paroles, dans leur regard et attitude, dans l’ensemble de leur comportement et ceci pour tous, importants ou non, riches ou pauvres, sans acception de personne, particulièrement envers ceux qui sont étrangers, opposants ou ceux de leur propre famille. Ils ne désirent pas, n’étudient pas, ne cherchent pas par tous les moyens à rendre tous ceux autour d’eux heureux. Ils peuvent les voir mal à l’aise sans se sentir concernés (peut-être en sont-ils à l’origine), ils essuient leur bouche et disent: «pourquoi, ils le méritent, c’est de leur faute». Certains manquent de fidélité, un doux égard pour la vérité, la simplicité et une sincérité sainte. Leur amour est difficilement sans dissimulation, quelque chose comme la ruse se trouve dans leurs paroles. Afin d’éviter la rudesse, ils penchent vers l’autre extrême. Ils sont mielleux à l’excès au point d’éviter de justesse un degré de servilité, ou de donner l’impression de vouloir dire ce qu’ils ne pensent pas. Certains manquent de douceur, de paix d’esprit, de calme, d’égalité d’humeur. Ils ont des hauts et des bas, parfois des hauts, parfois des bas; leur esprit n’est pas stable. Leurs affections sont soit hors de proportion: ils ont trop de l’une, trop peu de l’autre; ou ils ne sont pas dûment équilibrés et tempérés, de telle façon que l’une conteste à l’autre. Par conséquent, il y a souvent une discordance. Leur âme n’est pas bien accordée et ne peut produire la véritable harmonie. Certains manquent de modération. Ils n’usent pas avec régularité le genre et la quantité de nourriture qu’ils savent, ou pourraient savoir, mener le plus sûrement à une bonne santé et à un corps vigoureux. Ou bien ils ne sont pas modérés dans le sommeil, ils ne suivent pas rigoureusement ce qui est le meilleur à la fois pour le corps et pour l’esprit, sinon ils iraient continuellement au lit et se lèveraient tôt, et cela à heure fixe. Ou bien ils dînent tard, ce qui n’est bon ni pour le corps ni pour l’esprit. Ou bien ils ne pratiquent ni le jeûne ni l’abstinence. Ou bien ils préfèrent (il y a tant de sortes de manques de modération) cette prédication, lecture ou conversation qui leur donne une joie et un confort passager, plutôt que ce qui amène une tristesse sainte, ou un enseignement sur la justice. Une telle joie n’est pas sanctifiée, elle ne tend pas vers, ni ne s’achève, dans la crucifixion du cœur. Une telle foi n’a pas son centre en Dieu mais plutôt en elle-même. Jusqu’à présent, tout est clair. Je crois que vous avez la foi, l’amour, la joie et la paix. Néanmoins, vous qui êtes particulièrement concernés savez, chacun en ce qui le concerne, que vous faites défaut selon les critères mentionnés ci-dessus. Vous manquez de patience, de délicatesse ou de bonté, de fidélité, de douceur ou de modération. Aussi, ne nous battons pas au sujet d’un mot. Dans le principe, nous sommes clairement d’accord. Vous n’avez pas ce que j’appelle perfection; si d’autres l’appellent ainsi, ils le peuvent. Cependant, tenez fermement à ce que vous avez et priez assidûment pour ce que vous n’avez pas.

Q29: Ceux qui sont parfaits peuvent-ils croître en grâce?

R : Assurément ils le peuvent, et cela non seulement tandis qu’ils sont dans le corps, mais aussi pendant toute l’éternité.

Q30: Peuvent-ils déchoir de la perfection?

R : Je suis très assuré qu’ils le peuvent, les faits l’ont prouvé d’une manière incontestable. Autrefois, nous pensions que l’homme sauvé du péché ne pouvait y retomber, maintenant nous savons le contraire. Nous sommes environnés d’exemples de personnes qui éprouvèrent autrefois tout ce que j’entends par perfection: ils avaient le fruit et le témoignage de l’Esprit mais maintenant ils ont perdu l’un et l’autre. Personne ne subsiste par quelque vertu qui soit renfermée dans la nature même d’un tel état; il n’existe aucune élévation ni aucune puissance de sainteté d’où il soit impossible de tomber. S’il devait y avoir quelqu’un qui ne puisse tomber, cela repose entièrement sur la promesse de Dieu.

Q31: Ceux qui tombent de cet état peuvent-ils le recouvrer?

R : Assurément, et nous en avons aussi beaucoup d’exemples. Il n’est pas extraordinaire de voir quelques personnes le perdre plus d’une fois avant d’y être affermies. C’est donc pour éviter toute occasion de chute à ceux qui sont sauvés du péché que je donne les conseils suivants. Mais premièrement, je parlerai au sujet de l’œuvre elle-même. J’estime que cette dernière œuvre est de Dieu, probablement la plus grande actuellement sur cette terre. Cependant, comme toute autre, elle est aussi mêlée avec la fragilité humaine. Mais ces faiblesses sont bien moins importantes que ce qu’on aurait pu envisager et elles doivent avoir été endurées joyeusement par tous ceux qui ont marché dans la justice. Qu’il y ait eu quelques hommes faibles, trop enflammés, n’est pas un reproche à l’œuvre elle-même, ce n’est pas une raison sérieuse pour accuser une multitude d’hommes sobres d’esprit, qui sont le modèle de ce qu’est la sainteté. Cependant, contrairement à ce qu’il a semblé être, l’opposition est grande et les aides peu nombreuses. Par conséquent, nombreux sont ceux qui sont empêchés de rechercher la foi et la sainteté par le zèle erroné d’autres et certains parmi ceux qui ont commencé la course dans la bonne direction en sont déviés.

Q32: Quel est votre premier conseil?

R : Veillez et priez continuellement contre l’orgueil. Puisque Dieu l’a chassé, faites en sorte qu’il ne revienne plus car il est tout aussi dangereux que la convoitise, et vous pourriez y retomber sans vous en apercevoir, surtout si vous pensez n’avoir rien à craindre à cet égard. «Mais tout ce que j’ai, je l’attribue à Dieu.» Malgré cela vous pouvez être orgueilleux, car il y a de l’orgueil non seulement à nous attribuer quelque chose à nous-mêmes, mais encore à penser que nous avons ce qu’en réalité nous n’avons pas. Par exemple, M. L. attribuait à Dieu toute la lumière qu’il possédait et en cela il était humble; mais en outre, il pensait avoir plus de lumière qu’aucun homme vivant et c’était un orgueil palpable. De même vous attribuez à Dieu toute la connaissance que vous possédez et à cet égard, vous êtes humble; mais si vous pensez en avoir plus que vous n’en avez réellement ou si vous vous imaginez être enseigné de Dieu de manière à n’avoir plus besoin de l’enseignement de l’homme, l’orgueil est à la porte. Oui, vous avez besoin d’être enseigné, non seulement par M. Morgan, par enseignement mutuel, par M. Maxfield ou par moi, mais encore par le plus faible prédicateur; en un mot par tous les hommes car «Dieu envoie qui il veut envoyer». Ne dites donc pas à ceux qui voudraient vous conseiller ou vous reprendre: «Vous êtes aveugle, vous ne pouvez m’enseigner.» Ne dites pas non plus: «C’est votre propre sagesse, c’est votre raison charnelle» mais pesez toutes choses devant Dieu et avec calme. Rappelez-vous toujours que beaucoup de grâce n’implique pas nécessairement beaucoup de lumière. Ces deux ne vont pas toujours ensemble: il peut y avoir beaucoup de lumière où il y a peu d’amour, et il peut y avoir beaucoup d’amour où il y a peu de lumière. Le cœur a plus de chaleur que l’œil et cependant le cœur ne peut point voir. Dieu a sagement distribué tous les membres du corps et nul d’entre eux ne peut dire à un autre: «Je n’ai pas besoin de toi.» Penser que personne ne peut vous enseigner sinon ceux qui sont eux-mêmes sauvés du péché serait une grande et dangereuse erreur. Ne l’admettez point, même pour un moment, elle vous conduirait dans mille autres erreurs fatales. Obéissez à ceux qui président sur vous en notre Seigneur, respectez-les et ne vous imaginez pas en savoir plus qu’eux; connaissez leur place et la vôtre en vous rappelant sans cesse que beaucoup d’amour n’implique pas nécessairement beaucoup de lumière. Pour n’avoir pas fait attention à cela, quelques-uns sont tombés dans beaucoup d’erreurs, et au moins dans une apparence d’orgueil. Oh! Gardez-vous et de l’apparence et de la chose elle-même; ayez en vous l’esprit humble qui était en Jésus-Christ; soyez pareillement revêtus d’humilité, qu’elle vous remplisse, qu’elle vous couvre tout entiers; que la modestie et la défiance de vous-mêmes paraissent dans toutes vos paroles et vos actions. Par tout ce que vous dites et faites, montrez que vous êtes petits, bas et vils à vos propres yeux. En conséquence, soyez toujours prêts à confesser vos torts; si, dans quelque circonstance, vous vous êtes trompés dans vos paroles ou vos actions, n’ayez point de répugnance à le reconnaître: ne vous imaginez jamais que cela nuira à la cause de Dieu, au contraire cela lui sera utile. Soyez donc francs et ouverts lorsqu’on vous reproche quelque chose, ne cherchez pas à éluder ou à diminuer votre tort mais qu’il soit reconnu tel qu’il est et par là, loin de nuire à l’Evangile, vous le rendrez honorable.

Q33: Quel est le second conseil?

R : Gardez-vous de cette fille de l’orgueil: l’enthousiasme. Tenez-vous-en à la plus grande distance; ne cédez point à une imagination exaltée; ne soyez pas prompts à attribuer à Dieu vos songes, vos impressions, vos ressentiments, vos visions; ces choses peuvent venir de la nature et du Diable, c’est pourquoi «ne croyez pas tout esprit, mais éprouvez les esprits, pour savoir s’ils sont de Dieu». Eprouvez toutes choses par la parole écrite, et que tout s’abaisse devant elle. A chaque moment vous avez à craindre l’enthousiasme, si vous vous écartez tant soit peu de l’Ecriture ou de quelque texte pris d’une manière claire et littérale, en harmonie avec le contexte. Vous êtes enthousiastes si vous méprisez ou dépréciez la raison, la connaissance ou la science humaine, qui sont des dons excellents de Dieu, et propres à remplir les plus nobles buts. Je vous conseille de n’employer jamais, par manière de reproche, les mots «sagesse», «raison» ou «connaissance». Demandez au contraire que ces choses abondent de plus en plus en vous. Si vous voulez parler de la sagesse mondaine, de la connaissance inutile et de la fausse raison, dites-le et jetez la balle, mais non pas le blé. Une cause fréquente d’enthousiasme, c’est d’attendre la fin sans employer les moyens: par exemple attendre la connaissance sans sonder les Ecritures et sans consulter les enfants de Dieu, attendre la force spirituelle sans une prière et une vigilance continuelles, attendre quelque bénédiction que ce soit sans écouter, en toute occasion, la parole de Dieu. Quelques-uns ont ignoré cette ruse du Diable et ils ont cessé de sonder les Ecritures, en disant: «Dieu écrit toutes les Ecritures dans mon cœur, c’est pourquoi je n’ai pas besoin de les lire.» D’autres ont pensé n’avoir plus un aussi grand besoin d’entendre nos prédications et ils se sont ralentis à cet égard. Prenez-y garde, ô vous qui agissez ainsi: vous avez écouté la voix d’un étranger! Revenez à Christ et restez dans le bon chemin, dans l’ancien chemin une fois donné aux saints. Le désir même de croître en grâce peut quelquefois nous entraîner dans l’enthousiasme. Comme ce désir nous conduit sans cesse à chercher une augmentation de grâce, il peut nous conduire à notre insu à chercher quelque chose de nouveau, quelque chose d’autre qu’un plus haut degré d’amour pour Dieu et pour l’homme. C’est ainsi que quelques-uns ont été conduits à rechercher des dons d’une espèce nouvelle et à s’imaginer par exemple, (1) qu’ils aimaient Dieu de tout leur pensée; (2) de toute leur âme; (3) de toute leur force; (4) qu’ils étaient un avec Dieu; (5) un avec Christ; (6) qu’ils avaient leur vie cachée avec Christ en Dieu; (7) qu’ils étaient morts avec Christ; (8) qu’ils étaient ressuscités avec Christ et (9) assis avec lui dans les lieux célestes; (10) qu’ils étaient placés sur son trône; (11) qu’ils étaient dans la nouvelle Jérusalem; (12) qu’ils voyaient le tabernacle de Dieu descendre parmi les hommes; (13) qu’ils étaient morts à toutes les œuvres; (14) qu’ils n’étaient plus sujets à la mort, à la douleur, à la tentation. Une source de nombreuses erreurs est de prendre toute application forte et fraîche d’un de ces passages bibliques pour un don d’une nouvelle sorte, ceci sans savoir que plusieurs de ces passages ne sont pas encore accomplis, que la plupart des autres sont accomplis lorsque nous sommes justifiés, et que les derniers sont accomplis lorsque nous sommes sanctifiés. Il nous reste juste à les expérimenter à des degrés plus élevés. C’est tout ce à quoi nous nous attendons. Une cause de ces erreurs et de mille autres, c’est de ne pas considérer attentivement que l’amour est le plus excellent don de Dieu. Toutes les visions, les révélations et les manifestations imaginables ne sont rien comparées à l’amour, à un amour humble, doux, patient. Il importe extrêmement que vous soyez tout à fait convaincus de cette grande vérité: le ciel des cieux, c’est l’amour. Il n’y a rien de plus élevé en religion et en réalité, la religion n’est rien d’autre. Si vous recherchez autre chose qu’un plus haut degré d’amour, vous vous éloignez complètement du but, vous sortez du chemin royal. Et lorsque vous demandez à d’autres: «Avez-vous reçu telle ou telle bénédiction?», vous vous trompez si vous comprenez par là autre chose qu’une augmentation d’amour, et vous les trompez eux-mêmes. Conservez donc cette vérité dans votre cœur: depuis le moment où Dieu vous a sauvés de tout péché, vous devez ne rechercher autre chose qu’une augmentation de l’amour décrit dans le 13ème chapitre de la première épître aux Corinthiens; vous ne pouvez pas vous élever plus haut jusqu’à ce que vous soyez transportés dans le sein d’Abraham. Je le répète encore, gardez-vous de l’enthousiasme. Ne vous imaginez pas, par exemple, que vous avez le don de prophétie ou le don de discerner les esprits. Gardez-vous de juger quelqu’un seulement d’après vos propres impressions: cette manière de juger n’est point scripturaire. Tenez-vous fermes à la loi et au témoignage.

Q34: Quel est le troisième conseil?

R : Gardez-vous de l’antinomianisme, qui «anéantit la loi» ou quelques-unes de ses parties «par la foi.» L’enthousiasme y conduit naturellement, il en est presque inséparable. Vous ne sauriez être trop en garde contre l’antinomianisme, qui peut se présenter à vous sous mille formes inaperçues; défiez-vous de tout ce qui y conduit tant soit peu, soit en principe, soit en pratique. Même cette grande vérité: «Christ est la fin de la loi», peut nous jeter dans l’antinomianisme si nous ne remarquons pas que Christ a adopté chaque point de la loi morale et l’a introduit dans la loi d’amour. Gardez-vous de penser ainsi: «Parce que je suis rempli d’amour, je n’ai pas besoin de tant de sainteté; parce que je prie toujours, je n’ai pas besoin de fixer des heures pour la prière secrète; parce que je veille toujours, je n’ai pas besoin de faire un examen spécial de moi-même.» Magnifions la loi, toute la parole écrite, et rendons-la honorable; écrions-nous aussi: «J’estime tes commandements plus que l’or et les pierres précieuses! Ô combien j’aime ta loi! C’est ce dont je m’entretiens tout le jour.» Gardez-vous des livres antinomiens, particulièrement les œuvres du Dr Crisp et M. Saltmarsh. Ils contiennent d’excellentes choses, ce qui les rend d’autant plus dangereux. Soyez avertis à temps, ne jouez point avec le feu, ne mettez pas votre main sur le trou de l’aspic. Gardez-vous aussi de l’esprit de parti. Que votre amour et votre libéralité ne se bornent pas à ceux qu’on appelle méthodistes et encore moins au petit nombre d’entre eux qui semblent être renouvelés dans l’amour, ou à ceux qui croient votre témoignage et le leur. Gardez-vous de rester tranquilles et d’abandonner mal à propos vos œuvres: «Vous avez reçu (dit quelqu’un) une grande bénédiction, mais vous avez commencé à en parler et à faire telle et telle œuvre; à cause de cela vous avez perdu cette bénédiction, vous auriez dû rester tranquilles.» Gardez-vous de prendre vos aises et d’en faire vertu en vous moquant du renoncement, des croix, du jeûne ou de l’abstinence. Gardez-vous de l’esprit de critique: ne pensez pas, ne dites pas que ceux-là sont aveugles, morts, déchus, ou ennemis de l’œuvre parce qu’ils s’opposent à votre opinion ou à votre pratique. Gardez-vous de crier uniquement et sans cesse: «Croyez, croyez», et de condamner comme ignorants ou légalistes ceux qui parlent d’une manière plus scripturaire. Il est vrai qu’en certains temps, il convient de parler simplement de la repentance ou simplement de la foi ou uniquement de la sainteté mais, en général, nous sommes appelés à déclarer tout le conseil de Dieu et à prophétiser suivant l’analogie de la foi. La parole écrite traite de la justice dans son ensemble et dans chacune de ses branches particulières, en descendant jusqu’aux plus petits détails comme d’être polis, diligents, patients, d’honorer tous les hommes, etc… Le Saint Esprit agit de la même manière dans nos cœurs: il ne crée pas seulement des désirs de sainteté en général, mais il nous attire fortement à chaque grâce particulière et nous conduit à chacune des choses qui sont aimables, et il doit en être ainsi car, comme par les œuvres la foi est rendue parfaite, ainsi l’accomplissement ou la destruction des œuvres de la foi, et la faveur ou le déplaisir de Dieu, dépendent beaucoup de chaque acte d’obéissance ou de désobéissance.

Q35: Quel est le quatrième conseil?

R : Gardez-vous des péchés d’omission; ne perdez aucune occasion de faire le bien, et cela de toutes les manières; soyez zélés pour les bonnes œuvres; n’omettez volontairement aucune œuvre de piété ou de miséricorde; faites tout le bien que vous pouvez faire à l’âme et au corps de vos semblables. En particulier: «Tu reprendras soigneusement ton frère, et tu ne souffriras point de péché en lui.» Soyez actifs, ne cédez jamais à l’indolence ou à la paresse; ne donnez pas lieu à ce qu’on dise «vous êtes paresseux, vous êtes paresseux». Beaucoup de personnes parleront ainsi mais que toute votre conduite réfute cette calmonie. Soyez toujours occupés, ne perdez aucune parcelle de temps, rassemblez-en tous les morceaux pour qu’aucun ne soit perdu. Et tout ce que ta main trouve à faire, fais-le de toute ta force. Soyez lents à parler et prudents en parlant. Il y a du péché dans la multitude des paroles; ne parlez ni beaucoup, ni longtemps à la fois. Peu de personnes peuvent causer plus d’une heure d’une manière profitable. Eloignez-vous le plus possible des médisances et des bavardages couverts du masque de la piété.

Q36: Quel est le cinquième conseil?

R : Gardez-vous de désirer autre chose que Dieu. Maintenant vous ne désirez rien d’autre, tout autre désir est chassé; faites en sorte qu’il n’en rentre plus. «Garde-toi pur»; que votre œil demeure simple et tout votre corps sera rempli de lumière. N’accueillez aucun désir de nourriture agréable ou de quelque autre plaisir sensuel; aucun désir de plaire aux yeux ou à l’imagination par quelque chose de grand, de nouveau, de beau; aucun désir d’argent, de louange, d’estime ou de bonheur dans la créature; ces désirs pourraient rentrer en vous mais cela peut être évité, vous pouvez ne les sentir plus jamais. Oh! Demeurez donc fermes dans la liberté par laquelle Christ vous a affranchis. Servez de modèle à tous vos frères en renonçant à vous-mêmes et en vous chargeant chaque jour de votre croix. Montrez-leur que vous ne tenez à aucun plaisir qui ne vous rapproche pas de Dieu et que vous ne redoutez aucune souffrance qui vous rapproche davantage de lui; que vous ne cherchez qu’à lui plaire, soit dans vos actions, soit dans vos souffrances; que le langage constant de votre cœur à l’égard du plaisir ou de la peine, de l’honneur ou du déshonneur, de la richesse ou de la pauvreté, c’est: «toutes choses me sont égales pourvu que je vive et que je meure en mon Dieu.»

Q37: Quel est le sixième conseil?

R : Gardez-vous du schisme, ou de provoquer une rupture dans l’Église de Christ. Cette désunion interne, les membres n’ayant plus cet amour réciproque l’un pour l’autre, est à la racine même de toute dispute, de toute séparation extérieure. Gardez-vous de tout ce qui tendrait à cela. Gardez-vous d’un esprit de partialité; réprouvez tout ce qui en aurait l’aspect. Par conséquent, ne dites pas: «je suis de Paul» ou «je suis d’Apollos», la chose même qui occasionna le schisme à Corinthe. Ne dites pas: «c’est mon prédicateur, le meilleur de toute l’Angleterre. Donnez-le-moi et prenez tout le reste.» Tout cela tend à nourrir ou fomenter la division, à désunir ceux que Dieu a unis. Ne méprisez ni rabaissez aucun prédicateur, n’exaltez personne au-dessus des autres de peur de heurter à la fois cette personne et la cause de Dieu. D’un autre côté, ne soyez pas sévères en raison de quelque incohérence ou imprécision d’expression, ni même pour quelques erreurs, si tel était le cas. De même, si vous voulez éviter le schisme, observez chaque règle de la société et des groupes, pour le bien de votre conscience. N’oubliez jamais de rencontrer votre classe ou groupe, ne vous absentez d’aucune rencontre religieuse publique. Là est la force de notre société et tout ce qui l’affaiblit ou tend à affaiblir notre respect pour cela, ou la régularité de notre présence, frappe au fondement même de notre communauté. Comme une personne le mentionne: «cette partie de notre organisation, les rencontres hebdomadaires de prière, examen, exhortation, a été le moyen le plus important pour approfondir et confirmer chaque bénédiction qui a été transmise par la prédication et de partager avec d’autres qui ne pouvaient pas assister au ministère public; alors que sans ces groupes et discussions religieuses, les tentatives les plus ardentes par la prédication seulement se sont révélées inutiles sur le long terme.» Ne permettez pas même une pensée de séparation de vos frères et sœurs dans la foi, que leurs opinions soient ou non en accord avec les vôtres. Ne rêvez pas qu’une personne pèche si elle ne vous croit pas ou n’accueille pas ce que vous dites, ou encore que telle opinion soit essentielle pour l’œuvre et que les deux doivent demeurer ou faillir ensemble. Gardez-vous d’être impatient lorsqu’on vous contredit. Ne condamnez ni ne pensez durement au sujet de ceux qui ne peuvent pas voir exactement comme vous, que ce soit pour de grandes ou petites choses. Je crains que certains d’entre nous ont pensé durement au sujet d’autres personnes simplement parce qu’elles les avaient contredits dans ce qu’ils affirmaient. Tout cela porte à la division et, par toute chose de cette sorte, nous leur donnons une mauvaise leçon à nos dépens. Gardez-vous de l’irritabilité, de l’impatience qui ne peut supporter la contradiction et ne vous éloignez pas brusquement de ceux qui ne reçoivent pas sans examen vos paroles ou celles de tout autre. Attendez-vous à la contradiction, à l’opposition et à des croix de plusieurs sortes. Réfléchissez aux paroles de Paul: «Il vous a été donné, et cela pour Christ», pour l’amour de lui, comme un fruit de sa mort et de son intercession pour vous, «non seulement de croire en lui, mais aussi de souffrir pour lui». «Il vous a été donné»: Dieu vous a donné cette opposition ou ces reproches, c’est une nouvelle marque de son amour. Désavouerez-vous le donateur ou mépriserez-vous son don, en le regardant comme une calamité? Ne direz-vous pas plutôt: «Père, l’heure est venue où tu dois être glorifié; maintenant, donne à ton enfant de souffrir quelque chose pour toi, traite-moi selon ta volonté.»? Sachez que de telles choses, loin de nuire à l’œuvre de Dieu ou à votre âme, sinon par votre propre faute, ne sont pas seulement inévitables mais que de plus elles sont utiles; oui, elles sont nécessaires pour vous. Recevez-les donc, non point par hasard mais de la part de Dieu, avec bonne volonté et reconnaissance; recevez-les de la part des hommes avec humilité, soumission et douceur. Pourquoi tout votre extérieur même ne porterait-il pas l’empreinte de la douceur? Rappelez-vous l’exemple de Mme Cutts, que personne n’aborda jamais avec déplaisir, tellement on était assuré d’être reçu par elle d’une manière affable et obligeante. Gardez-vous de tenter les autres à se séparer de vous. Autant que possible, ne donnez aucun sujet de mécontentement; faites qu’en toutes choses votre conduite soit conforme à votre profession et qu’elle rende honorable la doctrine de Dieu notre Sauveur. Ne parlez de vous-mêmes qu’avec la plus grande précaution; il est vrai que vous ne pouvez nier l’œuvre de Dieu mais lorsque vous êtes appelés à en parler, faites-le de la manière la plus inoffensive. Et si quelqu’un d’entre vous venait à déchoir de cet état et à sentir de nouveau l’orgueil, l’incrédulité ou quelque autre des mauvais sentiments dont vous êtes maintenant délivrés, ne niez pas votre chute, ne la cachez pas, ne la déguisez pas: allez à un frère digne de votre confiance et dites-lui ce que vous sentez. Dieu le rendra capable de vous parler utilement et votre âme sera guérie. Assurément le Seigneur relèvera votre tête et rendra la joie aux os qu’il a brisés.

Q38: Quel est votre dernier conseil?

R : Soyez exemplaires en toutes choses, particulièrement dans les choses extérieures, comme les vêtements, dans les petites choses, dans l’usage de votre argent, en évitant toute dépense inutile. Soyez exemplaires par un sérieux doux, grave et constant et par la solidité et l’utilité de toute votre conversation et ainsi vous serez une lumière qui brille dans un lieu obscur; ainsi vous croîtrez chaque jour en grâce, jusqu’à ce que l’entrée dans le royaume éternel de notre Seigneur Jésus-Christ vous soit richement accordée. La plupart des précédents conseils sont fortement soutenus dans les réflexions suivantes, que je recommande à votre profonde et fréquente considération, juste après les saintes Ecritures:

(1) La mer est une excellente illustration de la plénitude de Dieu ainsi que de l’Esprit car tout comme les rivières retournent toutes dans la mer, de même les corps, âmes, et bonnes œuvres des justes retournent en Dieu, pour vivre dans son repos éternel. Bien que toutes les grâces de Dieu dépendent de sa seule générosité, il lui plaît cependant de l’associer aux prières, aux instructions et à la sainteté de ceux avec qui nous sommes. Par des attractions fortes bien qu’invisibles, Il amène certaines âmes à lui par le contact avec d’autres. Les sympathies formées par la grâce surpassent de beaucoup celles formées par la nature. Les personnes vraiment dévotes montrent que les passions découlent aussi naturellement du vrai amour que du faux aussi elles sont profondément sensibles au bien comme aux maux de ceux qu’elles aiment en Dieu. Mais ceci ne peut être saisi que par ceux qui comprennent le langage de l’amour. L’âme peut être intérieurement en repos, même lorsque nous sommes dans de nombreux soucis extérieurs tout comme le fond de la mer est calme alors que la surface est fortement agitée. Les meilleures aides à la croissance dans la grâce sont les mauvais traitements, les affronts, ainsi que les pertes que nous subissons. Nous devrions les recevoir avec une pleine reconnaissance, comme préférables à toute autre chose, si seulement notre volonté n’avait pas de part en cela. Le chemin le plus rapide pour échapper à nos souffrances est de désirer qu’elles durent aussi longtemps qu’il plaît à Dieu. Si nous souffrons la persécution et l’affliction de manière juste, nous atteignons une plus grande conformité avec Christ par l’amélioration qui correspond à une de ces opportunités que par ce que nous aurions pu faire en imitant simplement sa miséricorde, dans une abondance de bonnes œuvres. Une des plus grandes preuves de l’amour de Dieu pour ceux qui l’aiment est de leur apporter des afflictions, avec la grâce pour les supporter. Même dans les plus grandes afflictions, nous devrions témoigner à Dieu que, en les recevant de sa main, nous éprouvons du plaisir au milieu de la douleur, pour être affligés par celui qui nous aime, et que nous aimons. Le chemin le plus direct que Dieu utilise pour amener un homme à lui est de l’affliger dans ce qu’il aime le plus, et avec une bonne raison; et de lui causer cette affliction à partir d’une bonne action faite avec une intention pure car rien ne peut lui manifester plus clairement la vanité de ce qui est le plus aimable et désirable dans le monde.

(2) La vraie résignation consiste en une profonde conformité à toute la volonté de Dieu qui veut et fait tout (excepté le péché) ce qui arrive dans le monde. Pour cela, nous n’avons qu’à accueillir tous les évènements, bons et mauvais, comme sa volonté. Dans les plus grandes afflictions qui peuvent atteindre le juste, qu’elles soient du ciel ou de la terre, ils demeurent immobiles dans la paix et parfaitement soumis à Dieu, par une attention intérieure amoureuse à Lui, unifiant toutes les puissances de leurs âmes. Nous devrions souffrir silencieusement tout ce qui nous advient afin de porter les défauts des autres et les nôtres, pour les confesser à Dieu dans le secret de la prière, ou avec des gémissements qui ne peuvent pas être exprimés. Mais nous ne devrions jamais dire une parole acerbe ou dure, ni murmurer ou nous plaindre mais désirer profondément que Dieu nous traite de la manière qui lui plaît. Nous sommes ses agneaux, par conséquent prêts à souffrir, même jusqu’à la mort, sans nous plaindre. Nous devons supporter ceux que nous ne pouvons pas amender et être satisfaits de les offrir à Dieu. En ceci consiste la vraie résignation. Tout comme Il a porté nos infirmités, nous devons porter celles de chacun par égard pour Lui. Tout abandonner, se dépouiller de tout afin de chercher et de suivre Jésus Christ, démuni à Bethléem où il est né, démuni dans le hall où il fut fouetté, démuni au calvaire où il mourut sur la croix, est un tel don que ni le fait ni sa connaissance n’en est donné à quiconque si ce n’est par la foi dans le Fils de Dieu.

(3) Il n’y a pas d’amour de Dieu sans patience et pas de patience sans abaissement et douceur d’esprit. L’humilité et la patience sont les preuves les plus sûres de la croissance dans l’amour. L’humilité seule unit la patience avec l’amour, sans quoi il est impossible de tirer profit de la souffrance ou encore d’éviter de se plaindre, particulièrement quand nous pensons que nous n’avons pas donné d’occasion à ce que les hommes nous font souffrir. L’humilité véritable est une forme d’anéantissement de soi, et ceci est le cœur de toutes les vertus. Une âme revenue à Dieu devrait être attentive à tout ce qui lui est dit, au sujet du salut, avec le désir d’en bénéficier. Pour ce qui est des péchés que Dieu a pardonnés, que rien n’en reste si ce n’est une plus profonde humilité dans le cœur et une plus grande réserve dans nos paroles, dans nos actions et dans nos souffrances.

(4) Supporter et souffrir les maux dans la douceur et le silence, voilà l’essentiel de la vie chrétienne. Dieu est le premier objet de notre amour: son second rôle est de supporter les défauts des autres. Nous devrions commencer la pratique de cela au sein même de nos familles. Nous devrions exercer notre amour principalement envers ceux qui choquent le plus soit notre façon de penser, soit notre caractère, soit notre connaissance, soit le désir que nous avons que d’autres soient aussi vertueux que nous souhaitons l’être nous-mêmes.

(5) Dieu donne rarement son Esprit, même à ceux qu’il a établi dans la grâce, s’ils ne prient pour cela en toutes occasions et ceci pas seulement une fois mais de nombreuses fois. Dieu ne fait rien si ce n’est pas en réponse à la prière et même ceux qui ont été convertis à Dieu sans prier pour cela eux-mêmes, (ce qui est excessivement rare), ne le furent pas sans la prière d’autres. Toute nouvelle victoire qu’une âme gagne est l’effet d’une nouvelle prière. En chaque occasion de gêne, nous devrions nous retirer pour prier afin de laisser la place à la grâce et à la lumière de Dieu pour ensuite définir nos résolutions, sans le moindre souci au sujet de la réussite ou de l’échec qu’elles puissent avoir. Dans les plus grandes tentations, un simple regard au Christ et le seul fait de prononcer son nom suffit à vaincre le mauvais, lorsque ceci est fait avec confiance et calme d’esprit. Le commandement de Dieu de «prier sans cesse» est fondé sur notre besoin de sa grâce afin de préserver la vie de Dieu dans l’âme, cette vie qui ne peut davantage subsister un instant sans cela que le corps ne peut subsister sans air. Soit que nous pensions ou parlions à Dieu, soit que nous agissions ou souffrions pour lui, tout est prière lorsque nous n’avons d’autre but que son amour et le désir de lui plaire. Tout ce qu’un chrétien fait, même en mangeant ou en dormant, est prière lorsque c’est fait dans la simplicité, selon l’ordre de Dieu, sans rien y ajouter ou retrancher par son propre choix. La prière continue dans le désir du cœur bien que la raison soit employée pour des choses extérieures. Dans les âmes remplies d’amour, le désir de plaire à Dieu est une prière continuelle. Tout comme la haine furieuse que le diable nous porte est exprimée comme le rugissement d’un lion, de même notre amour véhément peut être exprimé comme un cri vers Dieu. Dieu demande seulement de ses enfants adultes que leur cœur soit vraiment purifié, et qu’ils lui offrent continuellement les souhaits et vœux qui jaillissent naturellement de l’amour parfait. Car ces désirs, étant les véritables fruits de l’amour, sont les prières les plus parfaites qui peuvent en jaillir.

(6) Il est à peine concevable d’imaginer combien le chemin par lequel Dieu mène ceux qui le suivent est étroit, et combien nous devons dépendre de lui afin que notre fidélité envers lui ne soit pas trouvée insuffisante. Il est difficile de croire combien sont grandes les conséquences des choses les plus petites et combien grands sont les inconvénients qui suivent parfois ce qui semble n’être que de légères fautes. Tout comme une très petite quantité de poussière dérèglera une horloge, et le moindre grain de sable obscurcira notre vue, de même le moindre grain de péché qui est dans notre cœur gênera son mouvement juste vers Dieu. Nous devrions être dans l’église comme les saints sont au ciel, et à la maison comme les hommes les plus saints sont à l’église, faisant notre travail à la maison comme nous prions à l’église, adorant Dieu du plus profond du cœur. Nous devrions œuvrer continuellement à éliminer toutes les choses inutiles qui nous entourent et Dieu retire habituellement les choses superflues de nos âmes dans la même proportion que nous retirons celles de nos corps. Le meilleur moyen de résister au diable est de détruire toute chose du monde qui demeure en nous afin d’élever pour Dieu, sur ses ruines, une demeure d’amour pur. Alors nous devrions commencer, dans cette brève existence, à aimer Dieu comme nous l’aimerons dans l’éternité. Nous pouvons à peine concevoir combien il est facile de déposséder Dieu de ce qui lui revient, dans notre amitié avec les personnes les plus vertueuses, jusqu’à ce qu’elles nous soient arrachées par la mort. Mais si cette perte produit un chagrin durable, c’est une preuve claire que nous avions auparavant deux trésors, entre lesquels nous avions divisé notre cœur.

(7) Si, après avoir renoncé à tout, nous ne veillons pas continuellement et implorons Dieu d’accompagner notre vigilance de la sienne, nous serons à nouveau piégés et vaincus. Tout comme les vents les plus dangereux peuvent entrer par de petits orifices, de même le diable n’entre jamais plus dangereusement que par de petits incidents inaperçus, qui semblent être sans importance, et cependant ouvrent insensiblement le cœur à de grandes tentations. Il est bon de nous renouveler, de temps en temps, en examinant minutieusement l’état de nos âmes, comme si nous ne l’avions jamais fait auparavant, car rien n’amène plus à la pleine assurance de la foi que de nous garder par ce moyen dans l’humilité, et l’exercice de toutes bonnes œuvres. A une veille et prière continuelle il est bon d’ajouter un emploi continuel. Car la grâce a autant horreur du vide que la nature et le diable remplit tout ce que Dieu ne remplit pas. Il n’y a pas de fidélité semblable à celle qu’il devrait y avoir entre un guide d’âmes et la personne dirigée par lui. Ils devraient continuellement s’observer l’un l’autre en Dieu et examiner minutieusement si toutes leurs pensées sont pures et toutes leurs paroles dirigées avec une retenue chrétienne. D’autres sujets sont seulement des choses humaines mais ceux-ci sont précisément les choses de Dieu.

(8) Les paroles de Paul: «Nul homme ne peut appeler Jésus Seigneur, si ce n’est par le Saint Esprit» nous montrent le besoin de contempler Dieu dans nos bonnes œuvres, et même dans nos moindres pensées, sachant que rien ne lui est agréable si ce n’est celles qu’il forme en nous et avec nous. Nous apprenons ainsi que nous ne pouvons le servir à moins qu’il n’utilise notre langue, nos mains et notre cœur pour faire par Lui-même et par son Esprit ce qu’il veut que nous fassions. Si nous n’étions pas totalement impotents, nos bonnes œuvres seraient notre propriété alors que maintenant, elles appartiennent pleinement à Dieu car elles procèdent de lui et de sa grâce. Alors qu’il élève nos œuvres et les rend divines, il s’honore lui-même en nous, à travers elles. Une des règles principales de la religion est de ne pas perdre une occasion de servir Dieu. Et comme il est invisible à nos yeux, nous devons le servir dans notre prochain, ce qu’Il reçoit comme si c’était fait à Lui en personne se tenant visiblement devant nous. Dieu n’aime pas les hommes qui sont inconstants ni les bonnes œuvres qui sont irrégulières. Rien ne lui est plaisant sinon ce qui a la semblance de sa propre immutabilité. Une attention constante à l’œuvre que Dieu nous confie est une marque sérieuse de piété. L’amour jeûne quand il peut et autant qu’il peut. Il mène à toutes les ordonnances de Dieu et s’emploie dans toutes les œuvres extérieures dont il est capable. Il s’envole, comme Elie au-dessus de la plaine, pour trouver Dieu sur sa sainte montagne. Dieu est si grand qu’il transmet une grandeur à la moindre des choses faite pour son service. Heureux ceux qui sont malades ou qui perdent la vie pour avoir fait une bonne œuvre. Dieu cache fréquemment à ses enfants la part qu’ils ont eu dans la conversion d’autres âmes. Cependant, on pourrait s’aventurer à dire que celui qui gémit longtemps devant lui pour la conversion d’une autre personne, lorsque cette âme est convertie à Dieu, est une des causes principales de cela.

La charité ne peut pas être pratiquée de manière juste à moins que nous ne l’exercions tout d’abord au moment où Dieu nous en donne l’occasion, et ensuite que nous nous retirions l’instant d’après afin de l’offrir à Dieu dans une humble reconnaissance. Et ceci pour trois raisons: (1) pour lui rendre ce que nous avons reçu de lui, (2) pour éviter la dangereuse tentation qui jaillit de la bonté même de ces œuvres, (3) pour nous unir à Dieu, en qui l’âme se répand en prières, avec toutes les grâces que nous avons reçues, afin de puiser auprès de lui une force nouvelle contre les mauvais effets que ces œuvres mêmes pourraient produire en nous si nous n’usons pas des antidotes que Dieu a ordonné contre ces poisons. Le véritable moyen d’être rempli à nouveau des richesses de la grâce est ainsi de nous en dépouiller et sans cela, il est extrêmement difficile de ne pas se fatiguer dans la pratique des bonnes œuvres. Les bonnes œuvres ne reçoivent pas leur perfection ultime tant qu’elles ne se perdent pas en Dieu. C’est une sorte de mort à ces œuvres, semblable à celle de nos corps, qui n’atteindront pas leur vie la plus élevée, leur immortalité, tant qu’elles ne se perdront dans la gloire de nos âmes, ou plutôt de Dieu, où elles trouveront leur plénitude. Et les bonnes œuvres ne perdent dans cette mort spirituelle que ce qu’elles ont de terrestre et de mortel. Le feu est le symbole de l’amour et l’amour de Dieu est le principe et la fin de toutes nos bonnes œuvres. Mais la vérité dépasse toute mesure, et le feu de l’amour divin a cet avantage sur le feu matériel qu’il peut retourner à sa source et ainsi élever avec lui toutes les bonnes œuvres qu’il produit. Et ainsi il empêche leur corruption par l’orgueil, la vanité ou toute autre association pécheresse. Mais cela ne peut être réalisé autrement qu’en faisant mourir ces bonnes œuvres en Dieu de manière spirituelle: par une profonde gratitude qui plonge l’âme en Lui comme dans un abysse, avec tout ce que cela comprend, avec toute la grâce et les efforts pour lesquels elle lui est redevable; une gratitude par laquelle l’âme semble se vider de ces bonnes œuvres afin qu’elles puissent retourner à leur source, comme les rivières semblent vouloir de se vider lorsqu’elles se déversent complètement dans la mer. Quelque faveur que nous ayons reçu de Dieu, nous devrions nous retirer, si ce n’est dans une pièce alors dans nos cœurs, et dire: «je viens, Seigneur, te restituer ce que tu m’as donné et je l’abandonne librement pour entrer à nouveau dans mon néant. Car qu’est-ce que la créature la plus parfaite aux cieux ou sur terre dans ta présence, sinon un vide capable d’être rempli de toi et par toi tout comme l’air, qui est vide et sombre, est capable d’être rempli de la lumière du soleil, qui la retire chaque jour pour la redonner le lendemain, n’ayant rien dans l’air qui s’accapare ou résiste à cette lumière? Oh! Donne-moi la même aisance à recevoir et redonner ta grâce et tes bonnes œuvres! Je dis qu’elles sont tiennes car je reconnais que la racine dont elles viennent est en toi, et non en moi.»

26. Un résumé

En 1764, après avoir revu tout le sujet, j’écrivis de la manière suivante le résumé de mes observations:

(1) Il existe une chose appelée perfection, car elle est fréquemment mentionnée dans les Ecritures.

(2) Cette perfection n’est pas reçue aussi tôt que la justification, car les justifiés doivent «tendre à ce qui est parfait».

(3) Cette perfection n’est pas donnée aussi tard que la mort, car Paul parle d’hommes vivants qui étaient parfaits.

(4) Elle n’est point absolue: la perfection absolue n’appartient ni à l’homme ni aux anges, elle n’appartient qu’à Dieu seul.

(5) Elle ne rend pas infaillible: nul n’est infaillible tandis qu’il demeure dans le corps.

(6) Est-elle sans péché? Il n’est pas utile de se battre pour un terme: elle est une «délivrance du péché.»

(7) Cette perfection est l’amour parfait. L’amour en est l’essence: se réjouir toujours, prier sans cesse et rendre grâces en toutes choses sont les fruits inséparables de cet amour.

(8) Elle est susceptible d’augmentation: elle est si éloignée de consister en un point indivisible et d’être incapable d’accroissement que l’homme parfait dans l’amour peut croître en grâce beaucoup plus promptement qu’il ne le faisait auparavant.

(9) Cette perfection peut se perdre, de nombreux exemples le prouvent, mais nous n’étions pas complètement convaincus de cela jusqu’à il y a environ cinq ou six ans de cela.

(10) Elle est toujours précédée et suivie d’une œuvre graduelle.

(11) Mais est-elle en elle-même instantanée ou non? Je crois que cette perfection est toujours opérée dans l’âme par un simple acte de foi et, en conséquence, en un instant. Examinons cela plus précisément: un changement instantané a été opéré chez quelques croyants, nul ne peut le nier; depuis ce changement ils jouissent de l’amour parfait, ils sentent cet amour et seulement cet amour, ils se réjouissent toujours, prient sans cesse et rendent grâces en toutes choses. Or c’est là tout ce que je veux dire par perfection. Ainsi donc ces croyants-là sont des témoins de la perfection que je prêche. «Mais pour certains ce changement ne fut pas instantané.» Ils ne perçurent pas l’instant dans lequel cela fut opéré. Il est souvent difficile de percevoir le moment où un homme meurt, cependant il y a un moment où la vie cesse. Et si le péché vient à cesser, il doit y avoir un moment pour cela, et un premier instant de notre délivrance du péché. «Mais quoiqu’ils aient maintenant cet amour, ils le perdront.» Cela pourrait être, mais ils peuvent aussi le garder et que, plus tard, ils le perdent ou non, ils en jouissent à présent; à présent ils éprouvent ce que nous enseignons; à présent ils sont tout amour; à présent ils se réjouissent, prient et bénissent sans cesse. «Cependant, le péché est seulement suspendu en eux, il n’est pas détruit.» Appelez cela comme vous le voudrez. Ils sont tout amour à présent, et ne se soucient pas du lendemain. «Mais on a fait grand abus de cette doctrine.» On a aussi fait grand abus de la doctrine de la justification par la foi mais ce n’est pas une raison pour abandonner cette doctrine ni aucune autre doctrine scripturaire. Comme le dit le proverbe, après avoir débarbouillé votre enfant, jetez l’eau mais ne jetez pas l’enfant. «Mais ceux qui pensent être sauvés du péché disent n’avoir plus besoin des mérites de Christ.» Ils disent précisément tout le contraire: le langage continuel de leurs cœurs est: «A tout moment, ô mon Sauveur, j’ai besoin des mérites de ta mort!» Jamais auparavant ils n’ont eu une conviction aussi profonde, aussi inexprimable qu’actuellement, du besoin de Christ dans tous ses offices. C’est pourquoi c’est un devoir pour tous nos prédicateurs de prêcher la perfection aux croyants, et de la prêcher constamment, fortement et clairement; et tous les croyants doivent désirer cette seule chose, et lutter sans relâche avec Dieu, jusqu’à ce qu’ils l’aient obtenue.

27. Appel pour un jugement impartial

Maintenant, j’ai fini ce que je m’étais proposé de faire. J’ai exposé clairement et simplement la manière dont je reçus, au commencement, la doctrine de la perfection; j’ai dit en quel sens je la reçus alors, et en quel sens je la reçois et l’enseigne aujourd’hui. J’ai déclaré quelles sont mes opinions sur le tout et sur chacune des parties de cette expression scripturaire: «la perfection». J’en ai fait au long le portrait, sans déguisement ni réserve. Et à présent, je voudrais dire à toute personne impartiale: Qu’y a-t-il de si effrayant dans cette doctrine? D’où vient tout ce vacarme qui, depuis vingt ans, se fait entendre d’un bout à l’autre de l’Angleterre, comme si tout le christianisme était détruit et toute la religion renversée jusque dans ses fondements? D’où vient que le nom même de perfection a été rejeté de la bouche des chrétiens? Oui, il a été ridiculisé et détesté comme s’il renfermait la plus pernicieuse de toutes les hérésies! Pourquoi les prédicateurs de la perfection ont-ils été hués comme des chiens enragés, même par des hommes qui craignent Dieu, oui, et par quelques-uns de leurs propres enfants spirituels? Quelle en est la raison ou le prétexte? Il ne peut y avoir aucune raison véritable mais les prétextes sont nombreux. Il est à craindre que quelques personnes ne nous traitent ainsi que par prétexte; elles voulaient, elles cherchaient une occasion contre moi et elles ont trouvé cette occasion: «C’est la doctrine de M. Wesley! Il prêche la perfection!» Certainement il la prêche; elle est sa doctrine comme elle est la vôtre ou celle de tout ministre de Jésus-Christ car elle est la doctrine de Jésus-Christ et cela, d’une manière particulière et emphatique. Voici Ses paroles, et non pas les miennes: «Soyez donc parfaits, comme votre Père qui est dans les cieux est parfait.» Quel homme ose dire que vous ne le serez pas, ou du moins que vous ne le serez pas jusqu’à ce que votre âme soit séparée du corps?

La perfection est la doctrine de Paul, elle est la doctrine de Jacques, de Pierre et de Jean et elle est la doctrine de M. Wesley, seulement dans le sens où elle est la doctrine de quiconque prêche purement tout l’Evangile. Je viens de vous dire, aussi clairement qu’il m’a été possible, en quel endroit et à quelle époque j’ai trouvé cette doctrine. Je l’ai trouvée dans les oracles de Dieu, dans l’ancien et dans le nouveau Testament, lorsque je les ai lus sans aucun autre but ni aucun autre désir que celui de sauver mon âme. Mais je vous prie, à quelque personne qu’appartienne cette doctrine, quel mal renferme-t-elle?

Considérez-la de nouveau; examinez-la sur tous les points et avec la plus profonde attention. Sous un point de vue, c’est la pureté d’intention consacrant toute notre vie à Dieu; c’est donner tout notre cœur à Dieu; c’est un seul désir, un seul but gouvernant tous nos sentiments; c’est consacrer à Dieu non pas en partie mais entièrement toute notre âme, tout notre corps et tous nos biens. Sous un autre point de vue, ce sont tous les sentiments qui étaient en Christ, nous rendant capables de marcher comme Christ a marché; c’est la circoncision du cœur; c’est le dépouillement de toute souillure, de toute tache intérieure aussi bien qu’extérieure; c’est le renouvellement du cœur à l’image complète de Dieu, à la pleine ressemblance de celui qui l’a créé. Sous un troisième point de vue, c’est aimer Dieu de tout notre cœur et notre prochain comme nous-mêmes. Maintenant, parmi ces différents points de vue, choisissez celui qui vous plaira car il n’y a point entre eux de différence importante, et c’est toute la perfection, et l’unique perfection, que j’ai reçue et enseignée depuis quarante ans, depuis 1725 jusqu’à 1765.

28. Défendre la doctrine

Que cette perfection se montre maintenant sous sa forme originelle! Qui pourra dire un seul mot contre elle? Qui osera trouver mauvais que nous aimions le Seigneur notre Dieu de tout notre cœur, et notre prochain comme nous-mêmes? Qui osera parler contre le renouvellement du cœur à l’image complète de Dieu? Qui osera s’opposer à ce que nous soyons purifiés de toute souillure de la chair et de l’esprit, ou à ce que nous possédions tous les sentiments qui étaient en Christ, et que nous marchions en toutes choses comme Christ a marché? Quel homme s’appelant chrétien aura la hardiesse de dire que toute notre âme, tout notre corps et tous nos biens ne doivent pas être entièrement consacrés à Dieu? Quel homme sensé s’opposera à ce que nous donnions tout notre cœur à Dieu, et à ce qu’un seul désir gouverne tous nos sentiments? Je le répète, qui osera combattre cette perfection, lorsqu’elle paraîtra sous sa forme naturelle? Il faut la défigurer avant de pouvoir l’attaquer.

Mais quelle que soit la conduite des enfants du monde, que les enfants de Dieu ne combattent pas plus longtemps contre l’image de Dieu! Que les membres de Christ ne soutiennent pas qu’on ne peut posséder tous les sentiments qui étaient en Christ! Que ceux qui sont vivants à Dieu ne disent pas qu’on ne doit pas lui consacrer toute sa vie! Et vous qui avez son amour répandu dans le cœur, pourquoi refuseriez-vous de lui donner votre cœur tout entier? Tout ce qui est en vous ne s’écrie-t-il pas: «Quelle âme aimante peut t’aimer assez?» Quelle pitié si ceux qui désirent et veulent plaire au Seigneur conservent en même temps d’autres désirs et un autre but! Quelle honte s’ils redoutent comme une illusion fatale, et détestent comme une abomination devant Dieu d’avoir ce seul désir et ce seul but gouvernant tous leurs sentiments! Pourquoi des hommes pieux seraient-ils effrayés de consacrer à Dieu toute leur âme, tout leur corps et tous leurs biens? Pourquoi ceux qui aiment Christ regarderaient-ils comme une erreur damnable la pensée que nous pouvons avoir tous les sentiments qui étaient en lui? Nous reconnaissons, nous soutenons que nous sommes justifiés gratuitement par la justice et le sang de Christ, et pourquoi êtes-vous si irrités contre nous parce que nous nous attendons à être sanctifiés gratuitement et entièrement par son Esprit? Nous n’attendons point de faveur, ni des esclaves déclarés du péché, ni de ceux qui n’ont que l’apparence de la religion mais vous qui adorez Dieu en esprit, vous qui êtes «circoncis de la circoncision faite sans mains», combien de temps encore vous rangerez-vous en bataille contre ceux qui cherchent l’entière circoncision du cœur et qui ont soif d’être purifiés de toutes souillures de la chair et de l’esprit, et d’achever la sanctification dans la crainte de Dieu? Sommes-nous vos ennemis parce que nous recherchons une pleine délivrance de cet esprit charnel qui est inimitié contre Dieu? Non certes, nous sommes vos frères, vos compagnons dans le service du Seigneur, dans le royaume et la patience de Jésus. Mais nous le confessons hautement, nous nous attendons à aimer Dieu de tout notre cœur, et notre prochain comme nous-mêmes. Oui, nous croyons fermement que dans ce monde «il nettoiera les pensées de nos cœurs par l’opération de son Saint Esprit, afin que nous puissions l’aimer parfaitement et magnifier dignement son Saint Nom»!

Pin It on Pinterest

Share This